Une des manières de contrer l'effondrement des rendements dans le domaine des emprunts souverains a été d'opter pour des fonds obligataires. Ceux-ci peuvent investir de manière diversifiée sur l'ensemble des marchés obligataires et détenir donc à la fois de la dette émergente et de la dette d'entreprises américaines à haut rendement, voire des actions ou des devises.
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Une des manières de contrer l'effondrement des rendements dans le domaine des emprunts souverains a été d'opter pour des fonds obligataires. Ceux-ci peuvent investir de manière diversifiée sur l'ensemble des marchés obligataires et détenir donc à la fois de la dette émergente et de la dette d'entreprises américaines à haut rendement, voire des actions ou des devises. En diversifiant au maximum les sources de rendement, les gestionnaires peuvent ainsi prendre plus de risques en étant pratiquement certains que les sources de performances ne vont pas se tarir en même temps. Dans ce domaine, M&G Optimal Income est un fonds précurseur. Lancé en avril 2007 par Richard Woolnough, il a rassemblé au fil des années près de 14 milliards d'euros en actifs sous gestion pour le véhicule luxembourgeois avec une performance annualisée de 4,3% durant la dernière décennie accompagnée d'une volatilité maîtrisée. Le fonds affiche quatre à cinq étoiles chez Morningstar depuis plusieurs années. Le fonds est aujourd'hui disponible sur la plupart des sites transactionnels et dans l'offre de nombreux assureurs proposant des contrats de branche 23 en architecture ouverte. Nous avons récemment eu l'opportunité d'écouter l'ensemble de l'équipe de gestion du fonds, qui comprend également Stefan Isaacs ainsi qu'Anjulie Rusius, récemment nommée. TRENDS-TENDANCES. Quel est l'objectif d'un fonds comme M&G Optimal Income? RICHARD WOOLNOUGH. Le but est d'effectuer une bonne analyse de la situation économique afin d'opter pour un positionnement adéquat sur les marchés et trouver des sources de rendement attractives. Si l'économie est faible, les différentiels de taux ont tendance à s'écarter lorsque certains émetteurs rencontrent des problèmes pour rembourser. Et inversement, si la croissance est forte, ils ont plutôt tendance à se comprimer. Avoir une vue macroéconomique adéquate est donc central dans notre approche. Et quelle est votre vue à l'heure actuelle? R.W. Je reste convaincu que les politiques monétaires et budgétaires fonctionnent mais qu'il faut généralement un an ou deux avant qu'elles fassent vraiment sentir leurs effets. A l'heure actuelle, tous le monde parle d'arrêter le soutien aux économies. Mais ce dont on discute vraiment, c'est de la puissance à mettre dans le pied qui appuie sur l'accélérateur, pas de se mettre à freiner brutalement. Dès lors, la croissance devrait rester forte, avec également des signes qui pointent vers une inflation structurellement plus élevée sur le marché du travail aux Etats-Unis. La Réserve fédérale a-t-elle tort de maintenir le pied sur l'accélérateur? R.W. Je pense qu'elle a probablement tort de penser qu'elle pourra encore abaisser fortement le niveau du taux de chômage dans un environnement où il est très facile de changer de travail. A un certain moment, ils vont se rendre compte qu'il faut commencer à freiner et je crains qu'il soit relativement difficile d'arrêter rapidement l'inflation lorsque la Réserve fédérale voudra le faire. Dans ce contexte, le potentiel haussier sur les obligations gouvernementales reste très limité, et nous maintenons les durées courtes dans notre portefeuille afin de nous prémunir contre une hausse future des taux. Est-ce que les conditions sont plus favorables sur le marché du crédit? STEFAN ISAACS. Le choc causé par la pandémie a été rapidement digéré suite à la réponse énergique des autorités et nous sommes désormais revenus sur des niveaux historiquement bas. En dépit du niveau élevé des valorisations, nous restons légèrement optimistes sur la dette d'entreprise car la situation financière des entreprises est bonne avec une croissance économique qui devrait rester soutenue. La plupart d'entre elles en ont d'ailleurs profité pour se refinancer à des taux très faibles durant les dernières années et la volatilité est faible depuis de nombreux mois, tant sur le crédit de bonne qualité ( investment grade) que dans la dette d'entreprise plus risquée ( high yield), avec des taux de défauts également sur des niveaux extrêmement bas. R.W. Une politique monétaire nécessite un taux réel positif. Si l'inflation est à 2%, le taux directeur doit être au moins à ce niveau. Ce n'est clairement pas l'hypothèse aujourd'hui privilégiée par le marché. Tant que les banques centrales seront en retard sur l'inflation, les marchés du crédit devraient continuer à réaliser de bonnes performances et le taux de défaut restera faible. Quel impact ce scénario a-t-il sur le positionnement de votre fonds? R.W. Nous sommes fondamentalement un fonds actif, et nous profitons des périodes d'incertitude pour changer notre exposition sur les marchés. Nous allons avoir typiquement une performance qui va être très différente de celle des indices pour des raisons qui sont toujours basées sur les fondamentaux économiques. Alors que nous avions fortement augmenté notre exposition sur le crédit américain au début de la pandémie, nous avons progressivement pris nos profits sur cette partie du portefeuille pour augmenter notre exposition sur la dette européenne, en particulier vers la dette financière. Pourquoi la dette bancaire? R.W. C'est un secteur économique très important qui offre une large gamme d'opportunités qui va du papier très bien noté jusqu'aux obligations subordonnées affichant des rendements élevés. Il s'agit également d'une dette généralement liée à la situation économique et qui a donc tendance à bien se comporter lorsque la situation économique s'améliore. Pourquoi n'utilisez-vous pas plus votre capacité à prendre jusqu'à 20% en actions dans votre fonds? R.W. Pour un fonds obligataire comme Optimal Income, un niveau normal pour les actions devrait être de 0%, et nous avons besoin de trouver des positions sur lesquelles nous pouvons être confortables. Entre 2016 et 2017, nous n'avions par exemple plus du tout d'exposition sur les actions. A l'heure actuelle, le portefeuille boursier est essentiellement positionné sur des segments traditionnellement value, avec un rendement qui dépasse 5% sur des secteurs comme l'énergie ou les pharmaceutiques. Fondamentalement, je cherche toujours à investir dans des sources de revenus qui sont bon marché, et vendre des sources de revenus qui deviennent trop chères.