Tous les trois ans, les dirigeants politiques africains et chinois se réunissent lors d'un grand rassemblement diplomatique connu sous le nom de Forum sur la coopération sino- africaine (Focac). Ces sommets, qui attirent encore plus de chefs d'Etat africains que les grandes réunions annuelles de l'Onu, sont des points de passage obligés dans le long voyage de la Chine sur le continent. Au cours des 30 dernières années, la Chine est devenue le partenaire privilégié de nombreux pays africains. Son importance se manifestera à nouveau en 2021 lors de la prochaine réunion du Focac, la huitième du nom, qui doit se tenir à Dakar, la capitale du Sénégal.
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Tous les trois ans, les dirigeants politiques africains et chinois se réunissent lors d'un grand rassemblement diplomatique connu sous le nom de Forum sur la coopération sino- africaine (Focac). Ces sommets, qui attirent encore plus de chefs d'Etat africains que les grandes réunions annuelles de l'Onu, sont des points de passage obligés dans le long voyage de la Chine sur le continent. Au cours des 30 dernières années, la Chine est devenue le partenaire privilégié de nombreux pays africains. Son importance se manifestera à nouveau en 2021 lors de la prochaine réunion du Focac, la huitième du nom, qui doit se tenir à Dakar, la capitale du Sénégal. Ce sommet se déroulera dans un contexte différent de celui des sept précédents. Sous la présidence de Donald Trump, le rôle de la Chine en Afrique a fait l'objet de critiques croissantes de la part des Etats-Unis. Ainsi, en 2020, le secrétaire d'Etat, Mike Pompeo, a accusé la Chine de ne pas proposer grand-chose aux pays africains à part " des promesses vides et de vieilles rengaines ". Bien que le gouvernement Biden soit moins enclin à utiliser une rhétorique provocatrice, il devrait néanmoins conserver une attitude sceptique vis-à-vis des intentions chinoises sur le continent. L'année à venir pourrait donc se révéler délicate pour les responsables politiques africains, qui doivent déjà composer avec les répercussions de la pandémie. Leur but sera d'éviter de se laisser prendre à un jeu à somme nulle. Selon Ken Ofori-Atta, le ministre des Finances du Ghana, l'Afrique a toujours été un " échiquier " sur lequel s'exerce la rivalité entre grandes puissances depuis la décolonisation. " Cela ne nous a pas aidés du tout ", dit-il. Uhuru Kenyatta, le président du Kenya, a de son côté averti que l'Afrique n'est pas un trophée que l'on se dispute: " Nous ne voulons pas être forcés de choisir ". Cyril Ramaphosa, le président sud- africain, a déclaré pour sa part que l'Afrique ne devait pas souffrir à cause de la " jalousie " des Etats-Unis par rapport à tout ce que la Chine est capable d'apporter au continent. En fait, c'est là que le bât blesse. Malgré toutes leurs critiques et les dépenses considérables engagées dans des domaines tels que la santé publique, les Etats-Unis ne sont tout simplement pas à la hauteur de la Chine. Pour un dirigeant à la tête d'un pays africain ayant besoin rapidement de nouvelles routes, de nouveaux ponts ou de nouveaux ports, il est tout naturel de se tourner vers des financements et des entreprises chinois. " La Chine continue de répondre à la soif de transformation structurelle de l'Afrique d'une manière que l'Occident ne peut pas égaler ", explique Deborah Bräutigam, qui travaille au programme de recherche Chine-Afrique de l'université Johns-Hopkins. Il en va de même pour les télécommunications. Huawei, dont les projets en Afrique sont souvent subventionnés ou soutenus par l'Etat chinois, n'a enregistré aucune perte de commande sur le continent depuis que les Etats-Unis ont encouragé les autres pays à boycotter sa technologie. " Ce n'est pas une démarche judicieuse dans la mesure où les Etats-Unis ne proposent pas de solution de rechange digne de ce nom ", affirme Judd Devermont, du Center for Strategic and International Studies, un think tank de Washington. Par ailleurs, le Focac de Dakar ne devrait pas donner lieu à des promesses financières de la même ampleur que celles faites par la Chine lors des précédents forums. En 2015, puis en 2018 (après quelques atermoiements), le président Xi Jinping avait annoncé l'octroi d'une enveloppe de 60 milliards de dollars portant sur des prêts bon marché, des subventions et des investissements au cours des trois années suivantes. Peu d'analystes pensent que des montants aussi élevés seront atteints cette fois-ci, la Chine craignant trop de financer des " éléphants blancs ". Ce qui ne veut pas dire qu'elle s'impliquera moins sur le continent pour autant. La Chine est essentielle pour les espoirs africains de surmonter la pandémie de Covid-19. Elle est le plus grand créancier bilatéral en Afrique et détient donc souvent la clé pour débloquer des renégociations de dette. D'autre part, Xi Jinping s'est engagé à ce que les pays africains bénéficient d'un accès prioritaire aux vaccins chinois, une fois que ceux-ci auront été mis au point. Toutefois, même avant le Covid-19, l'engagement de la Chine avec les pays africains allait bien au-delà du simple domaine des infrastructures. On compte environ 10.000 entreprises chinoises, pour la plupart des petites entreprises, opérant en Afrique. Un plus grand nombre d'étudiants africains étudient en Chine que dans les établissements américains et britanniques réunis. Des personnalités chinoises de haut rang ont tissé de vastes réseaux avec leurs homologues africains, notamment dans les milieux militaires. Certes, l'image de la Chine en Afrique a été ternie l'année dernière par les mauvais traitements infligés à des migrants africains dans la ville portuaire de Canton, une situation condamnée sur les réseaux sociaux et par les responsables politiques africains. Mais, d'une manière générale, les Africains ont une opinion nuancée de la Chine, témoignant d'un attachement solide. Un sondage réalisé dans 18 pays par Afrobaromètre, un groupe de recherche panafricain, publié en septembre 2020, a révélé qu'en moyenne 59% des personnes interrogées avaient une opinion favorable de la Chine, soit un pourcentage légèrement supérieur à celui concernant les Etats-Unis (58%). Il n'est donc pas étonnant que les responsables politiques africains prennent soin de ne pas prendre parti. Ils ne voient pas non plus l'intérêt de se positionner contre la Chine sur des questions telles que le Xinjiang, Hong Kong ou Taïwan. La Chine accorde une grande importance aux votes des 54 pays africains à l'Onu et dans d'autres organisations internationales (en 1971, les votes africains ont permis l'admission de la République populaire de Chine à l'ONU, au détriment de Taïwan). Elle entend récompenser ceux qui votent avec elle et punir ceux qui ne le font pas. Quand bien même les responsables politiques africains voudraient prendre position contre la Chine, rares sont ceux qui pensent que les gouvernements occidentaux les soutiendraient dans leur démarche. " L'Occident n'est pas disposé à assumer le coût à payer si l'on contrarie la Chine ", affirme W. Gyude Moore, un ancien ministre du Liberia, aujourd'hui membre du groupe de réflexion Center for Global Development. " Le continent a tout intérêt à tracer sa propre voie. "