Le récit démarre un 11 septembre. Rien à voir avec les funestes événements de 2001, mais la date est tout aussi dramatique : c'est celle du coup d'Etat mené en 1973 par le général chilien Augusto Pinochet. Ce jour-là, la junte militaire renverse le président socialiste Salvador Allende (lequel se suicide dans son palais de la Moneda plutôt que de se rendre) et installe pendant plus de 15 années une dictature sanglante. Selon les estimations, sur les 10 millions d'habitants que comptait le Chili en 1973, 3.200 ont été tués ou ont disparu durant les années de dictature militaire, 35.000 ont été torturés et 200.000 ont pris le chemin de l'exil.
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Le récit démarre un 11 septembre. Rien à voir avec les funestes événements de 2001, mais la date est tout aussi dramatique : c'est celle du coup d'Etat mené en 1973 par le général chilien Augusto Pinochet. Ce jour-là, la junte militaire renverse le président socialiste Salvador Allende (lequel se suicide dans son palais de la Moneda plutôt que de se rendre) et installe pendant plus de 15 années une dictature sanglante. Selon les estimations, sur les 10 millions d'habitants que comptait le Chili en 1973, 3.200 ont été tués ou ont disparu durant les années de dictature militaire, 35.000 ont été torturés et 200.000 ont pris le chemin de l'exil. Alors que les chars d'assaut déboulent dans Santiago du Chili et que les militaires mitraillent à tout va dans les rues, Jorge Correa, jeune chargé de communication du président, est convoqué à la Moneda. Sachant sa fin proche, Salvador Allende lui confie une mission secrète de la plus haute importance : transmettre une mallette contenant de précieux documents à son ami, le président cubain Fidel Castro. Démarre alors pour le jeune homme une éprouvante partie de cache-cache avec Ramon Gil, le meilleur policier du pays. Pendant que les sbires de Pinochet rassemblent intellectuels et opposants politiques dans les stades, se livrant à la torture et aux exécutions sommaires, Jorge se terre d'abord dans les caves d'un restaurant pendant deux mois. Muni de faux papiers et de la précieuse mallette, il prend ensuite la route du Nord, dans l'espoir de rejoindre la Bolivie et d'y demander l'asile politique. D'Antofagasta au désert d'Atacama en passant par le terrible camp de concentration de Chacabuco, où il sera détenu et torturé, Jorge Correa va se créer des amitiés solides et vivre des épreuves initiatiques qui vont le forger, le révéler, le transmuter, tout comme on façonne le cuivre (cobre en espagnol), précieux minerai dont le sol du Chili regorge. Et qui a joué un rôle non négligeable dans le coup d'Etat de 1973. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n'est pas vraiment fortuite dans ce huitième roman de Michel Claise, le juge d'instruction le plus redouté des criminels en col blanc. " Un jour de 1981, j'ai fait la connaissance de Jorge, écrit-il dans sa postface. Ce n'est pas son histoire que je raconte... Un peu quand même. Voilà que ce réfugié chilien séduit ma cousine, qu'ils s'installent ensemble et font un enfant. " Grâce à Jorge, Michel Claise a découvert les splendides paysages de ce pays atypique, mais il a aussi rencontré de nombreux exilés chiliens ayant trouvé refuge dans notre pays à cette époque. " Les récits de leurs épreuves m'ont toujours hanté, écrit-il. Il m'a paru important de participer au travail de mémoire en rendant hommage à ces héros involontaires. " Michel Claise voulait aussi, en rappelant ces heures sombres du Chili, souligner qu'une dictature militaire a renversé un régime démocratique socialiste avec le soutien d'une superpuissance, en l'occurrence ici les Etats-Unis. Ceux-ci voyaient en effet d'un mauvais oeil les liens d'amitié entre Salvador Allende et Fidel Castro, mais surtout la nationalisation des mines de cuivre, exploitées jusque-là par de nombreuses entreprises américaines. En 1973, " le pouvoir de l'argent s'est montré plus fort que la voix du peuple et son fonctionnement démocratique, poursuit l'auteur. Rien n'a changé dans notre société actuelle. Ce livre se veut un cri contemporain ". Quoiqu'empreint d'un " sérieux pessimisme " face à un monde totalement dévoué au Dieu-profit, Michel Claise refuse de penser qu'il est trop tard. Et de citer cette anecdote que lui a racontée un survivant : aux pires heures du camp de concentration de Chacabuco, une fanfare composée de détenus jouait Gracias a la vida (Merci à la vie), célèbre chanson chilienne. " La seule chose qui puisse sauver ce monde, c'est l'Amour ", conclut-il. Michel Claise, " Cobre (cuivre) ", éditions Luce Wilquin, 250 pages, 20 euros. Joëlle Simon"Va-t'en fils. Et embrasse Fidel de ma part. Allez, dépêche-toi. L'ennemi arrive..."