Les banquiers semblent heureux. Il faut dire que leurs derniers chiffres sont plutôt bons. Surtout après une pandémie. Mais ont-ils raison d'être à ce point sereins? Je pose benoîtement la question car j'ai l'impression que l'ennemi est là, naviguant sous le radar de nos grandes banques.
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Les banquiers semblent heureux. Il faut dire que leurs derniers chiffres sont plutôt bons. Surtout après une pandémie. Mais ont-ils raison d'être à ce point sereins? Je pose benoîtement la question car j'ai l'impression que l'ennemi est là, naviguant sous le radar de nos grandes banques. Lorsqu'ils veulent faire peur à nos banquiers, les médias parlent des incursions d'Apple, d'Amazon et d'autres représentants des Gafam dans le secteur financier. Mais ils évoquent peu d'autres acteurs, moins connus, comme AfterPay, le britannique Revolut, l'allemand N26 ou le suédois Klarna. Pourtant ces acteurs sont en train doucement mais sûrement de grignoter des parts de marché aux banquiers traditionnels. AfterPay? La société fondée par le créateur de Twitter vient d'être rachetée pour 29 milliards de dollars par le groupe Square. AfterPay est un géant méconnu des paiements ou plus précisément un spécialiste des paiements fractionnés. Autrement dit, c'est une société spécialisée dans les crédits à la consommation que l'on peut boucler en quelques clics. Square achète ainsi d'un seul coup 85 millions de clients et une machine destinée à court-circuiter les banques traditionnelles. Mi-juillet dernier, c'était la fintech Revolut qui, par la magie d'une levée de fonds (800 millions de dollars), a été automatiquement valorisée à 33 milliards de dollars. Soit plus que des acteurs historiques comme UniCredit, Deutsche Bank ou la Société Générale. Et qu'achètent ces investisseurs? L'avenir! Autrement dit, des services faciles d'usage (on devient client de Revolut en trois clics) mais aussi une souplesse d'adaptation nécessaire en ces temps d'accélération numérique. En effet, alors que les acteurs classiques font face à des systèmes informatiques rigides, les nouveaux venus ne sont pas tenus par cet héritage et n'ont pas d'infrastructure coûteuse. Leur infrastructure à eux, ce sont les algorithmes! Lorsqu'on en parle aux banquiers, ils haussent parfois les épaules en disant: "Oui, mais en cas de coup dur, qui sera devant vous pour régler votre problème? Ce n'est pas votre algorithme, il vous faut une personne!". Pareille réponse occulte le fait que ces fintechs peuvent aussi nouer des accords avec d'autres acteurs pour régler ces problèmes. En fait, l'histoire pourrait se répèter: quand Ryanair a débarqué avec ses vols low cost, la réaction des compagnies traditionnelles a consisté à dire que c'était "une offre pour les jeunes sans argent et que ça restera une niche". C'était faux. Ryanair et les autres sont effectivement entrés dans une niche, avec un service simple, sobre et clair. Puis au fil du temps, ces "barbares" ont élargi leur offre à d'autres cibles et quand les acteurs traditionnels se sont enfin réveillés, il était trop tard. La question est de savoir si cette conquête sous le radar va se reproduire ou non dans le secteur bancaire. Le parallèle est tentant: les banquiers ne semblent pas trop s'inquiéter, ils nous disent que ces fintechs sont utilisées comme un second compte: "Ce n'est pas une menace tant que le client garde son compte chez moi qui suis la banque X bien connue de tous..." Possible. Mais en tant qu'observateur économique, j'ai souvent remarqué que la disruption, par définition, on ne la voit pas venir. Et lorsqu'on l'aperçoit, il est souvent trop tard, l'ennemi est dans la place.