L'histoire du drone remonte à plus d'un siècle. L'aéronef sans pilote a été développé à ses débuts pour les besoins de l'armée, déjà téléguidé grâce aux ondes de la TSF. Ailes volantes ou multicoptères, drones aériens ou marins, ils se déclinent aujourd'hui au service des usages les plus spécifiques. Alors que l'US Navy s'intéresse aux essaims de drones lancés depuis ses sous-marins, que des chercheurs planchent sur des drones insectes ultralégers (0,5 g), résistants et capables de se faufiler partout, les engins destinés aux professionnels et au grand public deviennent de plus en plus endurants, immersifs et cinématographiques.
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L'histoire du drone remonte à plus d'un siècle. L'aéronef sans pilote a été développé à ses débuts pour les besoins de l'armée, déjà téléguidé grâce aux ondes de la TSF. Ailes volantes ou multicoptères, drones aériens ou marins, ils se déclinent aujourd'hui au service des usages les plus spécifiques. Alors que l'US Navy s'intéresse aux essaims de drones lancés depuis ses sous-marins, que des chercheurs planchent sur des drones insectes ultralégers (0,5 g), résistants et capables de se faufiler partout, les engins destinés aux professionnels et au grand public deviennent de plus en plus endurants, immersifs et cinématographiques. Certains, comme le dernier "Combo FPV" du fabricant DJI, volent à 140 km/heure et se pilotent avec un casque sur les yeux. D'autres, taillés pour le grand public, défient les lois de la gravité et se dotent de technologies militaires comme un système de détection des obstacles ou le geofencing, une localisation géographique qui, pour éviter tout dérapage, permet d'empêcher le drone de décoller d'un aéroport ou sur une zone sécurisée... Ces objets d'une rare technicité font en tout cas l'objet d'une attention croissante, et d'un engouement populaire évident. Certes, d'aucuns considèrent encore les drones comme élitistes, difficiles à piloter et nécessitant des compétences techniques hors du commun. Il n'en est heureusement plus rien. S'ils embarquent des technologies de pointe, c'est en effet pour rendre le vol radiocommandé plus facile et plus accessible que jamais. Aujourd'hui, un drone sait lui-même d'où il décolle. Il analyse son environnement et calcule la trajectoire la plus sûre pour revenir au point de départ. "Nos drones sont capables de reconnaître des objets tels que les arbres et de répondre aux commandes par gestes de l'utilisateur, sans qu'il n'utilise de télécommande", explique Olivier Mondon, porte-parole du célèbre constructeur DJI. La plupart de ces engins sont équipés de caméras qui vous placent presque à bord de la machine. Ils ont aussi plusieurs rotors. En outre, et c'est le point le plus important, ils sont dotés de systèmes de contrôle de stabilité incroyablement complexes. Ce qui leur permet de rester en vol stationnaire sans que le pilote doive intervenir en permanence, comme c'est normalement le cas pour un modèle réduit d'hélicoptère. Tout est donc étudié pour que l'expérience de vol soit la plus sécurisée possible. Et à condition de respecter le cadre légal, toute la famille peut en profiter. Quand il était enfant, Franck Wang, un jeune Chinois, rêvait de posséder un hélicoptère télécommandé. Et quand quelques années plus tard, ce rêve s'est réalisé, l'appareil a rapidement fini en pièces suite à un crash. La légende raconte que Frank, ingénieur basé à Shenzhen, a dès lors passé les années qui ont suivi à trouver un moyen de stabiliser ces petits appareils volants, travaillant surtout sur les contrôleurs de vol, ces composants qui permettent de rendre le pilotage des drones plus autonomes. C'est ainsi que sa société DJI est née en 2006. Quinze ans plus tard, l'entreprise chinoise qui concurrence le français Parrot et l'américain 3D Robotics compte près de 6.000 salariés entre Los Angeles, Pékin et Shenzhen et capte 80% du marché mondial du drone de loisir. Un monopole également revendiqué dans le monde des médias ou du cinéma. "On ne construit pas seulement des drones mais aussi des caméras utilisées sur les grands événements télévisés et à Hollywood", avance Olivier Mondon. Mais si ses rêves d'enfant en ont fait un multimillionnaire de haut vol, Franck Wang n'a jamais cessé d'innover. Meilleure stabilisation de l'appareil, programmation de plan de vol, retour automatique au point de décollage... Autant de paramètres aujourd'hui de série sur les modèles DJI, à commencer par le Mavic Air. Dotée de ces formes d'intelligence, la machine a été customisée avec des options fascinantes. Comme le mode "boomerang" qui, d'un geste, ordonne au drone d'opérer une circonvolution autour d'une simple personne ou d'un groupe pour des clichés à 360 degrés... mais vus du ciel. Un selfie extra-large bluffant. La précision des capteurs permet même d'identifier la nature des "cibles" (personne physique, bateau, voiture, avion, etc.) sur l'écran de contrôle de la télécommande. "En chinois, DJI signifie 'sans frontière', prévient Olivier Mondon. Si une innovation est prête, on n'attend pas un nouveau cycle pour la sortir", concède le porte-parole, justifiant la production frénétique par le constructeur chinois, ces derniers mois, de modèles civils ou professionnels. "Nous ajoutons de l'intelligence artificielle, des capteurs de meilleure qualité, des stabilisateurs sur trois axes, etc. Le but est de permettre à des novices de prendre du plaisir à utiliser un appareil sophistiqué." Pour souffler sa quinzième bougie, le leader mondial du drone de loisir a même dévoilé son premier modèle "First Person View" (FPV). Un objet facile à prendre en main mais terriblement abouti et qui, avec son casque de réalité immersive, permet d'immortaliser des images hors du commun. Dans le microcosme des drones de loisir, il existe deux grandes catégories: les racers parés pour la course et les cameras qui immortalisent des vidéos à vous mettre K.