Deux secondes, seulement. Il n'aura fallu que deux secondes à la fiduciaire belge Fiscal Team pour confirmer un prêt participatif de 300.000 euros via la plateforme belge Look & Fin ! Un record pour la plateforme de crowdlending (prêt participatif). Mais aussi un gros soulagement : ce dossier réalisé avec succès est le premier présenté à ses prêteurs depuis le début de la crise coronavirus. Une belle reprise alors que, comme pas mal de sociétés, la scale-up bruxelloise avait dû prendre des mesures assez radicales dès l'annonce du confinement au mois de mars. Outre le télétravail, Look & Fin avait en effet décidé d'immédiatement suspendre les dossiers de financement prévus. Face à l'incertitude ambiante, une dizaine de dossiers en attente d'être présentés aux prêteurs de la plateforme (pour un montant total de 9 millions d'euros de prêts) ont été mis sur pause.
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Deux secondes, seulement. Il n'aura fallu que deux secondes à la fiduciaire belge Fiscal Team pour confirmer un prêt participatif de 300.000 euros via la plateforme belge Look & Fin ! Un record pour la plateforme de crowdlending (prêt participatif). Mais aussi un gros soulagement : ce dossier réalisé avec succès est le premier présenté à ses prêteurs depuis le début de la crise coronavirus. Une belle reprise alors que, comme pas mal de sociétés, la scale-up bruxelloise avait dû prendre des mesures assez radicales dès l'annonce du confinement au mois de mars. Outre le télétravail, Look & Fin avait en effet décidé d'immédiatement suspendre les dossiers de financement prévus. Face à l'incertitude ambiante, une dizaine de dossiers en attente d'être présentés aux prêteurs de la plateforme (pour un montant total de 9 millions d'euros de prêts) ont été mis sur pause. Outre des mesures de chômage temporaire partiel pour une partie des 30 personnes de la scale-up, son CEO Frédéric Lévy Morelle a également décidé, parmi les premières mesures de crise, de réorganiser le travail des analystes de la boîte. La scale-up met en contact des prêteurs en ligne et des PME qui cherchent des fonds depuis 2012 et dispose aujourd'hui d'un portefeuille de 163 dossiers encore actifs. " Nous avons, dans un premier temps, voulu prendre la température auprès des entreprises financées, détaille le CEO. Et avons appelé chacune d'elles pour connaître leur situation financière. " De quoi repérer les entreprises qui, dans le court terme, pourraient avoir besoin d'aide financière. L'objectif ? Empêcher, en tant que " créditeur ", de mettre ces entreprises encore plus en difficulté avec les remboursements des prêts octroyés au travers de la plateforme. Aussi, en parallèle, la scale-up s'est adressée à ses utilisateurs prêteurs pour leur demander s'ils accepteraient de suspendre temporairement les remboursements des PME qui subissaient plus fortement la crise. Résultat ? " 98% des prêteurs ont marqué leur accord en 48 heures ", souligne fièrement le fondateur de la plateforme. Une mesure qui concerne 25% des 163 entreprises du portefeuille actif, lesquelles sont suivies de manière hebdomadaire par les experts de la scale-up. Cette mesure rapidement prise par Look & Fin n'est évidemment pas anodine. Outre l'aspect solidaire qu'affiche la plateforme pour ses PME utilisatrices, veiller à la bonne santé des entreprises financées est crucial pour son propre business. En effet, le taux de défaut des entreprises emprunteuses est une donnée critique pour Look & Fin. Pour rassurer les prêteurs, elle se doit d'afficher un taux de défaut des remboursements le plus faible possible. Il s'élève jusqu'ici à environ 2%. Mais si la crise sanitaire et économique actuelle précipitait certaines des entreprises financées vers la faillite, ce ne serait pas bon pour ses affaires. Pas étonnant, dès lors, que Look & Fin ait rapidement décidé de suspendre les paiements. Ce n'est pas la seule mesure entreprise par la fintech bruxelloise. Constatant