Depuis 15 ans, il incarne l'Union wallonne des entreprises. Mais Vincent Reuter vient d'avoir 65 ans et il partira donc prochainement à la pension. Enfin, prochainement, c'est une façon de parler. Le bureau Odgers Berndston, mandaté par l'UWE, doit encore remettre sa short-list, avant que le processus de sélection n'entre dans sa phase décisive. Vincent Reuter a accepté d'accompagner son ou sa remplaçante pour assurer une transition en douceur. L'histoire pourrait donc durer quelques mois encore, jusqu'à la fin de l'année voire au-delà. Personne ne confirme évidemment aucun nom à ce stade, mais la rumeur patronale évoque Thierry Castagne (directeur général d'Agoria Wallonie), Olivier de Wasseige (Internet Attitude et vice-président de l'UWE), Didier Malherbe (UCB et président du Forem) ainsi que Renaud Mazy (patron des Cliniques universitaires Saint-Luc après avoir dirigé Baxter).
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Depuis 15 ans, il incarne l'Union wallonne des entreprises. Mais Vincent Reuter vient d'avoir 65 ans et il partira donc prochainement à la pension. Enfin, prochainement, c'est une façon de parler. Le bureau Odgers Berndston, mandaté par l'UWE, doit encore remettre sa short-list, avant que le processus de sélection n'entre dans sa phase décisive. Vincent Reuter a accepté d'accompagner son ou sa remplaçante pour assurer une transition en douceur. L'histoire pourrait donc durer quelques mois encore, jusqu'à la fin de l'année voire au-delà. Personne ne confirme évidemment aucun nom à ce stade, mais la rumeur patronale évoque Thierry Castagne (directeur général d'Agoria Wallonie), Olivier de Wasseige (Internet Attitude et vice-président de l'UWE), Didier Malherbe (UCB et président du Forem) ainsi que Renaud Mazy (patron des Cliniques universitaires Saint-Luc après avoir dirigé Baxter). " Le changement d'une personne-clé, c'est toujours le bon moment de réfléchir à la raison d'être d'une organisation et à ce que l'on veut en faire ", commente le serial entrepreneur François Blondel (KitoZyme, OncoDNA, Delphi Genetics, Nanocyl, etc). En l'occurrence, la raison d'être de l'UWE ne souffre guère de discussion. Dans une économie belge de plus en plus régionalisée, elle devrait au contraire monter en puissance dans les discussions au niveau des partenaires sociaux. De l'Awex au Forem en passant par Sowalfin, Credendo et bien d'autres, l'UWE représente déjà le monde patronal wallon dans de nombreuses institutions. " La réalité régionale prend de plus en plus d'importance, il serait normal que l'UWE remplisse un rôle de plus en plus important ", poursuit François Blondel. Rappelons que les structures régionales ne participent pas au fameux Groupe des 10, qui reste l'apanage des instances nationales. " Nous devrons trouver quelqu'un qui soit à la fois aussi ferme et pondéré que Vincent pour jouer un rôle efficace dans ces organismes ", estime Pierre Rion, business angel. Revers de la médaille : ce patient travail de lobbying et de diplomatie bride parfois la parole publique. " Effectivement, si j'avais une baguette magique et que je pouvais modifier quelque chose à l'Union wallonne des entreprises, je lui donnerais des attitudes plus tranchées ", poursuit celui qui a été fraîchement désigné Wallon de l'année. Il souhaiterait une voix patronale un peu plus offensive. En particulier lors des périodes d'agitation sociale, quand les concepts de droit de grève et liberté de travailler se percutent. " Là, où nous ne pesons pas sur les décisions, je pense au Forem par exemple, nous devrions avoir l'audace de claquer la porte ", renchérit un autre administrateur de l'UWE. Le successeur de Vincent Reuter devra-t-il donc monter plus régulièrement de l'autre côté des barricades ? Pas si vite. " Si l'UWE devait se mettre à frapper très fort, elle verrait les bâtons affluer dans ses roues, ajoute Gordon Blackman, CEO de Realco. Quand on est à l'oeuvre du matin au soir, comme l'est Vincent (Reuter), on sait avec quelles armes on peut se battre. En Wallonie, ce n'est jamais simple pour les chefs d'entreprise. " La fédération patronale est en quelque sorte rattrapée par le même dilemme que les partis politiques : crier fort en restant au balcon ou accepter une dose de compromis pour infléchir concrètement certaines décisions. Le contexte a longtemps plaidé pour la seconde option. D'une part, l'économie wallonne conserve une large présence publique, avec des participations régionales dans de nombreuses entreprises. Et on ne discute pas forcément de la même manière avec ses actionnaires qu'avec un gouvernement... D'autre