Après avoir cherché pendant des années un acquéreur, l'assureur italien Generali avait revendu, à la mi-2018, sa filiale belge à un holding dont le siège est " situé aux Bermudes " - du moins est-ce ce qu'avait titré un journal financier de premier plan. Personne n'avait jamais entendu parler de cet exotique repreneur. Ce qui n'a rien de surprenant car à l'époque, Athora venait tout juste d'être porté sur les fonts baptismaux.
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Après avoir cherché pendant des années un acquéreur, l'assureur italien Generali avait revendu, à la mi-2018, sa filiale belge à un holding dont le siège est " situé aux Bermudes " - du moins est-ce ce qu'avait titré un journal financier de premier plan. Personne n'avait jamais entendu parler de cet exotique repreneur. Ce qui n'a rien de surprenant car à l'époque, Athora venait tout juste d'être porté sur les fonts baptismaux. " Athora est une compagnie spécialisée dans les assurances-vie, qui se concentre sur le marché européen ", nous précise le Français Eric Viet, président du conseil d'administration d'Athora Belgium. Crise du coronavirus oblige, Eric Viet nous répond par appel vidéo depuis le bureau de Dorsan van Hecke, le CEO d'Athora Belgium. Pour remonter aux origines d'Athora, il faut se rendre aux Etats-Unis. En 2009, le groupe d'investissement et gestionnaire d'actifs américain Apollo Global Management, dont le siège central se trouve aux Bermudes, crée une filiale baptisée Athene, qui se spécialise dans l'acquisition de portefeuilles d'actifs détenus par des assureurs. En effet, dans le contexte de la crise des subprimes, nombreux sont les assureurs américains à se défaire de leurs portefeuilles non stratégiques ou de crédits douteux. Grâce au savoir-faire de sa maison mère, Athene gère très efficacement les fonds déposés dans les assurances-pension et assurances-placement. Il devient ainsi une activité rentable, aussi bien pour lui-même que pour Apollo, à qui reviennent les commissions de gestion.Athene entre en Bourse de New York en 2016. Avant cela, il a repris le portefeuille d'assurances-vie de Delta Lloyd en Allemagne, qu'il a versé dans une société distincte appelée Athora. C'est en janvier 2018 qu'Athora, qui entend bien devenir une compagnie d'assurance européenne à part entière, à l'image de ce qu'est Athene outre-Atlantique, entame ses activités. " La philosophie est exactement la même, confirme Eric Viet. Nous sommes convaincus qu'une gestion efficace et disciplinée des actifs nous permettra d'obtenir de meilleurs rendements, au profit à la fois de l'entreprise et des assurés. Nous confions à Apollo l'exécution de la politique d'investissement. " Mais comment, sur fond d'atonie des taux d'intérêt, l'entreprise peut-elle obtenir un rendement suffisant, sans prendre des risques exagérés ? " Contrairement aux autres assureurs, nous n'avons aucune appétence pour le risque de taux d'intérêt et le risque actions. Nous refusons d'être tributaires de la volatilité du marché. C'est la raison pour laquelle nous assurons la quasi-intégralité de notre portefeuille obligataire et investissons très peu en actions ", détaille Eric Viet " Aux clients qui souhaitent investir en actions, nous proposons nos produits branche 23 ( assurances placement, dont le rendement est lié à l'évolution d'un ou plusieurs fonds, Ndlr), expose Dorsan van Hecke. Mais Athora veut aussi pouvoir répondre à la demande de produits sans risque assortis d'un rendement garanti (la branche 21, en Belgique). Or, nombre d'assureurs traditionnels s'en sont, temporairement ou non, détournés : ils craignent, au vu du contexte, de ne plus être en mesure de payer les rendements garantis. " Pour résoudre ce problème, Athora investit les actifs confiés dans des produits moins liquides, comme des crédits et des prêts. " Apollo, qui se charge de l'analyse du risque de crédit, nous assure un accès à un large éventail de crédits aux entreprises, de prêts d'infrastructures et de crédits hypothécaires, poursuit Eric Viet. Pour répartir les risques, nous diversifions nos investissements sur les plans à la fois géographique et sectoriel. D'autres assureurs se tournent eux aussi vers le marché du crédit, mais ils collaborent avec des banques ; nous misons sur l'expertise d'Apollo, qui gère pour 330 milliards d'euros d'investissements. " Depuis son démarrage opérationnel, début 2018, Athora a repris les activités d'Aegon en Irlande et de Generali en Belgique. L'acquisition, l'an dernier, du néerlandais Vivat lui a permis de faire un gigantesque bond en avant : en conservant le portefeuille