Début 2016, les entreprises minières étaient très à la peine. L'époque où les matières premières se vendaient au prix fort était définitivement révolue, la chute des revenus et les bilans gonflés par les dettes pesaient sur les bénéfices. En 2015, les 40 plus grandes entreprises minières au monde avaient vu leur chiffre d'affaires total reculer de 20 % par rapport à 2014. Leur bénéfice cumulé de 50 milliards de dollars en 2014 s'était transformé en une perte de 27 milliards de dollars cette année-là. L'éclatement de la bulle des matières premières a également renvoyé les obligations sous leur pair.
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Début 2016, les entreprises minières étaient très à la peine. L'époque où les matières premières se vendaient au prix fort était définitivement révolue, la chute des revenus et les bilans gonflés par les dettes pesaient sur les bénéfices. En 2015, les 40 plus grandes entreprises minières au monde avaient vu leur chiffre d'affaires total reculer de 20 % par rapport à 2014. Leur bénéfice cumulé de 50 milliards de dollars en 2014 s'était transformé en une perte de 27 milliards de dollars cette année-là. L'éclatement de la bulle des matières premières a également renvoyé les obligations sous leur pair. Les minières ont été contraintes de revoir leurs priorités. La croissance à tout prix a fait place à l'assainissement des bilans. Ceux-ci avaient pâti de réductions de valeur sur actifs d'un total de 53 milliards de dollars - la principale cause des pertes en 2015. Pendant les années de vaches grasses, les entreprises minières avaient énormément investi dans de nouvelles capacités et des acquisitions. Il fallait grandir pour satisfaire l'appétit apparemment insatiable des Chinois pour les matières premières. L'argent était disponible en abondance : grâce à leurs bénéfices élevés et à la politique des banques centrales occidentales, les minières pouvaient emprunter à des conditions extrêmement favorables. La chute des cours de matières premières a cependant plongé dans le rouge un grand nombre de ces actifs, ce qui a provoqué des réductions de valeur forcées. C'est début 2016 que le secteur minier a ainsi atteint son plancher. Depuis, les cours des matières premières ont enregistré un redressement spectaculaire. Les inquiétudes liées à un ralentissement de la croissance en Chine se sont dissipées, tout comme celles relatives à une flambée des taux aux États-Unis (qui pèserait sur la croissance américaine). De plus, la nette contraction des investissements et la fermeture des mines non rentables ont ralenti la croissance de l'offre. Le minerai de fer (+30 %) et le coke (+130 %) se sont particulièrement distingués, stimulés par la hausse de la demande chinoise. Les mesures de relance des pouvoirs publics y ont déclenché un nouveau boom de la construction. Les groupes miniers ont également été aidés par un dollar fort, surtout ceux dont les coûts sont libellés dans d'autres monnaies plus faibles alors qu'ils réalisent leur chiffre d'affaires en billets verts. Enfin, le recul du cours du pétrole a réduit les frais de transport. L'évolution des priorités des grandes entreprises minières est une bonne nouvelle pour les détenteurs d'obligations. Les économies, la contraction des investissements et la baisse des dividendes accroissent en effet l'écart entre les revenus opérationnels et les charges financières. Le géant britannico-australien de l'industrie minière BHP Billiton a ainsi réduit ses frais de fonctionnement de 16 % en 2016 (et entend encore économiser 12 % cette année). En outre, la diminution des investissements et la modification de la politique de dividende (au lieu d'un dividende fixe, le groupe distribue désormais la moitié du bénéfice net) accroissent aussi les capitaux disponibles. Ses concurrents Rio Tinto et Glencore ont également fait des économies sur leurs investissements et dividendes, et nettement réduit leur dette financière. Le redressement des cours des matières premières et la plus grande discipline financière des entreprises minières ont fait des miracles sur les marchés obligataires. Ainsi, le cours de BHP Billiton Finance en euro (échéance : 2033 ; coupon : 3,125 %) était retombé sous 95 % de la valeur nominale début 2016 (pic de 130 % au printemps 2015) ; aujourd'hui, l'obligation s'échange à 115 %. Glencore Funding en dollar (échéance : 2025 ; coupon : 4 %) s'échangeait à 65 % de sa valeur nominale début 2016 ; aujourd'hui, elle est revenue à 100 %. En Belgique, le fondeur de zinc Nyrstar a profité de la forte hausse du cours du métal en 2016 : l'obligation en euro de Nyrstar Netherlands Holdings (échéance : 2019 ; coupon : 8,5 %) s'est redressée de 80 % début 2016 à 109 % aujourd'hui. La hausse des cours a également été soutenue par l'amélioration des notes de solvabilité, consécutive à la hausse des cours des matières premières et aux interventions financières des entreprises minières. Nous vous conseillons cependant de ne pas vous laisser entraîner par le redressement des cours des obligations du secteur minier. Le principal moteur du secteur reste la Chine, qui représente 40 % de la demande mondiale de matières premières. Le redressement des métaux industriels, du minerai de fer, du zinc et du coke en 2016 s'explique avant tout par le rebond du secteur chinois de la construction. Celui-ci n'est cependant intervenu que par la grâce des nouvelles mesures de relance (temporaires) des autorités chinoises. Le pays est confronté à un endettement élevé, qui finira inévitablement par peser sur la croissance économique. De plus, la Chine veut sortir de son ancien modèle de croissance basé sur les investissements dans des actifs corporels - qui exige beaucoup de matières premières - au profit d'une croissance fondée sur la consommation intérieure. LES COURS DES OBLIGATIONS DE MINIÈRES SE SONT REDRESSÉS GRÂCE AUX NOUVELLES MESURES DE RELANCE (TEMPORAIRES) DES AUTORITÉS CHINOISES.