part, le Plan Marshall a placé le monde patronal au coeur de la politique économique. La démarche a clairement poussé l'UWE vers un rôle de partenaire, en particulier dans les pôles de compétitivité. Elle a toujours soutenu mordicus le Plan Marshall, le principal axe politique de la Wallonie ces 10 dernières années. Très récemment cependant, le chief economist de l'Union wallonne, Didier Paquot, a fait part au Soir de sa " déception " face aux résultats du Plan Marshall. Les prémices d'un changement d'attitude plus général ? La comparaison avec l'alter ego flamand, le Voka, et ses discours carrés et offensifs déboule inévitablement dans la discussion. " Le Voka, c'est l'armée sur le terrain, analyse le député wallon Jean-Luc Crucke (MR). Quand ses responsables parlent, le gouvernement entend ce qui est dit. L'Union wallonne ne suit pas le même modèle mais, effectivement, elle ne vit pas non plus dans le même contexte sociologique. " " Pour être offensif, il faut aussi disposer d'un bon matelas, d'une base solide, ajoute Hans Maertens, administrateur délégué du Voka. En 2002- 2003, le VEV (Vlaams Economisch Verbond) a conclu une alliance avec les chambres de commerce. Nous représentons 18.000 entreprises, de toutes les tailles et de tous les secteurs. Cela nous donne une vraie force de frappe, un atout à ne pas sous-estimer dans les discussions avec le monde politique. Je souhaite à la Wallonie de disposer aussi de cet atout, même si ce n'est évidemment pas à moi de dire ce qui devrait se passer du côté francophone. " Tout en se plaignant de l'architecture institutionnelle compliquée ou du foisonnement des structures publiques (des intercommunales aux outils financiers de la Région wallonne), le monde patronal tend en effet à reproduire cette complexité avec des chambres de commerce locales ou provinciales, des fédérations sectorielles, des distinguos classes moyennes/ grandes entreprises, etc. Les chefs d'entreprise que nous avons sollicités n'ont toutefois guère montré d'enthousiasme à l'égard de l'hypothèse d'une fusion conduisant à une voix patronale unique en Wallonie. En attendant, cela n'empêche pas de revoir la gouvernance de l'UWE : un conseil d'administration fort d'une centaine de personnes bénévoles (par les temps qui courent, il est utile de le préciser), est-ce vraiment un gage d'efficacité ? François Blondel pose aussi la question de la durée du mandat d'administrateur délégué : " Ne faudrait-il pas prévoir un apport d'oxygène régulier pour une fonction aussi usante ? ". Cet apport d'oxygène doit théoriquement venir de la présidence qui tourne tous les trois ans. Jean-Luc Crucke se montre, lui, particulièrement soucieux de l'indépendance de l'UWE. " Les partenaires sociaux doivent rester le plus indépendant possible à l'égard du monde politique, y compris du MR, dit-il. A partir du moment où il y a des subsides et des aides, cela crée une apparence de dépendance qui nuit à la crédibilité. Et je dis exactement la même chose à propos des syndicats. " En l'occurrence, l'UWE n'est pas subsidiée mais rémunérée pour une série de services aux PME, qu'elle informe sur la législation environnementale, les solutions de mobilité, les programmes européens, etc. " Ces cellules emploient un personnel distinct de celui de nos activités de lobby, précise Vincent Reuter. Nous n'avons en outre jamais subi la moindre pression lors du renouvellement des conventions avec le gouvernement wallon. La question de notre indépendance ne s'est jamais posée. " Plusieurs patrons regrettent que la collaboration avec le politique reste cantonnée à l'économie. Ils aspirent à une plus grande implication sociétale de l'UWE et regrettent, par exemple, qu'elle n'ait pas été plus directement associée aux travaux sur le Pacte d'excellence, la formation étant le meilleur chemin vers l'emploi, avant toutes les aides possibles. " Nous connaissons aujourd'hui un contexte remarquablement favorable à l'esprit d'entreprise, ajoute François Blondel. Cela doit être le coeur de métier de l'Union wallonne. Il y a là une belle opportunité de véhiculer une image positive de dynamisme, d'enthousiasme, de détermination dont la Wallonie a besoin. C'est par là que passe l'esprit d'entreprise et le développement des activités. " CHRISTOPHE DE CAEVEL" Si l'UWE devait se mettre à frapper très fort, elle verrait les bâtons affluer dans ses roues. " Gordon Blackman (CEO de Realco) " La réalité régionale prend de plus en plus d'importance, il serait normal que l'UWE remplisse un rôle de plus en plus important. " François Blondel (OncoDNA, KitoZyme, etc.)