Le dicton dit qu'une faute avouée est à moitié pardonnée. Mais l'humoriste répond qu'une " faute totalement cachée est à 100 % pardonnée ". Je me demande si John Authers, l'un des éditorialistes vedettes du Financial Times, ne se dit pas aujourd'hui qu'il aurait dû écouter l'humoriste plutôt que le proverbe. John Authers a 30 ans de maison, il est le responsable des pages " marchés financiers ", ce n'est donc pas un journaliste quelconque. Mais il vient d'avouer dans son journal, 10 ans après la crise de 2008, qu'il a sciemment occulté une information importante deux jours après la faillite de la banque Lehman Brothers.
...

Le dicton dit qu'une faute avouée est à moitié pardonnée. Mais l'humoriste répond qu'une " faute totalement cachée est à 100 % pardonnée ". Je me demande si John Authers, l'un des éditorialistes vedettes du Financial Times, ne se dit pas aujourd'hui qu'il aurait dû écouter l'humoriste plutôt que le proverbe. John Authers a 30 ans de maison, il est le responsable des pages " marchés financiers ", ce n'est donc pas un journaliste quelconque. Mais il vient d'avouer dans son journal, 10 ans après la crise de 2008, qu'il a sciemment occulté une information importante deux jours après la faillite de la banque Lehman Brothers. Son mensonge ou plutôt son omission de la vérité, a eu lieu le 17 septembre 2008. Ce jour-là, John Authers apprend que l'assureur américain AIG a été renfloué de 87 milliards de dollars par l'Etat américain. Heureusement d'ailleurs, car une faillite d'AIG aurait entraîné celle de nombreuses banques. La veille, ce même éditorialiste avait appris qu'un fonds monétaire avait subi des pertes énormes suite à la faillite de Lehman Brothers. Là encore, la faillite de ce fonds monétaire menaçait directement les grandes banques. A cette époque, la tension était tellement grande que les rendements des obligations d'Etat américaines à deux ans étaient au plancher. Autrement dit, tout le monde voulait se protéger et achetait de la dette américaine même si celle-ci ne rapportait rien. Une réalité dont le grand public n'était pas vraiment tenu au courant. Comment lui faire comprendre des notions comme le rendement d'un Treasury bond ? Mais John Authers ne fait pas partie du grand public. Grâce à son poste d'observateur des marchés financiers, il fait partie des initiés. De ceux qui savent que le système bancaire mondial est à deux doigts d'imploser. Et que fait notre éditorialiste ? Il quitte ses bureaux de New York durant la pause déjeuner et se rend à son agence bancaire. Son objectif ? Transférer dans une autre banque une bonne partie de ses dépôts car il sait que les dépôts bancaires américains ne sont couverts par le gouvernement américain qu'à hauteur de 100.000 dollars. Il veut donc mettre à l'abri les sommes qui dépassent ce montant. Mais il se rend vite compte qu'il n'est pas le seul à avoir eu la même idée. Devant son agence, d'autres banquiers, traders, investisseurs font également la queue. En apparence, ces initiés sont calmes, disciplinés. Mais eux savent réellement le danger qui plane sur le monde bancaire. L'employée de banque qui accueille John Authers est visiblement au courant de la raison de sa venue et lui demande poliment de ne pas transférer son argent dans une autre banque. Elle lui explique qu'elle en a déjà parlé avec des collègues d'autres institution bancaires et lui propose de simplement fractionner le dépôt présent sur son compte : une partie restera sur celui à son nom, une autre ira sur le compte de sa femme et le solde sur ceux ouverts au nom de ses enfants. De la sorte, il n'aura plus à s'inquiéter pour son épargne... John Authers a profité des 10 ans de la crise financière pour avouer qu'il n'avait parlé à personne de ce qu'il avait fait ce jour-là. Motif ? Il avait eu peur d'aggraver la situation. Car il avait l'impression que s'il publiait sa propre expérience, cela entamerait encore plus la défiance des citoyens envers le secteur bancaire. Sur ce point-là, au moins, il avait raison : le Financial Times n'est pas n'importe quel journal, c'est la bible mondiale des affaires et ses informations sont considérées comme très fiables. Notre éditorialiste a donc estimé qu'en parler dans son journal revenait à crier au feu dans une salle de cinéma bondée. Depuis qu'il a publié cet aveu, John Authers a été traité de tous les noms. On l'a comparé au capitaine d'un bateau qui, voyant le danger, saute le premier dans le canot de sauvetage. On a jugé que son attitude était à vomir. Et que s'il a certes avoué, il ne sera pas pour autant pardonné. Car aurait-il fait le même aveu aujourd'hui si le système bancaire avait explosé il y a 10 ans ? Aurait-il raconté à ses lecteurs qu'il avait mis son épargne à l'abri pendant que ses lecteurs voyaient la leur partir en fumée ? La question reste posée et met en danger la confiance accordée aux médias, même les plus sérieux. En temps normal, n'importe quel journal aurait dépêché un photographe pour immortaliser cette file d'initiés et publié aussitôt un article expliquant leurs raisons. John Authers a décidé de ne pas le faire. C'est son choix et il devra vivre avec. Aujourd'hui, avec les médias sociaux, garder secret un tel événement serait de toute façon impossible. N'importe quel passant (ou même un de ceux qui patientaient dans la file) aurait pris une photo et l'aurait postée qui sur Facebook, qui sur Instagram. Mais cette info aurait été relayée sans commentaires ou en suscitant la polémique sur le mode " élites contre peuple ". Et, certes, la vérité aurait été sauve, mais à quel prix ? Belle question de philosophie au bac.