Le 500e anniversaire de la mort tristement prématurée du peintre Raffaello Sanzio, plus connu sous le nom de Raphaël, tombe en 2020. Les évocations de son génie (à commencer par une grande rétrospective à Rome) pourraient être une occasion rêvée d'oublier un peu la politique italienne.
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Le 500e anniversaire de la mort tristement prématurée du peintre Raffaello Sanzio, plus connu sous le nom de Raphaël, tombe en 2020. Les évocations de son génie (à commencer par une grande rétrospective à Rome) pourraient être une occasion rêvée d'oublier un peu la politique italienne. Raphaël n'avait pas son pareil pour caresser ses bienfaiteurs dans le sens du poil, et ses qualités relationnelles lui ont permis d'amasser une coquette fortune. Il fut le premier artiste superstar affichant une opulence impertinente - le précurseur de contemporains tels Damien Hirst et Jeff Koons. Mais la Renaissance n'était-elle pas, en soi, inextricablement liée à la création de richesses ? S'ils revenaient aujourd'hui, ses mécènes seraient très certainement consternés de voir l'économie italienne dans un tel état. Le gouvernement lui-même, plus optimiste que les analystes indépendants, estime qu'en 2020, le PIB n'augmentera que de 0,6 %. Ce qui pourrait s'expliquer par le ralentissement économique qui frappe l'ensemble de l'Europe. Mais en 12 ans, jamais la croissance italienne n'a dépassé la barre des 1,7 %. Plusieurs facteurs freinent son élan : les lenteurs de la justice civile (qui décourage les investisseurs étrangers), les lourdeurs administratives, la fraude fiscale et l'ampleur de la dette souveraine, qui a atteint 138 % du PIB. L'essentiel de cette dette est détenu par un système bancaire fragmenté qui, pour peu que les marchés perdent confiance en la capacité de remboursement de l'Italie, menace à tout moment de s'effondrer. Ces frayeurs reviennent à intervalles réguliers du fait d'un autre facteur qui ralentit la croissance italienne : la vie politique du pays. En septembre 2019, l'arrivée d'un gouvernement populiste de gauche réunissant le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti antisystème, semblait annoncer une période de calme après des mois d'incertitude. Pourtant, quelques jours plus tard, un ancien Premier ministre, Matteo Renzi, quittait le groupe parlementaire du PD, entraînant à sa suite suffisamment de ses collègues pour faire tomber le gouvernement s'il le souhaite. Même les philosophes du chef-d'oeuvre de Raphaël, L'Ecole d'Athènes, qui incarnent la raison, auraient du mal à comprendre les rouages de la politique italienne en 2020.