Le président américain Donald Trump ayant joint le geste à la parole et la Chine ayant de son côté juré de riposter à armes égales, le monde semble aller droit vers un grand conflit commercial. Face à l'escalade qui menace, l'inquiétude croît parmi les investisseurs, et ce sentiment laisse des traces toujours plus perceptibles sur les marchés. Les grandes entreprises de la Bourse américaine (S&P500) ont dû renoncer à l'essentiel de leur bénéfice annuel. En Europe, les géants boursiers de l'indice Stoxx Europe 600 sont même en perte de vitesse cette année.
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Le président américain Donald Trump ayant joint le geste à la parole et la Chine ayant de son côté juré de riposter à armes égales, le monde semble aller droit vers un grand conflit commercial. Face à l'escalade qui menace, l'inquiétude croît parmi les investisseurs, et ce sentiment laisse des traces toujours plus perceptibles sur les marchés. Les grandes entreprises de la Bourse américaine (S&P500) ont dû renoncer à l'essentiel de leur bénéfice annuel. En Europe, les géants boursiers de l'indice Stoxx Europe 600 sont même en perte de vitesse cette année. Dans ce climat actuel, les investisseurs se demandent probablement s'il est bien raisonnable de prendre beaucoup de risques. En d'autres termes : vu le contexte, est-ce une bonne idée, dans l'absolu, de placer son argent dans des actions ? D'autant que tandis que le ciel se couvre sur le commerce mondial, l'économie elle-même est plongée dans le brouillard. Pas plus tard que la semaine dernière, l'institut de recherche allemand Ifo a revu largement à la baisse ses prévisions pour l'économie allemande, qui connaîtra encore cette année une croissance de 1,8 % au lieu de 2,6 %. Dans notre pays, la Banque nationale en est à 0,3 % par rapport à ses prévisions, qui se montent désormais à 1,5 % La plupart des économistes pensent que ce ralentissement est temporaire. C'est aussi la conviction de la Banque centrale européenne (BCE), qui annonçait au début de ce mois qu'elle cesserait à la fin de l'année d'injecter de l'argent frais dans l'économie. Pour une première augmentation des taux d'intérêt, il faudra toutefois patienter au moins jusqu'à la fin de l'été de l'année prochaine. Une économie relativement forte associée à des taux bas : la plupart des stratèges continuent d'y voir un climat positif pour les actifs à risques tels que les actions. Le conflit commercial qui s'annonce est surtout une mauvaise nouvelle pour les entreprises ayant des clients et des chaînes de production partout dans le monde. Pour l'investisseur, il n'est pas évident de séparer le bon grain de l'ivraie et le gagnant des perdants. Un des moyens de retrouver un peu de sécurité est d'investir plus près de chez soi. De riposter à l' America First de Trump par une Europe First. Ce qui place les small caps, les entreprises avec une faible capitalisation boursière, sous les feux des projecteurs. " Ces petites entreprises font jusqu'à 70 % de leur chiffre d'affaires en Europe, contre la moitié pour les grandes entreprises ", explique Ross McSkimming, spécialiste " actions " chez Aberdeen Standard Investments. L'Europe a ses propres chats à fouetter. La date du Brexit approche à grands pas sans qu'aucun accord soit en vue. Et la réforme tant espérée de la zone euro se heurte aux limites du budget pour l'union monétaire et aux flous d'un accord sur l'immigration. " L'année dernière, nous avions vu une amélioration manifeste de l'économie ", estime Dimitri van Toren, gestionnaire d'un fonds de small caps européennes chez NN Investment Partners. " Les chefs d'entreprise auxquels nous avions parlé à l'époque étaient enthousiastes et n'avaient que les mots 'investissements' et 'prise de risques' à la bouche. La tendance existe toujours, mais on remarque un peu plus de réserve. Dommage, parce que la dynamique était justement idéale pour les investissements dans la numérisation par exemple, ou la transition énergétique. " En dehors de tout contexte économique et politique, Ross McSkimming