En 1967, l'ingénieur aéronautique Josef Koudelka - né 29 ans auparavant dans une petite ville de Moravie - décide de se consacrer pleinement à la photographie. Cela fait déjà un bout de temps qu'il promène son Rolleiflex dans les théâtres praguois mais aussi dans les campagnes tchèques et roumaines, y documentant la vie des populations tziganes. Montrant ces pauvres voyageurs, pas plus gâtés pa...

En 1967, l'ingénieur aéronautique Josef Koudelka - né 29 ans auparavant dans une petite ville de Moravie - décide de se consacrer pleinement à la photographie. Cela fait déjà un bout de temps qu'il promène son Rolleiflex dans les théâtres praguois mais aussi dans les campagnes tchèques et roumaines, y documentant la vie des populations tziganes. Montrant ces pauvres voyageurs, pas plus gâtés par le pouvoir communiste que par celui de l'Ouest, dans un noir et blanc vif et troublant. Indéniablement poétique. Alors que Koudelka revient précisément d'un nouveau périple chez les roms, les troupes du pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie dans la nuit du 20 au 21 août 1968. Les Russes et leurs alliés - Bulgares, Hongrois, Allemands de l'Est et Polonais - n'admettent pas les nouvelles libertés du Printemps de Prague visant à desserrer l'étau répressif du pouvoir communiste. Koudelka capte la surprise initiale qui prévaut chez les Tchècoslovaques face à la trahison des " camarades " russes et de leurs suiveurs, vite transformée en colère et en rébellion. D'où ces images de tanks entourés de civils choqués, de boulevards éventrés, de manifestants perdus, de lendemains de gueule de bois. Ses photos sont d'autant plus magistrales qu'il travaille au coeur de l'invasion, saisissant ce qui n'est rien d'autre que l'annihilation violente d'un processus démocratique. Avec cette image désormais classique de Koudelka photographiant le temps - sa montre indique midi - alors que le centre de Prague semble glisser dans un long coma silencieux. Pour des raisons évidentes, l'auteur devra exfiltrer ses négatifs à l'étranger : ils paraissent dans The Sunday Times sous les initiales P.P. (Prague Photographer) et deviennent le symbole international de ces dramatiques événements. Ce n'est qu'après son départ du pays pour la Grande-Bretagne en 1970 que l'identité du photographe de ces images d'importance sera révélée.