Quels adversaires crédibles pour affronter Emmanuel Macron à la prochaine présidentielle? D'ici à la fin 2021, à quelques mois du scrutin de mai 2022, les Français devraient avoir trouvé des réponses à cette question. Autant dire que l'année politique s'annonce houleuse, car des aspirants de tous bords souhaiteront tenter leur chance. Querelles intestines, batailles de valeurs et valse-hésitation opportunistes sont au programme, le tout sur fond d' "antimacronisme" débridé. En 2017, le candidat Macron a mis en pièces, à l'échelle nationale, les partis traditionnels que sont à gauche les socialistes et à droite les Républicains. Mais les deux formations conservent un fort enracinement local et devraient enregistrer de bons résultats aux régionales de mars - si l'évolution de l'épidémie permet leur organisation. A l'inverse, le parti présidentiel La République en marche (LREM) ne peut espérer remporter aucune des 13 régions françaises, et sa fragilité s'étalera au grand jour.
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Quels adversaires crédibles pour affronter Emmanuel Macron à la prochaine présidentielle? D'ici à la fin 2021, à quelques mois du scrutin de mai 2022, les Français devraient avoir trouvé des réponses à cette question. Autant dire que l'année politique s'annonce houleuse, car des aspirants de tous bords souhaiteront tenter leur chance. Querelles intestines, batailles de valeurs et valse-hésitation opportunistes sont au programme, le tout sur fond d' "antimacronisme" débridé. En 2017, le candidat Macron a mis en pièces, à l'échelle nationale, les partis traditionnels que sont à gauche les socialistes et à droite les Républicains. Mais les deux formations conservent un fort enracinement local et devraient enregistrer de bons résultats aux régionales de mars - si l'évolution de l'épidémie permet leur organisation. A l'inverse, le parti présidentiel La République en marche (LREM) ne peut espérer remporter aucune des 13 régions françaises, et sa fragilité s'étalera au grand jour. La bataille des Hauts-de-France, dans le Nord, sera particulièrement suivie. Le président de région, Xavier Bertrand, un ancien des Républicains, entend faire de sa réélection un tremplin vers la présidentielle de 2022. L'espace politique qu'il convoite n'est pourtant pas large: le centriste Emmanuel Macron a su faire entrer dans son gouvernement d'anciens membres du parti de droite et s'attirer ainsi les faveurs de son électorat. Mais le président lui-même aura à l'oeil Xavier Bertrand, qui a su cultiver depuis son bastion régional une image d'" antiparisianisme " de bon aloi. A gauche, les perspectives de réussite à la présidentielle dépendront de la capacité des socialistes et des Verts à mettre de côté leurs chamailleries pour proposer un candidat commun. Faute de quoi, les uns comme les autres seront à la peine. Le Parti socialiste n'est plus que l'ombre de lui-même. Les Verts, quoique plus fringants depuis qu'ils ont conquis plusieurs mairies en 2020, pâtissent d'une base électorale trop cantonnée aux grandes villes. Et ils risquent d'avoir du mal à surmonter leurs déchirements internes, à commencer par celui qui oppose Yannick Jadot, figure nationale du parti, à Eric Piolle, le maire écolo militant de Grenoble. Ne perdons pas des yeux Anne Hidalgo, la maire cycliste et socialiste de Paris, réélue cette année avec le soutien des Verts. Si elle décide de se lancer et qu'elle parvient à la fois à obtenir un soutien national des écologistes et à casser son image de bobo citadine, elle fera une candidate très sérieuse pour 2022. Les adversaires potentiels de Macron sont unis autour d'un même espoir: éviter à tout prix une redite de 2017 et un duel au second tour entre le sortant et la candidate d'extrême droite Marine Le Pen. Or, cette dernière conserve dans l'électorat nationaliste une base solide et pour ainsi dire inexpugnable. Elle saura jouer sur les vieilles peurs (les migrants) comme sur les nouvelles (le Covid-19 et ses théories du complot) pour attiser l'indignation et la méfiance antisystème. La présidente du Rassemblement national poussera ses protégés et s'emploiera à écraser toute velléité de retour en politique de la part de sa nièce et rivale Marion Maréchal. Décrié de tous côtés, Emmanuel Macron devra déployer de savants talents d'équilibriste (entre gauche et droite, Paris et régions) pour déstabiliser ses opposants, d'où qu'ils viennent. Il contrebalancera son image de libéral favorable aux marchés en mettant en avant son plan de relance de 100 milliards d'euros, dont un tiers est alloué à des mesures écologiques. Il poursuivra son offensive contre l'extrémisme islamiste tout en proposant des initiatives en faveur de l'école primaire (et de l'enseignement laïque) dans les banlieues françaises à forte population musulmane. C'est souvent quand il est au plus bas dans les sondages et que les autres le donnent perdant que Macron donne le meilleur de lui-même. Cette année troublée risque de l'être un peu plus encore quand se profilera la fin des mesures de soutien économique, que des entreprises mettront la clé sous la porte et que le chômage s'envolera. Dans cette France plus que jamais inflammable, un grand mouvement de révolte n'est pas à écarter. Mais quel que soit le mécontentement auquel il est confronté dans son pays, Emmanuel Macron étendra son influence sur la scène internationale en profitant du vide laissé par le départ d'Angela Merkel de la chancellerie allemande, à l'automne. De nombreuses tensions sont à prévoir, avec un président français déterminé à faire de l'Europe un acteur de poids alors que les grandes puissances dans le monde bombent le torse et que, des relations russo-turques à la situation en Libye, les fauteurs de troubles ne manquent pas dans la région. L'activisme diplomatique d'Emmanuel Macron ne fera pas que des heureux. Mais dans cette Europe post-Brexit et post-Merkel, il y a une place à prendre, et elle lui tend les bras.