-O. Avec ce nouveau modèle FPV, DJI réussit à réunir le meilleur de ces deux mondes. Capable de filmer en 4K à une fréquence pouvant grimper jusqu'à 60 images par seconde, voire à 120i/s en full HD, le FPV n'en est pas moins un sacré casse-cou. Malgré ses 795 grammes à la pesée, il fait preuve d'une étonnante célérité avec des pointes de vitesse à 140 km/h et une accélération 0-100 km/h en deux secondes. Précis, rapide et vif comme un uppercut. Mais la vraie révolution de ce drone, c'est son casque. Malgré une légère ressemblance avec l'Oculus Rift, il n'est point question ici de réalité virtuelle, ni même de 3D, mais d'immersion. Avec ce casque sur la tête, il est possible d'observer en direct ce que filme le drone grâce à deux écrans LCD IPS (1440 x 810 px). Le flux vidéo transmis est extrêmement fluide grâce à un temps de latence compris en 40 et 28 millisecondes. L'immersion est totale et la sensation de vitesse grisante, sans pour autant attendre la cinétose, le mal des transports. Dans les années 1980, le producteur Donald Bellisario est à l'origine de plusieurs séries cultes. Magnum, Code Quantum, mais aussi Supercopter. Impossible de ne pas penser à cette dernière en prenant en main le joystick du FPV. Son principe? Contrôler le drone par simple inclinaison du poignet et sa vitesse grâce à une gâchette. Bien qu'il existe également une manette pour diriger l'engin, le plaisir est décuplé en utilisant cet outil tout droit sorti d'une salle d'arcade. On descend en piqué, on virevolte entre les arbres, mais en toute sécurité. En effet, le drone est équipé d'un détecteur d'obstacles et d'un freinage d'urgence... En Europe, c'est le leader français Parrot qui titille DJI avec 57 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020 et un énorme contrat signé en janvier avec l'armée française. En effet, 300 micro-drones Anafi ont été commandés à la société parisienne, qui seront destinés à des missions militaires de reconnaissance et de renseignement. Ce micro-drone fabriqué aux Etats-Unis, spécialement adapté à un usage militaire, est un quadricoptère de moins de 500 grammes. Il peut voler de jour comme de nuit et dispose d'une autonomie d'une trentaine de minutes de vol. "Grâce à son puissant zoom 32x, articulé autour de deux caméras 4K de 21 mégapixels, la détection de cibles de taille humaine est possible jusqu'à 2 km avec une précision de détail de 13 cm", affirme-t-on chez Parrot. De quoi donner des frissons. Mais l'ennemi le plus redoutable de Frank Wang a longtemps été américain. Né il y a 60 ans à Londres, Chris Anderson est un ancien correspondant pour The Economist à Hong Kong, ex-directeur du magazine de geeks Wired à San Francisco et auteur de plusieurs livres à succès. L'homme s'est reconverti dans les drones avec son entreprise 3D Robotics, lancée en 2009 à Berkeley. Ce père de cinq enfants, diplômé en physique de l'université de Washington, a longtemps fixé toute son attention sur son rival de l'empire du Milieu. Avant de capituler... Il y a quelques années, il a pourtant mis au point Solo, un drone doté de la fonction "Follow Me", c'est-à-dire capable de suivre de manière autonome un sportif en pleine action. L'idée est simple: guidé grâce à une balise GPS que vous portez sur vous, l'engin la survole en pilotage automatique - et vous par la même occasion - et ce durant 20 minutes, soit l'autonomie de la batterie. Las, lorsque DJI a commencé à dominer le marché, 3D Robotics a abandonné son produit grand public. L'entreprise bostonienne vient d'ailleurs d'être rachetée par Kitty Hawk, la société de taxis aériens soutenue par le cofondateur de Google, Larry Page. Chris Anderson lui-même serait en plein développement d'un eVTOL, nouvelle catégorie de véhicules qui repose en grande partie sur le décollage et l'atterrissage vertical électrique. Alimentés par l'énergie électrique, les eVTOL constituent un moyen de transport silencieux et peu polluant qui devrait révolutionner les déplacements. De tels engins sont en effet attendus sur le marché d'ici quelques années. "Le chemin qui mène des drones aux avions personnels pilotés à distance devient de plus en plus clair, notamment du point de vue de la certification, tweetait Chris Anderson mi-juin. Les deux partagent de nombreuses technologies, des systèmes d'alimentation aux pilotes automatiques. Ce sera donc intéressant de voir où les drones grand public et l'aviation à usage privé se rencontrent." Le prochain défi pour les dronistes? Celui de la robotique et de l'autonomie. Les fabricants comme Parrot veulent aller au-delà des images époustouflantes. "Le drone doit pouvoir voler de manière fiable et autonome tout en réalisant des tâches plus ou moins complexes. Nous imaginons par exemple qu'un appareil pourra se rendre dans le futur sur un champ d'éoliennes, les identifier une par une et vérifier leur état au millimètre près sans intervention de l'opérateur", explique le patron de Parrot, Henri Seydoux. Difficile de savoir sous quels cieux les prochaines batailles de cette guerre des airs auront lieu, mais les constructeurs français et chinois semblent convaincus: le marché de la captation de vidéos n'en est qu'à ses débuts. "Les formats des drones ne cessent de rétrécir. D'ici peu, vous prendrez votre drone dans votre poche comme vous prenez aujourd'hui votre smartphone... Ce sera un peu votre deuxième compagnon numérique", confie Olivier Mondon. Un compagnon qui vous donne des ailes.