Il est imposant, l' Europa 2. Transporterait-il 2.000 passagers ? Loin de là ! Un millier, peut-être ? Que nenni. Sa capacité maximale n'est en réalité que de 500 personnes. C'est notamment pour cette raison que le Berlitz Cruises Guide lui a attribué la note maximale de 5*+, appréciant son " exceptionnel espace par passager ". Le navire possède d'autres qualités : un service attentif mais discret, ainsi qu'une offre gastronomique remarquable. Indispensable quand on navigue sur des mers lointaines.

Car si l'on veut profiter de ce palace flottant, il faut mettre le cap sur l'Asie. Propriété de l'armateur allemand Hapag Lloyd, l' Europa 2 croise actuellement en mer de Chine, variant les itinéraires entre Japon, Hong Kong, Taiwan, Indonésie, Singapour, Philippines voire Australie. Pour Trends-Tendances, cap fut donc mis sur Hong Kong, où nous avons embarqué pour une croisière à destination des Philippines, avec escales à Taiwan. Une semaine entre excursions à terre et activités en mer, ce qui est assez exceptionnel puisque les croisières de l' Europa 2 tournent le plus souvent autour de la quinzaine de jours.

Oui, il y a aussi une galerie d'art sur l' "Europa 2 " ! Tout comme un salon dédié au cigare et à la dégustation d'alcools.

Hong Kong : toujours plus haut

Avant de monter à bord, une visite du port aux mille parfums s'impose. Ancien challenger de New York dans sa course aux gratte-ciel, l'ancienne colonie britannique reste un haut-lieu de la finance et des nouvelles technologies. Dès la fin des années 1980, on y croisait des hommes d'affaires l'oreille collée à leur téléphone portable, engin alors presque inconnu en Europe. Hong Kong n'a pas démérité depuis : toujours plus d'immeubles et toujours plus haut... Les limousines de luxe dominent aujourd'hui le trafic dans les quartiers d'affaires, mais l'historique tram à impériale y circule imperturbablement sur la Queensway. Sans arborer, comme naguère, la publicité de la Belgian Bank, cédée en 2005 à ICBC.

Le hall d'accueil, loin du clinquant à l'américaine. © pg

La ville n'a pas tout sacrifié à la modernité. Sur l'île principale, le Hong Kong Park est une charmante oasis qui rassemble plusieurs pôles d'attraction. Le Flagstaff House Museum notamment, musée du thé occupant un bâtiment de style colonial construit en 1846. Il fait face à l'étang aux poissons, but de promenade de nombreux habitants, et à l'immense volière dans laquelle on circule sur des passerelles en hauteur pour admirer des carpophages paulines, une variété de pigeon exotique, et autres loris écarlates.

Dans la vieille ville, cernés d'interminables tours HLM, les temples restent assidûment fréquentés, par les jeunes comme par les aînés. En particulier celui de Man Mo, sur Hollywood Road, réputé le plus vieux (1847). Les bâtonnets d'encens y brûlent par centaines, tandis que s'accumulent les oranges apportées en offrande. En réfection, l'immeuble d'à-côté est ceinturé d'échafaudages sur plusieurs dizaines de mètres. Le matériau ? Du bambou. Modernité et tradition...

Embarquement en soirée sur l' Europa 2. Premier soulagement : même si le navire bat pavillon allemand, l'anglais voisine largement avec la langue de Goethe, personnel et documents étant rigoureusement bilingues. L'immense hall de réception affiche un luxe sobre, bien différent du clinquant à l'américaine. Même élégance pour les cabines, ou plutôt les suites, qui offrent au minimum 35 m2 d'espace. Premier dîner à bord, direction l'Elements, le restaurant asiatique. Le navire possède sept restaurants où l'on mange à la carte, sans supplément. Par contre, toutes les boissons sont payantes, même non alcoolisées, ce qui surprend sur ce genre de croisière.

Appareillage nocturne

Moment privilégié en début de nuit, quand l' Europa 2 quitte Hong Kong en longeant le quartier des affaires qui brille de mille feux. Les croisiéristes savent les moments magiques qu'offrent ces appareillages nocturnes quand on mouille au coeur de grandes cités comme New York ou Istanbul. Voilà Hong Kong ajoutée à la liste de ces départs scintillants.

Journée en mer le lendemain, au large des côtes chinoises, où l'on croise de nombreux bateaux de pêche. Les passagers ont tout le loisir d'apprécier un buffet de petit-déjeuner qui paraît presque chiche en viennoiseries tant les autres choix sont étendus. Journée culturelle aussi : au programme de cette après-midi figure une rencontre avec le peintre chinois Ling Jian. Ayant longtemps vécu en Allemagne et en Autriche avant de revenir en Chine, il oriente ses oeuvres sur un dialogue entre l'art occidental et chinois. Lieu de la rencontre : la galerie d'art, où ses oeuvres sont exposées. Oui, il y a aussi une galerie sur l' Europa 2 , qui abrite également un salon dédié au cigare et à la dégustation d'alcools : le bar Collins. On y fait escale en début de soirée pour une initiation au gin. Dîner au Weltmeere, le restaurant principal et le seul à ne pas afficher un thème particulier.

