Le rouble russe était très en vogue parmi les investisseurs l'an dernier. Depuis son plancher de fin janvier 2016, la monnaie russe a gagné 41 % face au dollar américain - par rapport à l'euro, le gain s'établit presque à 50 %. Mais même après cette impressionnante progression, la monnaie russe se négocie toujours un tiers sous son niveau de 2013.
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Le rouble russe était très en vogue parmi les investisseurs l'an dernier. Depuis son plancher de fin janvier 2016, la monnaie russe a gagné 41 % face au dollar américain - par rapport à l'euro, le gain s'établit presque à 50 %. Mais même après cette impressionnante progression, la monnaie russe se négocie toujours un tiers sous son niveau de 2013. Une raison importante de l'enthousiasme suscité par le rouble fut le redressement du cours du pétrole et la reprise économique qui l'a accompagné en Russie. Le pétrole et le gaz représentent près de 60 % des exportations totales russes et un quart du budget de l'État. L'effondrement du cours du pétrole fin 2014 a plongé la Russie dans une longue récession et a contraint le gouvernement à prendre de douloureuses mesures d'économies. Le redressement de l'or noir représente aujourd'hui un ballon d'oxygène pour Moscou. Le budget pour les trois prochaines années est en effet établi sur la base d'un cours du pétrole attendu de 40 dollars le baril, soit plus de 10 dollars sous le prix actuel. De plus, la Banque centrale russe table sur une croissance économique de 1 % cette année. Au cours des deux prochaines années, la croissance devrait s'accélérer à respectivement 1,5 % et 2 %. L'amélioration de la situation financière du gouvernement russe a ramené le taux sur les obligations publiques russes à 10 ans de 11 % fin janvier de l'an dernier à 8,2 % aujourd'hui. Ce taux élevé était la cerise sur le gâteau pour les investisseurs. Afin de lutter contre une inflation galopante, la Banque centrale russe a relevé son taux à court terme à quelque 17 % fin 2014. Si elle l'a ramené à 11 % en cinq étapes au cours des six mois qui ont suivi, cela demeure un des taux les plus élevés des grands pays émergents. Ce niveau élevé est resté en vigueur jusqu'à juin de l'an dernier, lorsqu'il a été réduit une première fois d'un demi-pour cent. L'appréciation du rouble arrive bientôt à son terme. Le gouvernement a l'intention de stabiliser la monnaie au niveau actuel par des interventions ciblées sur le marché des changes. Il veut éviter un " Dutch disease ", c'est-à-dire qu'un cours de change trop élevé affecte la compétitivité de l'industrie nationale. Simultanément, il semble que la Banque centrale russe va baisser lentement mais sûrement son taux directeur, ce qui réduira encore le différentiel de taux avec les États-Unis (et rendra donc les obligations en rouble russe moins attrayantes). La Banque centrale russe a abaissé son taux en deux temps de 11 à 10 % en juin et septembre de l'an dernier. De plus, l'inflation se trouve actuellement à proximité de l'objectif de 4 %, en partie grâce au raffermissement du rouble qui réduit le coût des importations. Cela procure à la banque centrale de nouvelles possibilités d'abaisser son taux et ainsi de donner un coup de pouce supplémentaire à l'économie. Enfin, il ne faut sans doute pas tabler sur une nouvelle hausse spectaculaire du cours du pétrole dans l'immédiat. Car la production de pétrole de schiste a redémarré aux États-Unis (une conséquence de la hausse des cours du pétrole), raison pour laquelle, d'ailleurs, l'État russe table dans son budget sur un cours du pétrole moyen 20 % sous le prix de marché actuel. Le rouble pourrait trouver un deuxième souffle en cas de levée des sanctions économiques prises contre la Russie depuis l'occupation de la Crimée en 2014. Ces sanctions sont surtout axées sur les entreprises qui entretiennent des liens étroits avec le Kremlin, mais pèsent également sur l'économie au sens large. L'Union européenne les a encore prolongées de six mois en décembre, mais il est de plus en plus probable qu'elles seront ensuite abandonnées. Ces sanctions exigent en effet l'unanimité des 28 États membres et, surtout en Europe de l'Est, de plus en plus de voix s'élèvent pour y mettre un terme. Aux États-Unis aussi, le débat fait rage. Des proches collaborateurs de Donald Trump semblent préconiser une levée rapide des sanctions. Mais la résistance s'organise au Congrès : une proposition de loi introduite par les démocrates pour maintenir les sanctions russes est ainsi soutenue par plusieurs éminents Républicains, dont l'ancien candidat à la présidentielle John McCain. Les obligations en rouble russe sont réservées aux investisseurs conscients des risques, et ce, pour une partie très limitée du portefeuille obligataire. Le rendement toujours élevé des obligations en rouble est attrayant, alors que l'inflation - qui affecte le pouvoir d'achat de ces roubles - est en baisse. De plus, il y a de fortes chances que la Banque centrale russe abaisse ses taux, ce qui entraînera une hausse des cours des obligations existantes. Parmi les obligations en rouble les plus intéressantes se démarquent l'EBRD 7,5 % 29/11/2019 (RUB) et l'IBRD 7,25 % 23/11/20 (RUB), avec des rendements bruts de respectivement 7,6 et 7 %. Les deux émetteurs, respectivement la Banque européenne (BERD) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), bénéficient des notes de solvabilité les plus élevées. BIEN QUE L'APPRÉCIATION DE LA DEVISE ARRIVE À SON TERME, LE RENDEMENT SUR LES OBLIGATIONS EN ROUBLE RESTE ATTRAYANT.