A chaque rentrée littéraire, son Nothomb ! Cette régularité en agace plus d'un, tant elle peut rimer avec la qualité aléatoire des productions de la romancière belge.
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A chaque rentrée littéraire, son Nothomb ! Cette régularité en agace plus d'un, tant elle peut rimer avec la qualité aléatoire des productions de la romancière belge. Mais qu'on ne s'arrête pas au nombre de pages. Amélie Nothomb, c'est un ton, malicieux, et une syntaxe, claire et précise. Des atouts qu'elle met ici au service d'un conte contemporain. Epicène, fille d'un couple de bourgeois parisiens, déteste autant son père qu'elle n'adore sa mère. L'un s'appelle Claude, l'autre Dominique. Soit deux prénoms... épicènes, à la fois masculin et féminin. Dotée d'une grande intelligence, la petite, victime des plans d'ascension sociale de son paternel, va tenter de comprendre ce qui pousse sa mère à se soumettre aux desiderata de son mari. Sous des airs de film de la Nouvelle Vague (l'action se situe entre les années 1970 et 1990), Les prénoms épicènes dissimule une histoire d'émancipation et de complicité mère-fille. " Le temps de l'enfance obéit à des lois autres. Sa densité n'a d'égal que son sens du tragique ", écrit la romancière au chapeau. Et c'est aussi pour ses fulgurances cinglantes qu'on aime la lire. La manière qu'a l'auteur de nous faire assister à un manège mondain à travers les yeux d'une enfant puis d'une adolescente, aussi perspicace sur le monde adulte que déterminée, s'avère appréciable dans ses dialogues presque désuets et sa morale universelle : " La personne qui aime est toujours la plus forte ".