L'économie, sous son apparence de sérieux, derrière ses graphes, ses courbes et ses chiffres, est en réalité aussi une science terriblement humaine. D'ailleurs, il suffit d'ausculter l'actualité pour s'en rendre compte. Prenez le cas de l'euro: notre devise européenne est trop faible en ce moment face au billet vert. C'est en soi une punition car les factures d'hydrocarbures sont libellées en dollar. Autrement dit, chaque faiblesse de l'euro face au dollar renchérit nos importations d'hydrocarbures et donc notre inflation importée.
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L'économie, sous son apparence de sérieux, derrière ses graphes, ses courbes et ses chiffres, est en réalité aussi une science terriblement humaine. D'ailleurs, il suffit d'ausculter l'actualité pour s'en rendre compte. Prenez le cas de l'euro: notre devise européenne est trop faible en ce moment face au billet vert. C'est en soi une punition car les factures d'hydrocarbures sont libellées en dollar. Autrement dit, chaque faiblesse de l'euro face au dollar renchérit nos importations d'hydrocarbures et donc notre inflation importée. Comme vous le savez, la Banque centrale européenne a augmenté récemment son taux d'intérêt pour rendre l'euro plus attractif, et donc affaiblir indirectement l'inflation importée. Le hic, c'est que cette hausse des taux d'intérêt a été vaine - j'ai failli écrire inutile. La raison? L'euro n'a pas trop bougé. Normal, les cambistes ne sont pas idiots, ils savent que l'Europe est plus mal prise que les Etats-Unis sur le plan économique. D'abord, parce que notre territoire est proche du conflit en Ukraine. Ensuite, parce que nous sommes dépendants du gaz russe. Et au final, parce que le dollar rapporte nettement plus que l'euro. Et donc, pour toutes ces raisons et d'autres encore, les cambistes préfèrent le billet vert à la devise européenne. Aujourd'hui, il faut bien le constater, c'est le dollar qui est la valeur refuge et pas l'euro! Les cambistes savent aussi que l'Europe ne pourra pas trop faire remonter ses taux d'intérêt vu la taille himalayenne de nos dettes publiques. En effet, des taux d'intérêt trop élevés, c'est l'assurance que l'Italie va dérailler. Or, on voit mal comment l'Europe pourrait supporter la faillite de la troisième économie de la zone euro. Pendant ce temps, le rouble est aussi au plus haut face à l'euro, alors que nos politiques nous avaient annoncé son effondrement! Ah oui, parlons aussi un peu de l'hypocrisie obligée de la Commission européenne. Chacun sait que Poutine a décidé de fermer le gazoduc de Nord Stream 1. Officiellement pour des raisons de maintenance mais, en réalité, pour étrangler nos économies et nous forcer à lâcher l'Ukraine. Mais comme le fait remarquer Philippe Béchade, un commentateur plus qu'aguerri de la Bourse et de ses soubresauts, cette fermeture de gaz par le nord nous a fait oublier que ce gaz russe continue de circuler plus au sud, via la Roumanie, la Hongrie et la Pologne et vers un autre pays qui n'est autre que... l'Ukraine! En d'autres mots, et c'est ça qui est perturbant dans ce conflit, c'est que Poutine a oublié de détruire les installations qui transportent le gaz russe à l'Ouest. Pire encore, toujours selon Philippe Béchade, la Russie continue de verser de l'argent à l'Ukraine, sous forme de redevance pour transporter son gaz, ce qui permet à ce pays de financer sa guerre en achetant du matériel militaire américain qu'il utilise contre la Russie, tout en fournissant du gaz à ses "ennemis" européens, membres de l'Otan. Or ces mêmes pays européens ont officiellement décidé de se passer du gaz russe. Mais comme ils ne peuvent pas s'en passer à 100%, ils ferment les yeux sur celui qui transite par l'Ukraine. Bien sûr, pas question d'avouer officiellement ce subterfuge... A croire qu'à l'école de l'hypocrisie, l'Europe est major de promotion. Mais au-delà du constat amer, avions-nous le choix?