Jusqu'à samedi, le monde du cinéma aura les yeux et les oreilles tournés vers Cannes. Depuis plus de 70 ans, la ville méditerranéenne est une des capitales du cinéma mondial. Du moins le temps d'une quinzaine aux portes de l'été. Un seul homme peut sans doute dire : " Le Festival de Cannes, c'est ma vie ". Délégué général du festival de 1978 à 2001, président ensuite jusqu'en 2014, Gilles Jacob a forgé le Cannes que l'on connaît aujourd'hui. La Croisette, il la fréquente depuis 1964, d'abord comme critique, ensuite comme petit employé avant de gravir les échelons de l'organisation. Comme une star monte les marches du Palais des Festivals ? Lui préfère l'image du coursier des studios du grand Hollywood qui un jour obtient le grand rôle. Il reconnaît sa chance d'avoir rempli ses tâches de directeur et diplomate à la fois. " A Cannes, on a pour avanta...

Jusqu'à samedi, le monde du cinéma aura les yeux et les oreilles tournés vers Cannes. Depuis plus de 70 ans, la ville méditerranéenne est une des capitales du cinéma mondial. Du moins le temps d'une quinzaine aux portes de l'été. Un seul homme peut sans doute dire : " Le Festival de Cannes, c'est ma vie ". Délégué général du festival de 1978 à 2001, président ensuite jusqu'en 2014, Gilles Jacob a forgé le Cannes que l'on connaît aujourd'hui. La Croisette, il la fréquente depuis 1964, d'abord comme critique, ensuite comme petit employé avant de gravir les échelons de l'organisation. Comme une star monte les marches du Palais des Festivals ? Lui préfère l'image du coursier des studios du grand Hollywood qui un jour obtient le grand rôle. Il reconnaît sa chance d'avoir rempli ses tâches de directeur et diplomate à la fois. " A Cannes, on a pour avantage de travailler dur dans une ambiance de vacances, à l'approche de l'été, en faisant tout à pied, avec cet équilibre entre l'artistique et le commercial ", nous confie au bout du fil l'affable voix de 87 printemps, toujours active dans le secteur et prête à affronter cette 71e édition. Il avait déjà confié ses souvenirs ( La vie passera comme un rêve et Le Festival n'aura pas lieu). Dans ce Dictionnaire amoureux, dont l'éditeur Plon s'est fait une collection aux plumes élégantes, Gilles Jacob participe à la rédaction d'une histoire de Cannes bien sûr, mais aussi du cinéma mondial. " Un festival, ce sont des films, des gens, un palmarès, et très important, une météo favorable, écrit-il dans son introduction. Si toutes ces conditions sont réunies, on dira que l'édition en cours est réussie. " Autant d'éléments qui construisent un abécédaire où un acteur, plus libre que jamais, met en perspective des épisodes connus, souvent, et controversés, parfois. Un palmarès suscite l'émotion, l'indignation, l'admiration sur le coup. " Mais sur sa qualité, seul le temps, ce juge suprême, aura le dernier mot. " Gilles Jacob cherche à dépasser le glamour, la polémique et le scandale. " C'est un regret si je n'arrive pas à en faire retenir autre chose. Les films restent dans la mémoire collective. Les gens doivent prendre goût pour le cinéma pendant le festival, mais aussi le reste de l'année ", déclare-t-il, répétant sa défense du film " d'auteur et populaire ". Une tâche pas toujours récompensée par les palmarès établis dans la douceur de la Villa Domergue par les seuls jurys, véritables stars du festival. De leurs président(e)s, Jacob retient Quentin Tarantino, " partiellement sourd car il ne peut pas parler sans hurler " mais cinéphile studieux, Isabelle Huppert, d'abord géniale actrice (" Tout jouer pour ne pas jouer, mais être ", la qualifie-t-il) et redoutable présidente de jury. Elle n'a pu cacher à la remise de la Palme d'or son " affinité " pour le lauréat Michael Haneke. La composition d'un jury relève de l'équilibriste. Celle de la Sélection l'est tout autant. Des regrets ? Jamais. Des erreurs ? Gilles Jacob est prêt à en reconnaître. " Il n'est pas toujours facile de trouver 20 chefs-d'oeuvre ", reconnaît-il. D'autant que la concurrence avec Venise et Toronto s'est intensifiée. A Cannes, il est aussi question de marché du septième art. " Il n'a pas tellement changé, ce sont les produits qui évoluent ", avance notre interlocuteur qui refuse le " c'était mieux avant ". Sur la question du boycott de Netflix, " on a pris les choses à l'envers ", lance-t-il, peut-être à ses successeurs. Il reconnaît que Hollywood n'a jamais été simple à dompter. " Avoir une première à Cannes, c'est avoir peur d'une critique européenne réputée sévère ", explique Gilles Jacob qui revient sur le mogul aux " abominables turpitudes ", Harvey Weinstein. L'auteur avoue des relations professionnelles " toujours exécrables ", et dénonce les astuces de politique qu'il a fallu déployer pour déjouer les sales plans du puissant producteur américain. Toujours poli mais sans ronds-de-jambe, Gilles Jacob égrène les souvenirs sans tomber dans le nombrilisme. Cannes a vécu avant lui et lui survivra. Sa pierre à l'édifice n'en sera pas moins conséquente.