Les années 1990 furent fastes pour la démocratie africaine. L'un après l'autre, les pays rejetèrent le principe du régime à parti unique et adoptèrent des élections multipartites. En 2000, les populations de quasiment tous les Etats se rendirent aux urnes. Depuis, les progrès sont contrastés. Les transferts pacifiques de pouvoir sont certes plus courants qu'autrefois, mais ce sont souvent des opérations montées par les élites dirigeantes qui ne reflètent pas la volonté du peuple et les candidats sortants truquent régulièrement les élections. Alors qu'une large majorité d'habitants de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne affirment vouloir plus de démocratie, près de la moitié d'entre eux ne sont pas satisfaits de celle en vigueur actuellement dans leur Etat. Ils n'étaient que 25% à s'en plaindre il y a 20 ans... Il y aura relativement peu d'élections en Afrique en 2022. Mais les quelques scrutins présidentiels qui doivent se dérouler permettront de savoir pourquoi les Africains sont frustrés par le fossé qui sépare la promesse de démocratie et la réalité.
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Les années 1990 furent fastes pour la démocratie africaine. L'un après l'autre, les pays rejetèrent le principe du régime à parti unique et adoptèrent des élections multipartites. En 2000, les populations de quasiment tous les Etats se rendirent aux urnes. Depuis, les progrès sont contrastés. Les transferts pacifiques de pouvoir sont certes plus courants qu'autrefois, mais ce sont souvent des opérations montées par les élites dirigeantes qui ne reflètent pas la volonté du peuple et les candidats sortants truquent régulièrement les élections. Alors qu'une large majorité d'habitants de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne affirment vouloir plus de démocratie, près de la moitié d'entre eux ne sont pas satisfaits de celle en vigueur actuellement dans leur Etat. Ils n'étaient que 25% à s'en plaindre il y a 20 ans... Il y aura relativement peu d'élections en Afrique en 2022. Mais les quelques scrutins présidentiels qui doivent se dérouler permettront de savoir pourquoi les Africains sont frustrés par le fossé qui sépare la promesse de démocratie et la réalité. Au Mali, les élections doivent marquer le retour de la gouvernance civile après les coups d'Etat d'août 2020 et de mai 2021. Après le premier coup, les putschistes avaient affirmé vouloir organiser des élections en février 2022. Après le deuxième, la nouvelle junte, menée par le colonel Assimi Goïta, a confirmé cette échéance. Mais les Maliens se méfient de cet homme qui a contribué à organiser un putsch, puis un deuxième, par déception des résultats du précédent. Les militaires au pouvoir semblent surtout vouloir exploiter l'économie de guerre qui a explosé suite à la lutte soutenue par l'Occident contre les djihadistes dans le nord du pays. S'ils retardent le vote, la situation risque de devenir encore plus incertaine et fragile. En Angola, les élections représentent le premier véritable test de popularité du président João Lourenço, élu en 2017. Nommé président du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), il a remplacé José Eduardo dos Santos dont les 38 années au pouvoir ont enrichi la famille mais n'ont pas fait grand-chose pour la plupart des Angolais. M. Lourenço a poursuivi de façon sélective ceux qui étaient accusés de trafic d'influence sous l'ancien régime et proposé des moyens de diversifier l'économie du deuxième plus grand producteur de pétrole d'Afrique. Mais les faibles prix de l'or noir et la pandémie ont maintenu le pays en récession et l'arrêt des subventions pour l'électricité, l'eau et les transports dans le cadre d'un marché conclu avec le FMI a d'autant plus contrarié de nombreux Angolais. Pour la première fois, le MPLA est confronté à une opposition unifiée. Ainsi, une nouvelle coalition, appelée Front patriotique, mené par Adalberto da Costa Junior de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), intéressera les électeurs urbains de la classe moyenne. Mais elle a peu de chances de remporter les élections. En effet, le MPLA dirige l'Angola depuis son indépendance acquise au détriment du Portugal en 1975, et n'est pas près de relâcher sa mainmise. Il a ainsi compliqué la tâche du Front patriotique pour inscrire ses candidats et modifié la loi électorale afin d'offrir au gouvernement davantage de contrôle sur la comptabilisation des votes. La politique sera plus concurrentielle au Kenya. Uhuru Kenyatta arrive au terme de son deuxième et dernier mandat à la présidence. Aucun successeur ne se dégage clairement. En 2018, M. Kenyatta a accepté de se rapprocher de Raila Odinga, son ancien adversaire et héritier au sein de sa famille politique. Le marché conclu a permis d'adopter une série de changements constitutionnels rassemblés sous le terme de Building Bridge Initiative (BBI ou "initiative pour construire des ponts"). M. Kenyatta prétend que ces changements permettront d'apaiser les tensions dans la politique du pays, marquée par le vote ethnique et où le vainqueur des élections rafle toute la mise. Selon les critiques, il s'agit en réalité d'un pacte des élites qui permettra in fine à M. Odinga de devenir président et à M. Kenyatta de tirer les ficelles dans l'ombre. Quelle que soit la vérité, la BBI a subi un sérieux revers en mai 2021 quand la Cour suprême a affirmé que ces changements étaient illégaux, décision confirmée en appel. Cet arrêt a ravi la société civile kenyane, qui considère la constitution élaborée en 2010 comme un rempart aux abus de pouvoir. Elle a également plu à William Ruto, le vice-président, qui a affirmé avoir remercié Dieu (et non les valeureux juges) d'avoir libéré le pays de la BBI. M. Ruto, qui n'avait pas publiquement manifesté d'opposition de principe à ces changements constitutionnels, a malgré tout tiré profit des dommages causés à ses adversaires, MM. Kenyatta et Odinga. Cela lui aura permis d'asseoir l'argumentaire dont il use pour briguer la présidence, à savoir que des "escrocs" autodidactes comme lui valent mieux que les membres de "dynasties" politiques. Qu'il fasse tout son possible pour mettre un terme à la corruption et au népotisme qui minent la politique kenyane, rien n'est donc moins sûr. Les élections présidentielles les plus enthousiasmantes d'Afrique en 2022 pourraient avoir lieu dans un pays qui n'est pas un Etat officiel. Le Somaliland, qui réclame son indépendance de la Somalie, n'est reconnu par aucun autre pays. Sa politique est loin d'être parfaite: la loyauté aux clans détermine la plupart des votes des habitants, et les femmes ont du mal à se faire élire. Mais ses élections présidentielles, qui verront Musa Bihi Abdi se représenter, devraient nous rappeler que, malgré son absence de reconnaissance étatique, le Somaliland est plus démocratique que bien d'autres régions d'Afrique.