la " crise de solvabilité dans laquelle nous sommes, il y a malheureusement fort à parier que les entreprises les moins capitalisées ne survivent pas ", analyse Frédéric Lévy Morelle. Du coup, Look & Fin compte se positionner comme un allié des PME en leur offrant une solution alternative pour renforcer leurs trésoreries. " Les PME ont besoin de renforcer leurs quasi-fonds propres, insiste le CEO. Les banques ne financent pas ce besoin et il est donc crucial de convaincre les particuliers d'investir leur épargne dans nos PME. " Mais en période de crise, alors que pas mal d'investisseurs ont perdu énormément en Bourse, les prêteurs vont-ils jouer le jeu ou, au contraire, adopter une position de repli et se montrer plus frileux face à ce type de propositions ? " Nous les avons interrogés sur leurs intentions de prêt, répond Frédéric Lévy Morelle. Mille cinq cents personnes ont répondu à notre enquête et il ressort que 93% d'entre elles se montrent prêtes à prêter de l'argent aux PME, le plus souvent avec une condition : bénéficier de garanties globales ou partielles quant au remboursement du capital. " Une condition que la plateforme est en mesure de remplir... En effet, si à ses débuts, Look & Fin avait construit son modèle sur des prêts à risque, elle a, depuis 2018, commencé à présenter des projets de financement assortis de garanties. Pour cela, elle s'est alliée à l'assureur Atradius qui accepte d'assurer les prêts effectués via la plateforme. Bien sûr, les prêts sans risque ou assortis de risques limités offrent aux prêteurs un rendement moins élevé : de l'ordre de 2 ou 3% d'intérêt, au lieu de de 5 et 9% pour les dossiers avec risque. Et visiblement Atradius ne semble pas refroidi par la situation actuelle puisqu'il assure le premier dossier Look & Fin d'après crise, les 300.000 euros levés vendredi passé par la fiduciaire Fiscal Team. De là à dire que la crise du Covid-19 est une aubaine pour Look & Fin, il y a un pas à ne pas franchir. " C'est un peu tôt pour l'affirmer, prévient Frédéric Lévy Morelle. En effet, nous avons quand même suspendu les remboursements pour une série d'entreprises et nous n'avons pas encore de visibilité claire sur 20% des entreprises financées... " Ce qu'il sait, c'est qu'une bonne partie des dossiers qui atterriront sur la plateforme de crowdlending dans les mois qui viennent seront désormais assortis de garanties et de périodes de carence (pouvant aller jusque quatre ans) durant lesquelles les PME emprunteuses rembourseront essentiellement les intérêts et pas le capital. Mais surtout, Frédéric Lévy Morelle attend (à l'heure d'imprimer ces lignes) les mesures qu'annoncera le gouvernement belge en matière de soutien à l'économie. Dans les cartons du groupe d'experts, certaines de ces mesures pourraient toucher à l'activité de Look & Fin en encourageant (fiscalement ? ) les particuliers à investir dans les entreprises... De quoi doper les prêts sur Look & Fin ? En tout cas, le jeune patron l'espère, histoire de redonner un coup de boost à son business qui, sans surprise, tourne au ralenti depuis le début du confinement. Certes, la scale-up bénéficie du flux mensuel des remboursements en cours, mais le gros de sa rémunération provient de la structuration et la présentation de nouveaux dossiers aux prêteurs. Mars et avril seront évidemment de très mauvais mois qui succèdent à un mois de février record avec 4 millions d'euros prêtés. Heureusement, Look & Fin avait levé 6 millions d'euros en fin d'année 2019, ce qui devrait lui permettre de traverser cette crise sereinement. Cela ne l'a toutefois pas empêché de mettre un tiers de son personnel au chômage temporaire partiel. Et de limiter fortement une série de dépenses, marketing notamment. De quoi faire le gros dos de manière plus sereine que la moitié des start-up belges: celles-ci n'auraient en effet, à en croire une étude menée par le collectif Supportourstartups, pas plus de six mois de cash devant elles...