Depuis 2015, les Vénézuéliens vivent un calvaire. Notre système démocratique qui, par le passé, a permis à des dizaines de milliers de citoyens d'échapper à la tyrannie en venant se réfugier ici, a été réduit à néant par une seule et unique personne (et son entourage) voulant s'accrocher au pouvoir. Nous avons conscience que la communauté internationale se demande comment un projet politique qui s'engageait, il y a plus de 20 ans, à abolir la pauvreté et à consolider la démocratie a pu faire l'exact inverse et précipiter notre pays dans un abîme politique, social et économique.
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Depuis 2015, les Vénézuéliens vivent un calvaire. Notre système démocratique qui, par le passé, a permis à des dizaines de milliers de citoyens d'échapper à la tyrannie en venant se réfugier ici, a été réduit à néant par une seule et unique personne (et son entourage) voulant s'accrocher au pouvoir. Nous avons conscience que la communauté internationale se demande comment un projet politique qui s'engageait, il y a plus de 20 ans, à abolir la pauvreté et à consolider la démocratie a pu faire l'exact inverse et précipiter notre pays dans un abîme politique, social et économique. Le " socialisme du 21e siècle ", pour reprendre les termes du dictateur ( Nicólas Maduro, le président en place, Ndlr), n'a abouti à rien d'autre qu'à une urgence humanitaire d'une complexité et d'une ampleur inédites dans la région. Neuf Vénézuéliens sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté. Nos hôpitaux manquent de matériel et de médecins. Les écoles n'ont plus d'enseignants et la population vit dans la peur. Les décisions, la négligence et la corruption généralisée du régime autoritaire ont détruit notre économie. En 1998, quand le pays produisait plus de 3,1 millions de barils par jour, l'industrie pétrolière vénézuélienne était l'une des plus grandes du monde. En septembre 2019, la production était inférieure à 650.000 barils. Le même sort a frappé nos raffineries, qui nous permettent d'exporter de l'essence et des centaines de milliers de Vénézuéliens doivent actuellement faire la queue pour s'approvisionner. De la même manière, le réseau de distribution d'électricité est en piètre état, imposant aux citoyens des coupures de courant qui durent des heures, voire des jours, alors que nous avons la quatrième plus grande centrale hydroélectrique. En dehors du pétrole, le secteur privé de notre économie représentait en 1998 près de 1 dollar sur 3 de nos exportations, et il était le premier employeur national ; il a été ravagé par des politiques idéologiques absurdes. C'est sans compter QUE, pour survivre, le régime a été contraint de s'allier avec des acteurs non étatiques, tels que l'Armée de libération nationale (ELN) colombienne, d'autres groupes armés et des gangs. Les liens manifestes que Nicolás Maduro entretient avec des délinquants et des criminels sont devenus un véritable problème pour nos voisins. L'ensemble de ces facteurs a poussé plus de 4,3 millions de Vénézuéliens à fuir leur pays, en majorité ces cinq dernières années. A d'autres périodes de l'histoire, nous avons accueilli des millions d'immigrés venus d'Europe et d'Amérique du Sud, et il est déchirant de constater qu'aujourd'hui nous sommes une nation qui chasse sa population. Paradoxalement, tout cela se déroule au moment même où la famine, la malnutrition infantile et la pauvreté matérielle reculent dans le monde. Les organisations internationales ont mis en oeuvre des initiatives pour faire progresser l'alphabétisation, la scolarisation et la santé, ainsi que l'accès à l'eau potable, et notre pays est passé à côté de ces avancées. Les Vénézuéliens veulent rejoindre ce mouvement, et ils y parviendront dès que nous réussirons à reprendre le chemin de la démocratie. Malgré nos difficultés actuelles, nous tirerons parti des compétences acquises par notre diaspora. Ces émigrés sont une chance incroyable à saisir. Grâce aux nouvelles technologies, ils sont pour le Venezuela un moteur et un lien, ce qui n'aurait été possible à aucune autre période de l'histoire humaine. De plus, la vaste majorité d'entre eux souhaite rentrer dans son pays. Les Vénézuéliens ont découvert qu'en dépit des abondantes ressources de leur pays, leur vraie richesse était la population elle-même. Voilà le véritable capital humain que nous retrouverons quand nous récupérerons nos institutions. En 2020 et les années suivantes, le monde assistera à la renaissance du Venezuela. Mais pour y parvenir, nous devons surmonter l'usurpation du pouvoir dont se rend coupable Nicolás Maduro et entamer une transition démocratique. Nous avons la chance d'être soutenus par une majorité de démocraties dans le monde. Mus par l'espoir, les Vénézuéliens continuent à se battre. Malgré l'urgence humanitaire, ils manifestent, ils font entendre leur voix, ils exigent une issue pacifique et démocratique à cette tragédie. La nation tout entière, sur notre territoire et au-delà de nos frontières, est fermement déterminée à faire prévaloir la liberté.