d'assurances-vie et en cédant la branche non-vie de Vivat à NN Group, Athora a vu son bilan passer d'un seul coup de 15 milliards à 70 milliards d'euros. Il espère avoir franchi la barre des 100 milliards d'euros d'ici trois ans. " Il nous faut atteindre une certaine masse critique pour pouvoir proposer nos crédits dans différents pays, analyse Eric Viet. Cela nous permet également d'étudier des possibilités de collaboration et d'intégration entre nos filiales, de manière à réaliser des économies d'échelle et à compresser les coûts. " Légalement, l'assureur qui investit les actifs confiés dans des prêts doit détenir davantage de capitaux propres que celui qui opte pour des obligations souveraines, pour compenser le surcroît de risque. " En n'investissant pas, ou à peine, en actions et en produits sensibles à l'évolution des taux, nous libérons ces capitaux. Nos ratios de solvabilité sont suffisamment élevés ", sourit Eric Viet. Athora a du reste attiré pour 4 milliards d'euros de capitaux, dont 2,2 milliards au moment de sa création. " Une fraction de ces fonds sert au financement de la reprise de Vivat, mais la grande majorité est destinée à soutenir la croissance interne de nos filiales, énumère Eric Viet. Nous voulons également dégager une marge qui nous permettra de financer de nouvelles reprises, en Allemagne et au Benelux. " " Nous avons regardé du côté de Fidea, mais cette compagnie a surtout une activité non-vie, ajoute Dorsan van Hecke ( c'est finalement Baloise qui a repris Fidea, pour 480 millions d'euros, Ndlr). Nous n'en sommes pas moins convaincus que le mouvement de consolidation, en Belgique, va se poursuivre. Nombre d'acteurs s'interrogent à propos de leur position sur le marché et des choix stratégiques qu'ils vont être appelés à faire. Ce sont autant d'opportunités pour nous. " Après sa récente augmentation de capital, Athora recense plus d'une trentaine d'actionnaires, dont les principaux sont Apollo, Athene et ADIA, le fonds souverain d'Abou Dhabi. Les autres sont des investisseurs institutionnels qui disposent d'un horizon à long terme, comme des fonds de pension, des gestionnaires d'actifs et des fonds souverains. " La question du paiement d'un dividende n'est pas encore à l'ordre du jour, avertit Eric Viet. Tous les fonds disponibles sont investis dans la croissance ". Une entrée en Bourse, comme dans le cas d'Athene aux Etats-Unis, pourrait être envisagée à moyen terme : " Notre manière de travailler et notre gouvernance sont celles d'une entreprise cotée. Une IPO d'ici trois à cinq ans fait partie des possibilités. Nous verrons ce que l'avenir nous réserve, mais nous voulons être prêts à faire face à cette éventualité ", ajoute notre interlocuteur. En Belgique, Athora cherche surtout à croître dans la branche 21. " Sous Generali, nous sommes devenus le principal fournisseur de produits branche 23 aux courtiers, résume Dorsan van Hecke. Nous avons l'intention de renforcer cette position. Parallèlement, la branche 21 doit devenir un nouveau pôle de croissance : elle répond à une demande de la clientèle, tout en nous permettant de nous distinguer de la concurrence, qui ne voit plus suffisamment d'avenir dans ces assurances épargne. " Athora Belgium a désormais fort à faire : en plus d'ajuster sa politique d'investissement, elle devra avoir tranché tous les liens avec Generali d'ici à la fin de l'année. Le portefeuille d'assurances dommages sera cédé à Baloise. Début mai, la compagnie quittera la Tour Louise, à Bruxelles, pour la rue du Champ-de-Mars. Subsistera alors, sur les 632 millions d'euros d'encaissement recensés fin 2019, une somme de 490 millions d'euros. Quant aux effectifs, ils passeront de 370 à 210 personnes. " Aucune restructuration et aucune réduction de personnel ne sont à l'ordre du jour, insiste Dorsan van Hecke. Il y a suffisamment de travail pour tout le monde. Nous avons l'intention de multiplier par deux notre portefeuille dans la branche 23 d'ici trois ans, et d'enregistrer 50 % au moins d'entrées de plus que de sorties dans la branche 21. Pour réaliser ces plans de croissance agressifs, personne ne sera de trop. " Qu'importe que le nom d'Athora soit peu connu, affirme Dorsan van Hecke : " Nous passons par le canal du courtage. Et encore, pour l'essentiel, par quelques centaines de courtiers spécialisés dans la planification financière, experts dans le conseil en matière de transmission et de protection du patrimoine. C'est la filière la plus appropriée pour nos produits. Athora est une marque forte aux yeux des courtiers, et nous comptons bien continuer à investir dans cette relation. "