Quand les Jeux olympiques s'ouvriront à Tokyo, en juillet 2020, les images de deux des principaux sites de compétition montreront quelque chose d'inhabituel : des dirigeantes politiques de premier plan. Yuriko Koike, la gouverneure de Tokyo, et Fumiko Hayashi, la maire de Yokohama, se démarqueront parmi les costumes sombres et les cheveux teints en noir de leurs homologues masculins. Car si le Japon est un pays plus égalitaire que d'autres à de nombreux égards, il est terriblement en retard dans le domaine de l'égalité hommes-femmes.
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Quand les Jeux olympiques s'ouvriront à Tokyo, en juillet 2020, les images de deux des principaux sites de compétition montreront quelque chose d'inhabituel : des dirigeantes politiques de premier plan. Yuriko Koike, la gouverneure de Tokyo, et Fumiko Hayashi, la maire de Yokohama, se démarqueront parmi les costumes sombres et les cheveux teints en noir de leurs homologues masculins. Car si le Japon est un pays plus égalitaire que d'autres à de nombreux égards, il est terriblement en retard dans le domaine de l'égalité hommes-femmes. Qu'on veuille le croire ou non (et la société patriarcale du Japon permet certes d'en douter sérieusement), les choses vont changer. Selon le McKinsey Global Institute, les femmes n'occupent aujourd'hui que 15 % des postes de direction dans le pays (en Asie, seuls le Bangladesh, le Pakistan et la Corée du Sud ont des scores encore plus bas). Cependant, au cours de la prochaine décennie, cette proportion devrait au moins doubler. Cette prévision est essentiellement liée à une question d'offre. Dans les années 1980, la plupart des Japonaises de 18 ans fréquentaient des universités " à cycle court " (deux ans), où l'accent est mis sur l'économie domestique, plutôt que des établissements où les études durent quatre ans et auxquelles se destinaient généralement leurs camarades masculins. Ce qui explique pourquoi, dans la génération des 50-55 ans, à laquelle appartiennent en général les dirigeants d'entreprises et d'autres organisations, il y a actuellement peu de candidates. Les choses ont commencé à changer dans les années 1990, quand les familles et les étudiantes elles-mêmes se sont dit qu'elles aussi méritaient de suivre quatre ans d'études ( voir graphique). En outre, aujourd'hui, les femmes actives sont moins nombreuses à abandonner leur emploi - ou moins souvent contraintes de le faire - quand elles se marient et ont des enfants ; le taux de mariage lui-même a décliné. Les réserves de dirigeantes potentielles augmentent donc d'année en année. Mais seront-elles sélectionnées ? Les entreprises, en particulier les plus grandes et les plus connues, sont encore trop peu nombreuses à adapter leurs pratiques de promotion et de déploiement du personnel dans le respect des besoins de la famille. Il existe toujours un large fossé entre les hommes et les femmes en matière d'admission dans les meilleures universités publiques, en particulier celles de Tokyo et de Kyoto, où les groupes et organismes les plus prestigieux recrutent leurs salariés. Nombre d'entre eux ont toutefois commencé à changer leurs méthodes par simple nécessité : avec le vieillissement et le déclin de la population japonaise, ils ne disposent pas d'un nombre suffisant d'hommes qualifiés et expérimentés pour occuper tous les postes de direction. La " diversité " est un mot à la mode. Les dépenses consacrées aux services de garde d'enfants pour retenir les femmes en cours de carrière ont augmenté. Le nombre de dirigeantes sera bientôt suffisamment important pour transformer les méthodes de gestion et la culture des entreprises au profit de celles qui leur succéderont, comme cela s'est produit en Europe et aux Etats-Unis. Yuriko Koike (67 ans), qui a étudié l'arabe au Caire avant de devenir une journaliste de renom, et Fumiko Hayashi (73 ans), qui a pris la tête de Nissan Auto Sales, étaient des phénomènes dans leur génération, même avant d'entrer en politique. C'était également le cas de Mari Miyoshi, ambassadrice du Japon à Dublin jusqu'en août 2019. En 1980, elle était la première femme à être recrutée dans la filière diplomatique du ministère des Affaires étrangères, aux côtés de 27 hommes. En 2016, les nouvelles recrues se composaient de 10 femmes et de 18 hommes. Même si les inégalités entre les hommes et les femmes restent bien trop importantes, d'ici à 2030, les femmes occupant des postes de direction ne seront plus des phénomènes rares.