"L'Iran est une île de stabilité dans l'une des régions les plus troublées du monde ", déclarait, en 1977, le président américain Jimmy Carter lors d'un dîner avec son homologue iranien, le chah Mohammad Reza Pahlavi. Mais tandis que les chefs d'Etat festoyaient, le peuple iranien, au désespoir, bouillonnait. Un peu plus d'un an plus tard, en 1979, Pahlavi était destitué et les mollahs, dirigés par le grand ayatollah Rouhollah Khomeyni, prenaient le pouvoir. Visiblement, l'Iran n'était pas aussi stable que cela. Et depuis, il n'a cessé de déstabiliser la région.
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"L'Iran est une île de stabilité dans l'une des régions les plus troublées du monde ", déclarait, en 1977, le président américain Jimmy Carter lors d'un dîner avec son homologue iranien, le chah Mohammad Reza Pahlavi. Mais tandis que les chefs d'Etat festoyaient, le peuple iranien, au désespoir, bouillonnait. Un peu plus d'un an plus tard, en 1979, Pahlavi était destitué et les mollahs, dirigés par le grand ayatollah Rouhollah Khomeyni, prenaient le pouvoir. Visiblement, l'Iran n'était pas aussi stable que cela. Et depuis, il n'a cessé de déstabiliser la région. Rares sont ceux qui ont vu venir la révolution de 1979 - plus rares encore parmi les agents de renseignement américains. Et il y a quelques années, pas grand monde n'imaginait que les Etats-Unis et l'Iran se retrouveraient à deux doigts d'une guerre en 2019. Mais en juin, le président Donald Trump a failli bombarder la République islamique, qui avait attaqué des navires marchands et abattu un drone américain. L'hypothèse d'une guerre est revenue sur le tapis en septembre, après que l'Iran ou ses affidés ont attaqué des installations pétrolières en Arabie saoudite. Le spectre d'une guerre totale planera sur 2020. En toile de fond de ce morne tableau, la décision de Trump de dénoncer, en 2018, un accord négocié sous Barack Obama, qui plaçait sous contrôle international le programme nucléaire iranien en échange d'une aide économique. Le locataire de la Maison Blanche exige un nouvel accord, posant également des limites au développement de l'arsenal de missiles iraniens et à l'ingérence de Téhéran dans la région. Son gouvernement a opté pour une stratégie de " pression maximale ", multipliant les sanctions à l'encontre de l'Iran dans l'espoir de le ramener à la table des négociations, au risque de déclencher une nouvelle révolution. Pour l'heure, cette stratégie n'a fait que renforcer les tenants de la ligne dure du régime iranien et exacerber leur défiance à l'égard des Etats-Unis. Les autorités américaines espèrent que l'Iran atteindra un point de rupture en 2020, ou peu après. " Ça va devenir un enfer, a affirmé Trump. Ils n'ont plus un sou. " Les sanctions ont effectivement coupé le pays de l'économie mondiale et les Etats-Unis ayant menacé ses clients potentiels, la République islamique n'exporte pratiquement plus de pétrole. Ces difficultés ont soulevé une vague de manifestations dans le pays. Mais de l'avis des analystes américains eux-mêmes, l'Iran est loin d'être ruiné. Selon eux, Téhéran aurait suffisamment de réserves de change pour tenir deux ans. L'" économie de résistance " iranienne a été conçue pour faire face aux pressions extérieures et échapper à la surveillance. Elle a déjà survécu aux sanctions par le passé. L'Iran ne s'effondrera pas en 2020. Il relancera au contraire davantage de pans de son programme nucléaire qu'il n'en a démantelés conformément à l'accord de 2015. Et, telle une bête acculée, il sèmera le chaos dans la région. Ses échanges commerciaux étant réduits comme une peau de chagrin, l'Iran ne perdrait pas grand-chose à paralyser le détroit d'Ormuz, par lequel transitent un cinquième de tous les approvisionnements pétroliers du monde. Les Gardiens de la révolution du régime, épaulés par ses alliés au Yémen et en Irak, intensifieront les attaques sur les alliés de l'Amérique dans la région. La République islamique est bien déterminée à montrer à Washington qu'elle peut, elle aussi, exercer sa capacité de nuisance. Tout espoir n'est pourtant pas perdu. Téhéran a annoncé que l'Arabie saoudite, son ennemi juré, avait pris contact avec les mollahs, par des intermédiaires. Le royaume saoudien commence à se lasser de son engagement au Yémen, où il affronte, depuis mars 2015, les rebelles houthis, soutenus par l'Iran. Il n'est pas impossible que les deux pays parviennent à un accord pour mettre un terme à cette catastrophe humanitaire. Trump brûle, lui aussi, de renouer le dialogue avec les dirigeants iraniens qui, jusqu'à présent, l'ont systématiquement éconduit, estimant qu'il ne cherchait qu'une " occasion de poser pour les photographes ". Le président iranien, Hassan Rohani, a tout de même déclaré que, si l'Amérique levait ses sanctions, " la reprise des négociations avec nous serait envisageable ". Il reconnaît même que l'accord nucléaire n'est pas parfait. Trump et Kim Jong-un, le despote nord-coréen, ont échangé des insultes et des menaces avant de se rencontrer en 2018. Puis, comme l'a confié Trump, ils sont " tombés amoureux " (ils n'ont cependant pas accompli grand-chose de concret). Un revirement de ce type dans les relations irano-américaines n'est pas exclu. Cela ferait oublier les problèmes intérieurs de Trump et flatterait son ego (et donnerait peut-être un coup de fouet à sa campagne présidentielle). Le président américain pourrait même se contenter d'un accord au fond semblable au précédent mais sur lequel figurerait son nom. Les mollahs, sous pression en Iran, seraient bien mal avisés de ne pas autoriser Rohani à le rencontrer. Dans ces conditions, pourquoi une véritable avancée est-elle improbable en 2020 ? L'aile dure du régime iranien se définit en grande partie par sa détestation de l'Amérique. Il est peu probable que les faucons républicains de l'entourage de Trump se montrent favorables à un accord que l'Iran serait susceptible de signer. De meilleures relations, avec tous les compromis que cela suppose, comportent des risques pour les deux camps. Mais une occasion de poser pour les photographes vaudrait bien mieux qu'une guerre.