L'immense spa, rénové l'an dernier. © pg

Le troisième jour au matin, arrivée à Taïwan. Le navire accoste à Keelung, porte d'entrée vers Taipei, que l'on visite en car... ou à vélo, cette option étant disponible à toutes les escales. La capitale du pays s'enorgueillit d'un National Palace Museum aux richesses exceptionnelles, dont un tiers des quelque 70 céramiques émaillées connues de type bluish green de la dynastie Song (11e et 12e siècles). Plus précieux encore, ces rarissimes chicken cups, ou petits bols impériaux du 15e siècle, ainsi appelés en raison de leur décoration mettant en scène des poulets. " L'un d'entre eux fut vendu 4 millions de dollars en 1999, raconte la guide, qui ménage ses effets, et un autre s'est envolé à 36 millions en 2014... "

L'espace piscine, accessible même en hiver. © pg

Tchang Kaï-chek et les Schtroumpfs

Après une halte roborative dans l'extravagant et somptueux Grand Hotel, en route pour un autre incontournable de Taipei : le mémorial Tchang Kaï-chek. Haut de 76 mètres, cet imposant édifice évoque la vie et l'oeuvre du père fondateur de Taïwan, bien sûr, mais comporte aussi, dans son socle, d'immenses salles d'exposition aux thèmes très variés. A preuve : au moment de notre visite, les Schtroumpfs étaient à l'honneur... Notre groupe ne se laisse pas distraire et file à l'étage, dans le grand hall, pour assister à la relève de la garde. Elle se déroule au pied de la statue monumentale de Tchang Kaï-chek, assis les bras posés sur les accoudoirs de son fauteuil. Toute ressemblance avec le mémorial d'Abraham Lincoln à Washington a peu de chance d'être fortuite...

Pas question de quitter la capitale taïwanaise sans grimper au sommet du gratte-ciel Taipei 101. Avec ses 508 mètres flèche comprise, il était le plus haut du monde avant d'être surpassé, en 2010, par la tour Burj Khalifa de Dubaï. C'est de la plateforme intérieure du 89e étage, à 382 m d'altitude, que l'on contemple la ville sur 360 degrés. La silhouette très caractéristique de l'immeuble, inspirée du bambou, en a fait un symbole de Taipei, sinon du pays. Devant la sortie, des manifestants brandissent des pancartes apparemment hostiles à l'impérialisme de Pékin. A défaut de maîtriser la langue, on n'en saura pas plus. Retour au port de Keelung et sur l' Europa 2, où l'on change un peu d'ambiance : ce soir, le dîner trouve place au Sakura, le restaurant de sushis qui, par bonheur, déborde très largement de cette spécialité.

L'offre de restauration, de qualité supérieure. © pg

Le Miami taïwanais

On reste dans les eaux taïwanaises la nuit et le lendemain matin, l'arrivée dans le sud de l'île n'étant prévue que sur l'heure de midi. Le temps d'un petit cours de cuisine, puisque l' Europa 2 offre également un local dédié à cette expérience, devenue le complément indispensable d'un voyage faisant la part belle aux saveurs. Notre groupe joue les marmitons, s'occupant surtout de couper les légumes, avant de noter scrupuleusement les détails de cuisson...

Arrivée à Kaohsiung, dont le port est proche du centre. La seconde ville du pays possède, elle aussi, son gratte-ciel emblématique : la Tuntex Sky Tower. S'élevant entre deux jambes, sa tour centrale culmine à 378 m, antenne comprise. Parmi les autres attractions figure l'ancien consulat britannique de Takao qui, outre quelques mises en scène un peu kitsch, est réputé pour ses vues sur la cité et sur la mer. Même si son environnement est aujourd'hui moins idyllique que naguère, cet étrange bâtiment de briques perché sur une petite colline bénéficie en effet d'un emplacement trois étoiles. Dans le temple voisin, les fidèles accrochent leurs voeux sur la terrasse. Pas de vulgaires bouts de papier ou de chiffon, mais des tablettes de bois calibrées attachées avec de la ficelle rouge. Ici, la spiritualité est ordonnée !

