Si tout se passe comme prévu pour le Parti communiste chinois, 2022 sera un modèle de contrastes qui humiliera les Etats-Unis. Si les dirigeants chinois détestent les élections libres, ils ne se privent pas de lire les sondages d'opinion. Or, ils ne sont pas passés à côté des titres prédisant une raclée pour le Parti démocrate aux élections législatives de mi-mandat aux Etats-Unis au mois de novembre, condamnant le pays aux incertitudes d'un gouvernement divisé, pour ne pas dire bloqué purement et simplement. Si ces sondages s'avèrent corrects, la machine de propagande chinoise ne manquera pas de saisir une nouvelle chance de déclarer que la Chine jouit de l'ordre et de la prospérité grâce à un régime à parti unique, alors que la démocratie à l'américaine ne mène qu'au chaos, au dysfonctionnement et au déclin.
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Si tout se passe comme prévu pour le Parti communiste chinois, 2022 sera un modèle de contrastes qui humiliera les Etats-Unis. Si les dirigeants chinois détestent les élections libres, ils ne se privent pas de lire les sondages d'opinion. Or, ils ne sont pas passés à côté des titres prédisant une raclée pour le Parti démocrate aux élections législatives de mi-mandat aux Etats-Unis au mois de novembre, condamnant le pays aux incertitudes d'un gouvernement divisé, pour ne pas dire bloqué purement et simplement. Si ces sondages s'avèrent corrects, la machine de propagande chinoise ne manquera pas de saisir une nouvelle chance de déclarer que la Chine jouit de l'ordre et de la prospérité grâce à un régime à parti unique, alors que la démocratie à l'américaine ne mène qu'au chaos, au dysfonctionnement et au déclin. A l'opposé, l'année 2022 à Pékin sera dominée par le 20e congrès du Parti, une démonstration de puissance contrôlée et orchestrée d'une main de maître entre les colonnes de marbre, les tapis rouges et les lustres du palais de l'Assemblée du Peuple. Ce rassemblement, qui devrait avoir lieu à l'automne, marquera le dixième anniversaire de l'arrivée au pouvoir suprême de Xi Jinping en Chine. Cet événement pourrait également donner une indication des intentions de M. Xi pour rester en fonction: cinq ans supplémentaires, dix ans supplémentaires, ou (scénario moins probable) préfèrera-t-il opter pour une forme de semi-retraite afin de tirer les ficelles dans l'ombre? Fait remarquable, il est possible que les plans d'avenir de M. Xi ne soient rendus publics qu'au terme du congrès lorsqu'il (ou peut-être un successeur inattendu à la tête du parti) conduira le nouveau Bureau politique du Comité central du Parti sur un podium tapissé, par ordre de préséance. Si M. Xi souhaite annoncer son retrait dans cinq ans, il devra être suivi sur scène de l'un ou l'autre de ses successeurs potentiels. Actuellement, il n'y a aucun candidat évident doté de la combinaison gagnante d'expérience, d'âge et de liens étroits avec M. Xi. Il pourrait donc se sentir contraint de rester à la manoeuvre, du moins jusqu'au congrès de 2032, lorsqu'il aura 79 ans. Ce scénario gagnera en crédit si M. Xi est suivi sur scène, au mois de novembre, par une série d'hommes inoffensifs en costume noir: des fidèles de longue date ou des protégés à l'ascension fulgurante qui seront soit trop âgés, soit trop jeunes et inexpérimentés, pour succéder à leur patron actuel en 2027. Les congrès du Parti sont organisés tous les cinq ans. De nos jours, ces assemblées ont pour vocation d'organiser des transferts de pouvoir ordonnés entre les générations de dirigeants. Ces mouvements de haut vol étant de coutume annoncés cinq ans à l'avance, M. Xi a déjà tranché avec les usages récents en refusant de nommer un successeur au congrès en 2017. Ce refus de proposer un héritier a remis en question le consensus établi après la mort de Mao Zedong selon lequel aucun dirigeant unique ne peut concentrer autant de pouvoir et rester trop longtemps en fonction. Dans une nouvelle atteinte à ces normes, M. Xi a fait amender la constitution chinoise en 2018 pour abolir les limites de mandats au poste de président, l'un des trois postes de pouvoir qu'il détient, ainsi qu'aux postes bien plus importants de secrétaire général du Parti et de président de la Commission militaire centrale, le seul, jusqu'alors, à être lié par une contrainte de deux mandats. Les partisans de M. Xi affirment qu'il doit rester au pouvoir aussi longtemps qu'il l'estime utile pour faire adopter des réformes vitales. Ses détracteurs, une poignée de réfractaires craintifs et contraints au silence dans la Chine actuelle, entrevoient un affaiblissement dangereux des institutions nécessaires pour empêcher l'établissement d'un régime d'un seul homme. Quelle que soit la voie choisie par M. Xi, le prochain congrès devrait ressembler à l'équivalent communiste d'un couronnement. En effet, les dirigeants chinois voient de plus en plus de raisons de croire aux avantages de leur système politique. Jusqu'à récemment, ils ne faisaient que défendre leur modèle de gouvernance. Les diplomates travaillaient dans des organismes comme l'Onu ou l'Organisation internationale du travail (OIT) pour adapter les normes internationales ou les règles mondiales afin que le monde accepte davantage leur version nationale du capitalisme d'Etat et de l'autocratie. A l'heure actuelle, les émissaires chinois sont passés à l'offensive et sont prêts à promouvoir leur modèle, qui permet d'obtenir de meilleurs résultats pour davantage de personnes que l'individualisme hargneux adopté par l'Occident. Parallèlement, les fonctionnaires à Pékin voient des menaces à chaque coin de rue. En effet, ils sont persuadés que les Etats-Unis et leurs alliés sont déterminés à contenir la Chine. Ils sont agacés par les critiques des étrangers et répliquent rapidement que les gouvernements occidentaux sermonnent la Chine uniquement pour détourner l'opinion publique de leurs propres échecs. L'ambiance à Pékin est un étrange mélange de confiance, d'arrogance et de paranoïa. Ce cocktail renforce M. Xi. Pour décrire l'ordre mondial actuel, il aime parler de "changements inédits depuis un siècle". En ce moment, le Parti communiste parie que la continuité au sommet sera la voie la plus sûre. Le fossé entre l'Amérique et la Chine se creuse depuis quelque temps déjà. Il sera encore plus grand au mois de novembre.