estime que les investisseurs devraient de toute façon laisser plus de place aux petites actions européennes. " Elles représentent 15 % de la valeur du marché européen ; elles devraient donc constituer au moins 15 % de tout portefeuille d'actions européennes. Or, ce n'est pas le cas chez beaucoup d'investisseurs qui donnent, souvent inconsciemment, un poids trop important aux grandes entreprises. " Le Britannique souligne que des études ne cessent de confirmer que les small caps offrent pourtant un rendement élevé ( voir notre graphique : " Les petites actions font mieux que les grandes "). En Europe, leur return est supérieur en moyenne de 5,9 % par an depuis le début de ce siècle. Ross McSkimming reconnaît que les fluctuations aussi sont supérieures, mais ce risque pris en compte, le rendement des petites actions européennes reste deux fois plus important que celui des grandes actions. D'après Dimitri Van Toren, il faut y voir la prime que l'investisseur perçoit en contrepartie d'informations souvent plus limitées fournies par les petites entreprises et des échanges moins intensifs de ces actions. Il n'est d'ailleurs pas illogique que les petites entreprises s'en sortent mieux, puisqu'elles ont plus de chance de grandir que les mastodontes. " Nous vivons une époque de changements. Les entreprises plus modestes peuvent plus facilement y faire face ou les gérer parce qu'elles sont généralement plus dynamiques. " L'autre avantage des small caps pour le gestionnaire de fonds est qu'il existe moins de recherches sur ces entreprises, ce qui fait qu'on peut tirer plus de profit de ses propres analyses. La volatilité importante implique cependant qu'il faut investir à long terme, encore plus que pour les large caps. Autrement dit, pour réaliser le rendement supérieur promis, pas question d'acheter et de vendre à tout bout de champ. " Il est clair que les small caps ont de bien meilleures performances. Ce serait dommage de les négliger, au moins pour une partie de votre portefeuille ", confirme Dimitri van Toren. Aujourd'hui, les valorisations ne sont pas l'argument le plus probant, de l'avis des deux spécialistes. L'indice MSCI Europe Small Cap cote à 17 fois le bénéfice prévu pour cette année. Leur prix est donc légèrement supérieur à celui de leurs grandes soeurs de l'indice MSCI Europe, qui cotent à 14 fois le bénéfice prévu.Des opportunités subsistent, néanmoins. " On ose vendre cher parce qu'on est convaincu de leur croissance ", commente Ross McSkimming. Le spécialiste donne deux exemples tirés du propre portefeuille d'Aberdeen Standard Investments. Une de leurs plus grandes positions est Nemetschek, une entreprise allemande qui développe des logiciels permettant de convertir des dessins techniques en modèles numériques. " Elle est déjà leader du marché en Europe, et nous nous attendons à ce qu'elle continue à croître parce que, dans le bâtiment, on peut s'épargner beaucoup de frais en évitant les défauts de construction. " Le deuxième exemple est Jungheinrich, un constructeur de chariots élévateurs. " Ils bénéficient de l'augmentation du nombre d'entrepôts et de la montée de l'e-commerce. " Chez NN, on s'intéresse plus aux valorisations, à côté de la qualité du modèle d'entreprise et de la durabilité de l'avantage concurrentiel. La préférence va aux sociétés avec une petite capitalisation boursière tournant autour des 0,5 à 1,5 milliard d'euros. Ils peuvent ainsi prendre une plus grande participation dans l'entreprise et avoir plus de voix. Le fonds n'investit pas dans les banques, l'immobilier, les entreprises d'utilité publique ni les télécoms. " Dans ces secteurs, il y a trop de règles et il est difficile de réellement créer de la valeur " explique Dimitri van Toren, qui préfère encore les entreprises industrielles ou les producteurs de biens de consommation. Par exemple le groupe TKH - " ils viennent encore de construire une nouvelle usine de câbles sous-marins pour éoliennes " - ou Beter Bed - " nous sommes persuadés que le nouveau management, en Allemagne, peut bouleverser la donne ".