La plupart du temps, les dirigeants de banques centrales évitent soigneusement toute déclaration tapageuse. Les investisseurs ont dès lors été surpris des commentaires formulés par Mark Carney, le président de la Banque d'Angleterre (BoE, pour Bank of England) - la banque centrale britannique - sur la dernière décision en date de son institution en matière de taux. Carney a déclaré qu'il croyait de moins en moins en une sortie ordonnée du Royaume-Uni de la zone euro. Selon lui, les dégâts que provoque le Brexit sur l'économie britannique obligeront la BoE à relever les taux.
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La plupart du temps, les dirigeants de banques centrales évitent soigneusement toute déclaration tapageuse. Les investisseurs ont dès lors été surpris des commentaires formulés par Mark Carney, le président de la Banque d'Angleterre (BoE, pour Bank of England) - la banque centrale britannique - sur la dernière décision en date de son institution en matière de taux. Carney a déclaré qu'il croyait de moins en moins en une sortie ordonnée du Royaume-Uni de la zone euro. Selon lui, les dégâts que provoque le Brexit sur l'économie britannique obligeront la BoE à relever les taux. Le Brexit pèse sur l'économie britannique de deux manières : en accroissant l'inflation et provoquant une crise de confiance. La livre britannique a à nouveau perdu 6 % de sa valeur face à l'euro depuis le début de cette année. La faiblesse de la livre entraîne une augmentation des prix des denrées importées, et donc du niveau général des prix au Royaume-Uni. L'inflation a ainsi atteint 2,6 % en juin et pourrait même s'établir à 3 % à la fin de cette année, selon la Banque d'Angleterre. Nous sommes loin des 2 %, l'objectif de l'institution. La hausse de l'inflation affecte le pouvoir d'achat des ménages britanniques, d'autant que les salaires stagnent. L'incertitude qui entoure le Brexit pousse aussi les entreprises britanniques à tirer le frein à main, tant en ce qui concerne les investissements que les hausses des salaires. Tant qu'elles n'auront pas une idée claire des relations qu'entretiendront le Royaume-Uni et l'Union européenne après le Brexit, les entreprises britanniques privilégieront une attitude attentiste. Et comme la consommation privée n'est plus le moteur de l'économie britannique, la BoE s'est vue contrainte de revoir à nouveau ses perspectives de croissance à la baisse. La croissance s'établira cette année à 1,7 %, et ralentirait encore à 1,6 % l'an prochain. L'institution tablait précédemment sur des taux de croissance de respectivement 1,9 % et 1,7 %. Les négociations sur le Brexit, qui doivent être closes d'ici mars 2019, se déroulent d'ailleurs dans une atmosphère de plus en plus délétère et suscitent une incertitude croissante. Dans le climat politique actuel de défiance et de désinformation, personne ne sera étonné d'apprendre que le débat de politique se transforme en un combat de chiffonniers. Et dans un tel contexte, les voix modérées, comme celle du ministre britannique des Finances Philip Hammond, peinent à se faire entendre. Actuellement, les deux parties ne sont même pas capables de se mettre d'accord sur les modalités des négociations et ont décrété une pause jusqu'à la fin du mois d'août. Le fait que le Premier ministre britannique Theresa May et son parti conservateur aient perdu leur majorité parlementaire aux dernières élections ne favorise pas non plus la sérénité des débats. Le discours de Carney doit être interprété comme un avertissement adressé à l'establishment politique britannique sur les dommages économiques que pourrait causer un Brexit désordonné. Il a indiqué que la Banque d'Angleterre devra à terme réagir à la hausse de l'inflation par des relèvements de taux. Cette réaction sera d'autant plus agressive que l'incertitude autour du Brexit pèse sur la livre et que l'inflation reste élevée. Les déclarations de Carney n'ont guère été appréciées. Certains des ministres et parlementaires pro-Brexit les plus radicaux ont même appelé à sa démission - Carney est un Canadien, un " étranger ". Les investisseurs détestent cette incertitude qui nuit à une valorisation correcte des actifs (actions, obligations) et des cours de change. Il est cependant acquis que la Banque d'Angleterre ne va pas relever ses taux dans l'immédiat. Elle a récemment maintenu son taux à court terme à un plancher historique de 0,25 % malgré l'inflation élevée et a décidé de laisser tel quel son portefeuille d'obligations publiques et d'obligations d'entreprise (de respectivement 425 et 10 milliards de livres). L'annonce de cette décision a provoqué une nouvelle baisse de la livre face à l'euro. Les investisseurs qui détiennent des obligations en livres britanniques devront s'accommoder de rendements plancher pendant un temps. Un rapprochement entre les deux parties semble très improbable pour l'heure. Il y a donc de fortes chances que la livre continue à s'affaiblir face à l'euro. Alors que l'économie ralentit au Royaume-Uni, la confiance est maximale dans la zone euro. De plus, la situation politique s'est totalement éclaircie depuis les élections présidentielles françaises. Nous recommandons d'attendre et de ne pas spéculer sur un redressement rapide de la livre. Mark Carney, le président de la Banque d'Angleterre, croit de moins en moins dans un Brexit ordonné.