En juillet dernier, Artprice, leader mondial de l'information et de la cotation d'oeuvres d'art, publiait sur son site un classement des 10 meilleures enchères pour le dessin contemporain sur les 12 derniers mois. Toutes dépassaient le million de dollars, confirmant le dynamisme du ce marché qui a connu une progression de 25 % en 10 ans. Le dessin, ancien ou contemporain, représente désormais un quart des ventes aux enchères d'oeuvres d'art. Une consécration pour cette pratique longtemps considérée comme un genre mineur et qui trouve aujourd'hui de nouveaux convertis aussi bien chez les collectionneurs débutants que les investisseurs aguerris.
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En juillet dernier, Artprice, leader mondial de l'information et de la cotation d'oeuvres d'art, publiait sur son site un classement des 10 meilleures enchères pour le dessin contemporain sur les 12 derniers mois. Toutes dépassaient le million de dollars, confirmant le dynamisme du ce marché qui a connu une progression de 25 % en 10 ans. Le dessin, ancien ou contemporain, représente désormais un quart des ventes aux enchères d'oeuvres d'art. Une consécration pour cette pratique longtemps considérée comme un genre mineur et qui trouve aujourd'hui de nouveaux convertis aussi bien chez les collectionneurs débutants que les investisseurs aguerris. Sortir le papier de son statut de brouillon, c'est aussi le pari qu'a fait Michel Culot, CEO de VO Group en créant la formule Art on Paper à la fin des années 2000. Cette foire, basée à Bozar depuis 2015, mise sur le dessin comme vecteur de la création contemporaine tout en en proposant une vision élargie. D'un côté, l'accent est mis sur le papier comme médium artistique à part entière. De l'autre, certaines oeuvres sélectionnées s'échappent de la feuille blanche et investissent le trait sous toutes ses formes. " A l'époque et encore aujourd'hui, il y avait très peu de salons spécialisés dans le dessin contemporain ", explique Michel Culot, qui revendique un rayonnement européen et même international pour Art on Paper. Même si la principale référence reste encore Drawing Now lancée en 2007 à Paris, la foire belge a su trouver son identité au fil des années, notamment en imposant un principe de solo shows qui consiste à ne montrer qu'un artiste par stand et par galerie. " L'intérêt de ce concept, selon Adeline d'Ursel qui coordonne et dirige l'événement depuis quatre ans, est de pouvoir accueillir aussi bien des grandes galeries établies que des structures plus récentes, et de montrer au public des artistes confirmés et émergents dans un même espace. " Autre spécificité de la foire : sa direction bicéphale qui prévoit tous les trois ans un nouveau directeur artistique chargé de la programmation. C'est la Française Marie Cantos, une chercheuse et commissaire d'exposition, qui relève le défi pour cette édition 2018 dont elle a imaginé une nouvelle facette intitulée " Project Space ", dédiée à la découverte de six jeunes artistes et de leurs plateformes de diffusion. Enfin, contrairement aux autres foires, le jury n'intègre pas de galeristes, donc pas d'exposants, mais seulement des acteurs institutionnels (directeurs de musée ou de fondation) et des collectionneurs, selon une logique qui se veut la plus qualitative possible. Grâce à ce positionnement exigeant, Art on Paper a connu un certain succès, comme l'illustre la forte progression du nombre d'exposants, qui passe cette année de 25 à 50, et permet à la foire de sortir des sous-sols de Bozar pour intégrer les galeries Ravenstein. Le choix de Bruxelles comme ancrage géographique n'est sans doute pas étranger à cette réussite. L'immobilier bon marché par rapport à d'autres capitales et qui favorise l'implantation d'ateliers et d'espaces d'exposition publics et privés, le succès d'Art Brussels et de ses foires périphériques, la bonne réputation des écoles d'art locales, la création récente d'un musée d'art contemporain (Kanal-Centre Pompidou) et la présence d'une communauté active de collectionneurs belges et étrangers garantissent à la capitale européenne une visibilité croissante parmi les grandes places artistiques mondiales. Mais au-delà de la réussite d'Art on Paper, comment expliquer cet attrait pour le dessin contemporain observé depuis un peu plus d'une dizaine d'années, aussi bien dans les musées que sur les marchés ? Comme le rappelle la directrice Adeline d'Ursel, la pratique du dessin est restée pendant des siècles un exercice auxiliaire généralement cantonné à la phase préparatoire de beaucoup de disciplines artistiques et techniques. Sa réhabilitation est sans aucun doute le fruit d'une convergence de phénomènes et de sensibilités mais il faut reconnaître que le grand public n'a pas été difficile à conquérir, comme le souligne avec enthousiasme Marie Cantos, la directrice artistique d'Art on Paper. " Tout le monde dessine, observe-t-elle, que ce soit lié à l'enfance ou à une manie quotidienne, on a tous une intimité avec le trait et le crayon. " Le succès du dessin et du support papier s'inscrit également selon elle dans un revalorisation des pratiques artistiques dites " pauvres " et se justifie en partie par réaction à un art contemporain spectaculaire. Une analyse complétée par celle de l'initiateur d'Art on Paper, Michel Culot, qui aime le côté " instinctif, brut et spontané " du crayonné qui le dispense souvent d'une grille de lecture complexe. Comme l'explique Marie Cantos, l'engouement pour le dessin contemporain a fait boule de neige en suscitant un regain d'intérêt pour les marchés des dessins modernes et anciens. Certains musées en ont profité pour sortir de leur réserves des oeuvres oubliées, organiser des expositions inédites et légitimer de nouveaux achats. Malgré cet élan à la fois du public et des institutions, et l'organisation de nombreuses ventes publiques, force est de constater que peu de galeries d'art contemporain se sont spécialisées dans ce type de pratique. " Pour les galeristes, ce qui est important, c'est de défendre un artiste plus que de défendre un médium " résume Michel Culot. L'initiateur de la foire belge n'exclut toutefois pas de voir certains d'entre eux se tourner principalement vers le dessin, à l'instar des galeries spécialisées dans la photo que l'on voit peu à peu éclore dans le paysage belge. D'autant, selon lui, que les artistes et les amateurs d'art du plat pays ont toujours eu une affinité spéciale avec le dessin, dont la simplicité et l'intensité d'émotion cadrent bien avec une certaine belgitude. Mais quels avantages réels y a-t-il à acquérir aujourd'hui le dessin d'un artiste vivant plutôt qu'une de ses sculpture ou une peinture ? D'abord, comme on l'a vu, le dessin ne demande pas de qualifications particulières pour être apprécié : pas besoin d'être un expert pour saisir la spontanéité d'un trait et les émotions qui s'en dégagent. Deuxième atout majeur de ces oeuvres : leur prix relativement raisonnable. Les acheteurs débutants peuvent ainsi se laisser plus facilement aller à des acquisitions sans prendre le risque d'y mettre trop d'argent ou voir dégringoler une cote déjà élevée. L'occasion, aussi, de s'offrir à peu de frais plusieurs feuillets d'un même artiste autour d'une thématique, voire une suite de dessins racontant une histoire à la façon d'un carnet de voyage. " Dans les précédentes éditions d'Art on Paper, les montants allaient de 300 à 80.000 euros ", explique Adeline d'Ursel qui voit dans ce marché une niche encore plus ou moins à l'abri des spéculations. Pour Michel Culot, cet attrait des prix bas est aussi l'occasion pour certains collectionneurs d'accéder à des artistes contemporains déjà reconnus. D'autant plus, note-il, qu'en misant sur des facettes moins familières de leur création, on peut éventuellement avoir le plaisir de voir leur valeur augmenter. Le dessin offre également quelques avantages pratiques. La plupart du temps, il ne prend pas beaucoup de place et se stocke relativement facilement, ce qui autorise une certaine accumulation et permet de varier les accrochages. Du reste, beaucoup de collectionneurs se sont laissés séduire par ce médium, à la fois accessible et rare, qui autorise des démarches singulières permettant parfois de créer un ensemble unique. Parmi les plus emblématiques, les époux Guerlain. Les descendants du célèbre parfumeur se sont passionnés très tôt pour le dessin contemporain et ont fait office de précurseurs dans le domaine. Membres du comité de sélection d'Art on Paper, le couple a créé par ailleurs une fondation et un prix consacrés à cette discipline dont ils contribuent depuis plus de 10 ans à mettre les artistes en avant. Si on a pris la décision de suivre leur exemple ou plus modestement d'accrocher quelques esquisses dans son salon, comment faire pour se repérer dans la jungle de la création contemporaine ? Y a-t-il des écoles ou des tendances ? Difficile de répondre à cette question, explique Marie Cantos, qui déclare ne pas croire en général à l'existence de courants artistiques. " Dans le dessin comme dans l'art contemporain, il y a des artistes qui travaillent par projet, qui savent plus ou moins où ils vont aller en faisant des recherches préalables et en mettant tout en branle pour y arriver. Puis il y a des artistes dits " processuels " qui ne savent pas où ils vont mais se laissent guider soit par leur outils, soit par leur intuition ou les matériaux qu'ils utilisent. " Selon Michel Culot, on peut néanmoins discerner deux types d'oeuvres. Celles pour lesquelles le support papier devient le centre de la démarche artistique à travers des expérimentations et des réflexions sur le médium en lui-même. Et celles où le dessin et le traits prennent le dessus dans une logique plus réaliste et immédiatement compréhensible. Reste ensuite, si on veut se laisser à l'une ou l'autre acquisition, à faire siens quelques bons réflexes. " La première chose, c'est d'y aller au coup de coeur, qu'importe le prix. Pas la peine d'acheter quelque chose pour lequel on ne ressent rien " rappelle Michel Culot. Règle n°2 : " discuter avec le galeriste qui, en apportant une histoire et en retranscrivant la démarche de l'artiste, fait un magnifique travail de passeur ". Règle n°3 : " se renseigner sur le parcours de l'artiste en demandant s'il a une cote, s'il a déjà été vendu en vente publique, s'il a été acheté dans un musée et s'il se trouve dans des collections privées ". Une fois votre chef-d'oeuvre acheté, il faudra aussi penser à sa conservation, surtout s'il s'agit d'un dessin à l'encre sur papier. Ni trop lumineux, ni trop froid, ni trop humide... Des contraintes qui nous rappellent que c'est aussi à sa fragilité qu'une oeuvre doit une part de sa préciosité.