Cela fait de longues années que, dans le monde anglo-saxon, les livres se multiplient autour de ce sujet énigmatique, mais qui incarne la fine pointe du contemporain: la logistique. Avec Flux, Mathieu Quet, sociologue spécialiste des liens entre accès à la santé et logistique des médicaments, livre la première tentative en français de cartographie du monde des infras...

Cela fait de longues années que, dans le monde anglo-saxon, les livres se multiplient autour de ce sujet énigmatique, mais qui incarne la fine pointe du contemporain: la logistique. Avec Flux, Mathieu Quet, sociologue spécialiste des liens entre accès à la santé et logistique des médicaments, livre la première tentative en français de cartographie du monde des infrastructures, des chaînes de distribution, des processus de circulation des choses et des personnes. C'est un petit livre agile, qui multiplie les anecdotes et les cas pratiques afin de mieux faire comprendre combien la logistique, bien loin de ne former qu'une sorte d'ennuyeuse boîte noire de l'économie mondiale, en dit la vérité la plus profonde. Cette vérité, dit Mathieu Quet, c'est celle du triomphe des flux. Nous vivons un âge où chacun de nos gestes, chacun des objets qui peuplent nos existences doivent tout à leur inscription dans le gigantesque système de production et de circulation qu'est devenu le monde. Dans le meilleur des cas, la logistique est ce qui permet de recevoir chez soi une commande passée la veille. Mais, dans le pire, elle est ce qui gouverne la création d'un nouveau sous-prolétariat, transforme nos vies en consommateurs épileptiques, accélère l'exploitation de la planète et atomise toute possibilité de lutte pour un monde meilleur. Mathieu Quet n'est pas tendre avec la logistique. Au lieu de considérer ce qu'elle rend possible, il préfère s'intéresser à ce qu'elle rend impossible - et donc à la manière de se soulever contre le triomphe des flux. Description militante autant que guide de combat en faveur d'une interruption des réseaux logistiques, l'ouvrage a le très grand mérite d'enfin lancer la discussion sur la dimension matérielle de la condition humaine au 21e siècle.