La Bourse est une grande trouillarde. Elle l'a encore démontré ce lundi 24 février. Les médias ont d'ailleurs eu beau jeu de proclamer que c'était une journée noire pour les Bourses du monde entier. Faisant fi de son optimisme des dernières semaines, Wall Street a dévissé et les Bourses européennes ont également piqué du nez. La Bourse de Milan en particulier, car le tourisme compte pour 13% du PIB de ce pays.
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La Bourse est une grande trouillarde. Elle l'a encore démontré ce lundi 24 février. Les médias ont d'ailleurs eu beau jeu de proclamer que c'était une journée noire pour les Bourses du monde entier. Faisant fi de son optimisme des dernières semaines, Wall Street a dévissé et les Bourses européennes ont également piqué du nez. La Bourse de Milan en particulier, car le tourisme compte pour 13% du PIB de ce pays. Si la Bourse a aussi mal réagi, c'est parce que l'inquiétude des investisseurs a grimpé d'un cran suite à la multiplication des cas mortels dans le nord de l'Italie. Bien entendu, la peur de voir l'épidémie se propager partout dans le monde a aussi contribué à déclencher des ventes massives d'actions. Les investisseurs (qui n'ont jamais aussi mal porté leur nom) ont vendu les actions des secteurs susceptibles d'être affectés par le ralentissement de la croissance mondiale ou parce que leur marché principal est le chinois. Raison pour laquelle les actions des compagnies aériennes, du transport, du tourisme et du secteur automobile sont bradées en ce moment. Les autres baromètres de cette nervosité des investisseurs sont visibles à l'oeil nu : ces derniers s'arrachent en ce moment la dette américaine et l'or a également leur faveur. Le métal jaune a atteint des cours inégalés depuis sept ans. Quant au cours du baril de pétrole - autre bon baromètre de l'état de santé du commerce international -, il est en chute libre. Exactement comme le soft power de la Chine. De facto, l'empire du Milieu a perdu la face. Son gouvernement l'a reconnu implicitement en expulsant trois journalistes du Wall Street Journal dont l'unique crime a consisté à publier une enquête intitulée " La Chine, l'homme malade de l'Asie ". Pareil geste n'était plus arrivé depuis des lustres et ce manque de flegme illustre la nervosité des autorités chinoises. Normal, le monde entier sait maintenant que la deuxième puissance économique du monde nous a caché que son système de santé publique restait digne d'un pays du tiers-monde. Mais le plus étonnant dans la journée de ce lundi 24 février, c'est de constater que les Bourses ont mis un mois pour réagir négativement à l'épidémie du coronavirus. La raison de cette cécité ? Les investisseurs ont cru naïvement que cette épidémie ne durerait pas trop longtemps. Mieux encore, que le commerce mondial rebondirait très vite et que le gouvernement chinois ferait ce qu'il faut pour redynamiser son économie. Bref, le coronavirus ne devait être qu'une parenthèse désagréable dans la course vers le sommet des indices boursiers. La conviction était tellement forte que les Bourses n'arrêtaient pas d'enchaîner records sur records malgré les alertes d'une firme comme Apple. Comme si les investisseurs avaient décidé d'ignorer le virus. Comme si, par miracle, ce virus allait rester cantonné en Chine. Erreur magistrale de jugement. Aujourd'hui, la multiplication des pays affectés a effrité la confiance en toc des investisseurs. Ils ont compris que les chaînes logistiques, donc les sources d'approvisionnement, risquaient de se gripper, bloquant les rouages du commerce international. Jusqu'à présent, les sociétés cotées concernées se taisaient car elles ne voulaient pas effrayer leurs actionnaires ou écrire des choses qui pourraient blesser leur hôte chinois. Mais aujourd'hui, les langues se délient. Enfin. Et puis, peut-on passer sous silence le somnifère absolu, le somnifère monétaire? A l'évidence, les investisseurs ont trop fait confiance aux banquiers centraux. Même si la croissance devait ralentir brutalement, les investisseurs étaient habités par la certitude que les banquiers centraux baisseraient les taux d'intérêt pour éviter le marasme économique. Vu de Sirius, nos investisseurs sophistiqués, bardés de diplômes et outillés d'algorithmes puissants réagissent en réalité comme des habitants de tribus primitives. S'il était encore parmi nous, l'ethnologue Claude Lévi-Strauss nous diraient que ces jeunes traders pensent que les sorciers - les banquiers centraux - disposent d'une sorte de vaccin les immunisant contre tous les maux. En clair, la baisse des taux d'intérêt (le gri-gri des banquiers centraux) faisait office de vaccin contre les dégâts du coronavirus. Les sociologues appellent cela la pensée magique. Ma grand-mère aurait dit que c'est de la connerie.