Pour les Taïwanais du Sud, le principal attrait de Kaohsiung est cependant tout autre : c'est l'île de Chijin, qui s'étire sur une dizaine de kilomètres, entre le port et la mer. On l'atteint après une courte traversée en ferry, plus pittoresque que par le tunnel autoroutier. Chijin est le petit Miami de la région, prétend-on ici avec fierté. La popularité du lieu tient d'abord à son climat : " Ici, le soleil brille 300 jours par an, proclame notre guide en accostant. Alors qu'en ville, il pleut souvent. " Une si grande différence sur une si courte distance, vraiment ? Une foule nombreuse déambule dans Miaoquian Road, la rue menant du débarcadère à la plage. Un petit temple trône sur un coin, presque incongru dans ce défilé d'échoppes proposant les produits de la mer, crus ou cuits. Parmi les spécialités du coin : le poulpe grillé, gracieusement déployé sur une brochette. Et si l'heure n'est pas au poisson, elle l'est alors aux salades de fruits, une tradition nationale bien ancrée, à laquelle nous sacrifions très volontiers : un bol gigantesque rempli de glaçons, sur lesquels est dressée une colline de fruits, arrosés de yaourt. Rafraîchissant, on l'a compris. Mais pas non plus de quoi se couper l'appétit avant le dîner au Serrenissima, le restaurant italien du navire.

Pas de croisière asiatique sans escales à forte teneur culturelle. Ici, le temple Man Mo à Hong Kong. © sylvie bresson

Le caviar du vendredi

Seconde journée en mer le lendemain, franchement paresseuse pour tout le monde. Rénové l'an dernier, le spa de 1.000 m2 fait recette, tout comme le Yacht Club, le restaurant réservé au petit-déjeuner et au lunch. Comme chaque jour, la piscine est réservée aux enfants, en fin de matinée et de 16 à 17 h. Ils sont en effet bienvenus à bord et surveillés par du personnel attitré, comme dans les salles de jeux qui leur sont réservées. Service gratuit, soit dit en passant. La piscine inaccessible à l'heure du goûter, c'est le prétexte bienvenu pour faire un pas de côté en direction du comptoir à gaufres. Au sucre ou noyées sous les fruits et la chantilly. Pour les petits creux, comme on dit. Traduction : par pure gourmandise puisqu'il est impossible d'avoir un petit creux sur un navire de croisière...

Pas de croisière asiatique sans escales à forte teneur culturelle. Ici, le mémorial Tchang Kaï-chek à Taipei. © sylvie bresson

Dernier dîner et dernier restaurant à explorer : le Tarragon, qui n'est pas espagnol mais français, façon brasserie parisienne. Spécialité inattendue : le steak tartare du chef, équivalent de notre filet américain, on l'a compris. Il est servi sur une ardoise fraîche, parfaite pour accueillir aussi le caviar dont un serveur fait la tournée... " La tournée de caviar du vendredi représente une quinzaine de kilos pour l'ensemble des passagers ", nous confie-t-on. Arithmétique mesquine : soit quelque 30 grammes par personne, une portion respectable. Pas de spectacle dans la salle de théâtre pour cette dernière soirée à bord, mais un concert de musique de chambre : Mozart, Schubert, Fauré...

Manille : jeepneys et pedicabs

L'arrivée à Manille s'annonce de triste façon : la mer est de plus en plus sale quand on approche du port. Pour les excursions, Hapag-Lloyd a réquisitionné les plus rutilants jeepneys, ces minibus hauts en couleurs qui participent à l'image de la ville. Appelé Intramuros car entouré de murailles, son centre historique témoigne à travers divers édifices de l'occupation espagnole (1565-1896), bien qu'il fut largement détruit durant la guerre. A défaut de tour organisé, on peut se laisser guider par un conducteur de pedicab, ce tricycle qui n'a ici rien de rutilant, à l'image d'une ville très pauvre. On ne saurait manquer la cathédrale, reconstruite sept fois depuis le 16e siècle, ni les remparts et le fort, mais le lieu incontournable de la capitale philippine est l'église San Augustin, située face à la Casa Manila, une maison de maître espagnole bien conservée, devenue musée et restaurant.

Dernière visite et dernière journée. Il est temps de rejoindre l'aéroport et repartir vers Bruxelles. On ne retrouvera pas le luxe de l'Europa 2 ce soir...

Baptême à Anvers

Basé à Hambourg, le groupe Hapag-Lloyd est un ténor du transport maritime, avec 226 navires desservant quelque 600 ports dans le monde. La filiale Hapag-Lloyd Cruises compte deux paquebots de croisière classiques : Europa et Europa 2. Ce dernier concrétise l'ouverture vers une clientèle internationale, l'anglais s'ajoutant à l'allemand comme langue de bord. Elle possède également trois navires de plus petite taille, consacrés aux croisières de type " exploration ". Ils n'embarquent que 230 passagers et 199 seulement vers l'Antarctique. L'escale à Anvers de l' Europa 2, cette année comme l'an dernier, témoigne de la volonté de la compagnie de cibler aussi le marché belge. En automne 2019, elle y fera même baptiser le nouveau navire de sa flotte. Pour tous renseignements : www.hl-cruises.com et 0800 79 421.

Pas de croisière asiatique sans escales à forte teneur culturelle. Ici, la Casa Manila àManille. © sylvie bresson