" Les paiements sont un des domaines où nous avons une opportunité de rendre les choses bien plus faciles. Je pense que cela devrait être aussi simple d'envoyer de l'argent à quelqu'un que de lui envoyer une photo ", a déclaré en avril dernier Mark Zuckerberg, le PDG et fondateur de Facebook.
...

" Les paiements sont un des domaines où nous avons une opportunité de rendre les choses bien plus faciles. Je pense que cela devrait être aussi simple d'envoyer de l'argent à quelqu'un que de lui envoyer une photo ", a déclaré en avril dernier Mark Zuckerberg, le PDG et fondateur de Facebook. Mardi 18 juin, ses propos se SONT concrétiséS avec le lancement officiel du Libra, une sorte de cryptomonnaie opérationnelle vers la mi-2020. Pour lancer cette monnaie virtuelle, Facebook s'est associé à 28 groupes mondiaux actifs dans des domaines très divers . Visa, MasterCard, PayPal, Booking, Spotify, Uber ont en effet déjà répondu positivement à l'appel de Facebook. Mais à la mi-2020, ce seront non pas 28 mais 100 sociétés qui seront à l'origine de ce Libra. Grâce à cette association des " bonnes volontés ", il sera possible d'acheter des biens sur les sites partenaires en payant en Libras. Le tout de manière instantanée, sans frais et sept jours sur sept. Seules conditions à respecter ? Disposer d'un smartphone et d'un portefeuille numérique. Rien d'autre. Dans un premier temps, le Libra sera disponible sur les applications WhatsApp et Messenger et permettra de s'échanger de l'argent comme on s'échange des messages ou des photos. Mais attention, le Libra n'est pas à 100% comparable aux autres cryptomonnaies. Ces dernières ne sont basées sur aucun actif tangible, alors que le Libra sera adossé à une réserve financière d'un milliard de dollars (abondée par les 100 sociétés partenaires) et à un panier de devises stables comme le dollar, l'euro et la livre sterling. Traduction : si les cryptomonnaies sont des habituées des montagnes russes, le Libra ne devrait pas être une monnaie spéculative. A l'heure où nous bouclions ces pages, Facebook devait encore répondre à de multiples questions : où et comment pourra-t-on acheter cette nouvelle cryptomonnaie ? Que vaudra le Libra ? Qui pourra contrôler ce Libra : la BNB ou la FSMA en Belgique ? Comment Facebook et ses partenaires vont-ils gagner de l'argent avec cette monnaie, vu que ce ne sont pas des institutions philanthropiques ? Et qu'en est-il de la protection de nos données personnelles : question importante car Facebook n'a pas un superbe historique en la matière. Mais au-delà de ces questions techniques importantes, il est déjà possible de tirer quelques leçons de l'arrivée de cette monnaie virtuelle qu'est le Libra. D'abord, cela va permettre aux cryptomonnaies de sortir de l'ombre ou plutôt de leur ghetto. Si le bitcoin a eu les faveurs des médias, il faut bien reconnaître que sa notoriété reste inversement proportionnelle à son nombre d'utilisateurs. Pour le Libra, la démographie n'est pas exactement la même que pour le bitcoin : Facebook totalise 1,56 milliard d'utilisateurs quotidiens et 2,38 milliards d'utilisateurs mensuels. Autant de candidats qui pourraient potentiellement utiliser le Libra. La deuxième leçon, c'est qu'avec le Libra, Facebook va se diversifier et se libérer peu à peu de son business actuel (dépendant à 98% de la publicité en ligne). Cette monnaie virtuelle permettra à Facebook de renforcer ses liens avec ses plus de 2 milliards d'utilisateurs fidèles. Mieux encore, avec des achats et des virements passant par son intermédiaire, Facebook pourrait en savoir encore plus sur nous et nous proposer ainsi de nouveaux services. Bref, le Libra, c'est davantage de strip-tease numérique (conscient ou inconscient). Ensuite, avec l'arrivée d'un acteur aussi puissant que Facebook sur leurs plates-bandes, les banques ont un nouveau concurrent mais de taille mondiale. Facebook n'est pas la petite fintech du coin qu'ils peuvent annihiler en sortant leur chéquier. Et quant à ceux qui se plaignent déjà de la puissance des Gafa, l'arrivée du Libra ne va pas les rassurer. Ne serait-ce que parce que le Libra est un défi lancé à nos Etats. Et pour cause, jusqu'ici seul un Etat pouvait émettre de la monnaie. J'écris " pouvait " car avec le Libra, Facebook démontre qu'un grand groupe privé pourrait remplacer à terme l'Etat dans la création d'une monnaie. Question subsidiaire : Facebook est-il encore une multinationale ou est-ce déjà un Etat ?