En début de semaine passée, Belfius a annoncé avoir émis sa première obligation verte sur le marché, pour un montant de 500 millions d'euros. Pour rappel, un green bond est une émission obligataire allouée au financement ou au refinancement de projets durables.
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En début de semaine passée, Belfius a annoncé avoir émis sa première obligation verte sur le marché, pour un montant de 500 millions d'euros. Pour rappel, un green bond est une émission obligataire allouée au financement ou au refinancement de projets durables. Ce marché est resté embryonnaire jusqu'en 2015, avec un volume annuel d'émissions qui ne dépassait pas les 50 milliards de dollars. La pression réglementaire s'est ensuite intensifiée suite à la signature des accords de Paris sur le climat en 2015, avec notamment la mise en place du plan d'action de l'Union européenne pour la finance durable, qui a débouché en début d'année 2021 sur la réglementation SFDR et sur l'arrivée prochaine d'une taxonomie européenne. En outre, la Commission européenne a également annoncé qu'une partie importante (30%) de son plan de relance devra être financé par l'émission de green bonds. Ces différentes mesures poussent désormais les entreprises à diminuer rapidement leur empreinte carbone, et à emprunter des sommes importantes pour financer cette transition. Les volumes émis ont augmenté dans la foulée, avec des émissions au-delà des 250 milliards de dollars en 2020. Un record qui devrait être pulvérisé cette année: le volume d'émissions dépassait déjà les 150 milliards de dollars à la fin avril, la taille globale de ce marché devant atteindre les 1.000 milliards de dollars dans les prochains mois. Alors que le segment des obligations vertes était à l'origine surtout le fait d'émetteurs gouvernementaux qui cherchaient à financer l'augmentation de leur production en énergie renouvelable ou l'installation de stations pour rechercher les véhicules électriques, il est désormais occupé de manière beaucoup plus marquée par les entreprises. De nombreux opérateurs télécoms cherchent ainsi à financer le remplacement de leurs câbles en cuivre par la fibre optique moins gourmande en énergie, des entreprises veulent développer leurs propres sources d'énergie renouvelable, des banques sont en quête de fonds pour financer des entreprises ayant des projets durables, des groupes immobiliers désirent améliorer l'efficience énergétique de leurs bâtiments, etc. Résultat, aujourd'hui, les fonds qui investissent dans les obligations vertes le sont jusqu'à près de 60% dans des obligations d'entreprise plutôt que dans la dette gouvernementale. En principe, une émission verte et une émission classique d'un même émetteur devraient avoir exactement le même rendement. Dans la pratique, ce n'est toutefois pas vraiment le cas, et les fonds en obligations vertes ont généralement dégagé des performances légèrement supérieures durant les trois dernières années. Sur une période de cinq ans, le fonds NN (L) Green Bond (un des fonds ayant le plus long historique) a ainsi dégagé une performance annualisée de 2,63% dans la catégorie des fonds obligataires en euros, contre une performance annualisée de 2,21% pour le fonds NN (L) Euro Fixed Income sur la même période. Ce phénomène s'explique par le fait que les émissions vertes sont désormais beaucoup plus recherchées que les emprunts classiques, avec une demande qui dépasse systématiquement l'offre. La mise en place des diverses réglementations européennes est de nature à soutenir cette performance car les gestionnaires d'actifs cherchent activement à "verdir" l'ensemble des actifs financiers détenus dans leurs portefeuilles. Une autre particularité d'un Green Bond est son obligatoire transparence, les émetteurs devant communiquer régulièrement sur la manière dont les fonds sont utilisés. Pas question donc d'emprunter pour allouer le produit de l'émission à des projets qui ne seraient pas verts. "Les green bonds sont clairement une manière d'ajouter de l'impact à son portefeuille, avec une obligation de rapport et un suivi des différentes positions en portefeuille, explique Bram Bos (NN Investment Partners). Le gestionnaire souligne toutefois qu' "il faut rester critique dans le segment, et déterminer dans quelle mesure l'émetteur est lui-même engagé dans une démarche durable. Un émetteur peut en effet émettre des green bonds pour financer un projet bien déterminé, sans qu'il ait l'intention d'apporter des modifications à unes stratégie d'entreprise qui peut ne rien avoir de durable. Certaines émissions sont donc loin d'être vraiment vertes". Il existe aujourd'hui une dizaine de fonds exposés sur les obligations vertes, dont seulement six affichent un historique de performance suffisamment long pour se voir décerner une note chez Morningstar. Durant les trois dernières années, ils ont dégagé une performance annualisée moyenne de 2,2%, les produits ayant dégagé des performances plus soutenues étant également ceux davantage exposés sur la dette d'entreprise. Depuis le début 2021, les craintes liées à une hausse de l'inflation ont toutefois eu raison de la tendance favorable dégagée en 2019 et 2020, avec un recul de 2,7%. Pour autant, d'après Bram Bos, ce marché devrait resté dynamique et soutenu par les différents plans de relance prévus dans les grandes économies mondiales. "Le marché des green bonds est désormais plus grand que ceux des obligations convertibles et des obligations européennes à haut rendement, et les différentes initiatives prises au niveau européen ne vont faire que renforcer l'attrait pour ces produits." On rappellera tout de même que par leur profil obligataire, les fonds exposés sur les obligations vertes doivent être surtout considérés pour la partie défensive d'un portefeuille diversifié.