La guerre est une affaire de mâles. Entendez par là que pour se battre, les hommes sont les premiers. Les femmes, quant à elles, ne font pas qu'attendre ces messieurs. Leurs objectifs : survivre, faire tourner le ménage, et résister. " Une fois que les mecs sont en train de s'entre-massacrer pour les beaux yeux d'autres mecs, les femmes doivent faire tourner la boutique. Et à l'époque sans avoir voix au chapitre, sans même avoir le droit de vote. Il fallait donc assumer les conséquences ", recadre sans fard la jeune auteure Flore Balthazar. Dans Les Louves, c'est un vibrant hommage, inspiré de l'histoire familiale, qu'elle rend à ces héroïnes du quotidien. Son précédent album, une biographie dessinée de Frida Kahlo, avait bénéficié du scénario aguerri de Jean-Luc Cornette. La voilà seule aux commandes d...

La guerre est une affaire de mâles. Entendez par là que pour se battre, les hommes sont les premiers. Les femmes, quant à elles, ne font pas qu'attendre ces messieurs. Leurs objectifs : survivre, faire tourner le ménage, et résister. " Une fois que les mecs sont en train de s'entre-massacrer pour les beaux yeux d'autres mecs, les femmes doivent faire tourner la boutique. Et à l'époque sans avoir voix au chapitre, sans même avoir le droit de vote. Il fallait donc assumer les conséquences ", recadre sans fard la jeune auteure Flore Balthazar. Dans Les Louves, c'est un vibrant hommage, inspiré de l'histoire familiale, qu'elle rend à ces héroïnes du quotidien. Son précédent album, une biographie dessinée de Frida Kahlo, avait bénéficié du scénario aguerri de Jean-Luc Cornette. La voilà seule aux commandes d'un album au long cours après plusieurs histoires courtes parues dans Spirou. La Louvière, 1940. Le foyer Balthazar, celui des arrière-grands-parents de l'auteure, compte cinq enfants. L'entrée dans le conflit signe pour eux la fin d'une certaine insouciance. Papa est prisonnier, Maman manoeuvre seule à la barre . Flore Balthazar a trouvé les mots de ces années où l'on grandit trop vite dans le journal intime de sa grand-tante Marcelle, toujours vivante, qui a suivi de près la réalisation de cette bande dessinée. " Guerre... Ce triste mot est encore vide de sens pour moi. J'aperçois bien d'horribles combats, de terribles bombardements. Mais je ne puis me figurer que ce rêve affreux soit devenu réalité ", écrit à l'époque la jeune fille âgée de 15 ans. Les souvenirs manuscrits de cette " tantelle ", comme Flore l'appelle, furent une première source d'inspiration. " J'ai la chance d'avoir une grand-tante qui a gardé plein de lettres et de photos. Des documents passionnants qui, pour les historiens, constituent une mine d'or. " Dans la famille, la guerre se raconte encore aujourd'hui par anecdotes que la dessinatrice a récoltées. Le puzzle assemblé, ces fragments de quotidien reconstituent le vécu d'un ménage de classe moyenne géré par les femmes, mais dans l'intérêt des hommes. Marcelle devra ainsi renoncer à l'université, trop cher investissement pour une jeune femme qui demeurera au foyer une fois mariée. L'époque vivait ainsi sa " rationalité " masculine. Mais il en faut plus pour raconter en 200 pages cinq ans du quotidien de la guerre. L'album revient donc sur des épisodes marquants du conflit tel qu'il est vécu à La Louvière. Raconté sur 20 pages, le terrible bombardement du 23 mars 1944 joue avec l'élasticité du temps - " objet étrange, qui passe en un éclair ou se dilate à l'infini ", écrit Marcelle. Le suivi en parallèle des membres éparpillés de la famille provoque un effet dramatique plutôt réussi. S'appuyant sur une solide documentation, la BD n'hésite pas à passer de la réalité à la fiction. " Ce n'est pas un travail d'historienne, précise Flore Balthazar. Je raconte des histoires avant tout. On reste dans le domaine du conte, du roman. " Elle évoque en second plan, la trajectoire héroïque et tragique de la résistante Marguerite Bervoets, ici rebaptisée en Clauwaerts. Incarcérée à Mons, elle sera ensuite jugée, condamnée à mort et exécutée à la hache en Allemagne en août 1944. La fiction permettant aussi l'allégorie, les belligérants sont par moments des loups aux dents acérées. Les louves, elles, protègent la meute, garantissent l'avenir, avec courage et abnégation. Flore Balthazar se permet un clin d'oeil aux habitants de La Louvière jusque dans son titre, tout en nous offrant une histoire humaine universelle avec son trait qui hésite entre réalisme et douce naïveté. Ses planches sont exposées jusqu'au 15 avril à La Louvière au " Daily-Bul & Co ", centre d'archives d'André Balthazar, son grand-oncle, poète surréaliste et ami du sculpteur Pol Bury. L'artiste y dédicacera son album le 17 mars.