Le mois d'octobre a très mauvaise réputation en Bourse. Normal, les plus grands krachs boursiers ont eu lieu en octobre, notamment celui de 1987. A l'époque, l'indice phare de la Bourse de New York, le fameux Dow Jones, avait perdu 22,6 % en une seule séance. Et puis, n'oublions pas le krach d'octobre 1929 que peu de nos lecteurs ont connu, mais qui reste gravé dans toutes les mémoires. C'est le krach le plus célèbre, celui qui a donné naissance à la plus grande crise économique du 20e siècle. Face à ces " octobres noirs ", on pourrait rappeler la formule restée célèbre de l'écrivain américain Mark Twain. Selon le facétieux romancier, octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en Bourse. Mais il y en a d'autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février !

Entre les investisseurs sous hypnose et les marchands de fin du monde, il y a la vertu de la patience.

Jouant sur la peur du remake, le magazine boursier français Investir a posé la question à plusieurs gestionnaires de fonds de savoir s'il fallait s'attendre à un octobre noir pour 2019. L'un des répondants déclare que les pires mois de l'année, à savoir juin, août et septembre, sont derrière nous et il mise donc sur une stabilité des indices. Ouf, merci cher expert ! Un autre gestionnaire de fonds est encore plus optimiste : selon lui, il n'y aura pas d'octobre noir car les banques centrales soutiendront les marchés. Traduction : si la Bourse devait baisser, la Fed baisserait ses taux d'intérêt et hop ! , comme par miracle, tout rentrerait dans l'ordre. Merci encore, cher autre expert.

D'autres collègues de ces éminents esprits évoquent aussi le syndrome Tina, référence à l'acronyme anglais There Is No Alternative. En clair, l'épargnant qui cherche du rendement n'a pas d'autre choix que d'aller en Bourse. En clair : même si l'économie se dégrade - ce qui est le cas aujourd'hui au niveau mondial - nous n'avons pas d'autre choix que de rester sur le marché des actions.

Mais revenons au mois d'octobre et à sa sombre réputation. Les investisseurs ont subi une piqûre de rappel la semaine dernière car la simple diffusion d'un mauvais chiffre industriel (indice ISM) a gommé en quelques jours toute la hausse des actions du mois de septembre. Faisant ressurgir le spectre d'un octobre noir. Mais la frayeur n'a été que de courte durée, les investisseurs en mode hypnose ayant décidé que quoi qu'il arrive, ils seraient sauvés par les banques centrales. Qu'en cas de coup de tonnerre, les grands argentiers de ce monde baisseront automatiquement le loyer de l'argent et que le " Grand Soir boursier " pourra attendre. En d'autres mots, le drogué (l'investisseur ou son avatar algorithmique) sait qu'il ne sera jamais en manque de dope puisque son dealer préféré (la banque centrale) lui fournira sa dose quotidienne.

Les seuls qui ne sont pas d'accord avec ce scénario sont les habituels marchands d'apocalypse. J'écris " marchands " car ils vivent de la sinistrose ambiante, même si leurs sombres prévisions n'ont pas encore été validées par les faits. Mais qu'à cela ne tienne, ils savent qu'ils finiront tôt ou tard par avoir raison. D'ailleurs, depuis le temps qu'ils annoncent l'apocalypse, ils feraient mieux d'enlever le " tôt " de cette expression pour se focaliser uniquement sur le " tard ". A terme, ils finiront par avoir gain de cause. Exactement comme ces montres arrêtées qui donnent l'heure exacte deux fois par jour.

Quant à l'homme raisonnable - vous et moi, chers lecteurs - il sait qu'entre les investisseurs drogués et les marchands de fin du monde évoqués plus haut, il y a la vertu de la patience. Vous et moi savons que si l'investissement nécessite du courage, il est parfois sage de savoir attendre des jours meilleurs. La raison ? La fonction principale et oubliée de la Bourse se résume à " séparer les idiots de leur argent ", pour reprendre la jolie formule de l'économiste John Kenneth Galbraith.