Le premier motif est a priori exclu. Le bitcoin, cette monnaie électronique décentralisée qui circule sur les réseaux informatiques, existe depuis près d'une décennie. Aucune percée majeure cette année ne saurait justifier une telle poussée des cours. Le second motif devrait être le bon : le bitcoin est une formidable bulle, qui va éclater un jour ou l'autre, comme toutes les bulles.
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Le premier motif est a priori exclu. Le bitcoin, cette monnaie électronique décentralisée qui circule sur les réseaux informatiques, existe depuis près d'une décennie. Aucune percée majeure cette année ne saurait justifier une telle poussée des cours. Le second motif devrait être le bon : le bitcoin est une formidable bulle, qui va éclater un jour ou l'autre, comme toutes les bulles. Il y a pourtant au moins cinq raisons à cette flambée. La première est l'attrait de la nouveauté. Pas celui qui apparaît à la naissance d'un produit, mais celui qui se développe après plusieurs années de diffusion, dans ce qui ressemble à une première maturité. On avait vu pareil délai avec les valeurs internet dans les années 1990, ou avec les actions des compagnies ferroviaires au 19e siècle. La deuxième raison est l'appât du gain. Sur des marchés financiers où les obligations ne rapportent pratiquement rien et où les actions semblent déjà chères, beaucoup d'investisseurs et d'épargnants ont logiquement envie de placer une petite partie de leur argent sur des placements qui les font rêver. La troisième raison, qui est apparue cette année, est le succès des " ICO ", ces levées de capitaux où des actions d'un nouveau genre, les jetons numériques, sont vendues en cryptomonnaies comme le bitcoin ou l'éther. D'où la quatrième raison : une demande très forte sur une offre à base étroite, large de moins de 200 milliards de dollars - moins du quart de valeur d'Apple, ou la masse monétaire d'un petit pays. La cinquième raison, elle, est d'une autre nature et ne peut pas se mesurer : c'est le recours intensif au bitcoin pour faire des opérations de fraude ou de blanchiment. Mais derrière ces raisons, il y en a peut-être une sixième, plus profonde. C'est l'émergence d'un nouvel ordre monétaire, radicalement différent de celui qui s'est instauré depuis des millénaires. La frappe de la monnaie a toujours été une marque de pouvoir. Ces trois derniers siècles, ce pouvoir a été centralisé par les Etats, qui l'ont délégué récemment aux banques centrales. Mais la société numérique qui s'amorce est organisée très différemment. Même si leur rôle est indispensable, les Etats auront du mal à y résister - on le voit déjà avec la levée de l'impôt, auquel les géants du numérique échappent un peu trop facilement. Des monnaies numériques, en concurrence, avec des usages très différenciés, constituent sans doute un composant logique de ce nouveau monde. Les banques centrales pourront bien sûr émettre leurs propres monnaies électroniques. Mais elles ont perdu de leur crédit ces dernières années, avec des politiques " non conventionnelles ", en créant des immenses masses d'argent pour lutter contre les dégâts de la crise financière. Le succès du bitcoin traduit peut-être, comme la poussée des prix de l'immobilier, une fuite devant la monnaie version 21e siècle.