L'actualité est par définition infidèle. Ce qu'elle aimait hier, elle peut le démolir le lendemain. C'est un peu le cas aujourd'hui pour Joe Biden et sa politique ultra-keynésienne. Adulé en Europe car il se comporte comme un Européen en augmentant les impôts sur les riches et les sociétés, l'ex- Sleepy Joe comme le surnommait ironiquement Donald Trump est de plus en plus l'objet de critiques aux Etats-Unis. La raison? Les trois plans de relance qu'il a mis en place semblent excessifs aux yeux des républicains et même de nombreux économistes.
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L'actualité est par définition infidèle. Ce qu'elle aimait hier, elle peut le démolir le lendemain. C'est un peu le cas aujourd'hui pour Joe Biden et sa politique ultra-keynésienne. Adulé en Europe car il se comporte comme un Européen en augmentant les impôts sur les riches et les sociétés, l'ex- Sleepy Joe comme le surnommait ironiquement Donald Trump est de plus en plus l'objet de critiques aux Etats-Unis. La raison? Les trois plans de relance qu'il a mis en place semblent excessifs aux yeux des républicains et même de nombreux économistes. D'abord, parce que ces plans de relance (quasi 6.000 milliards de dollars) provoquent une hausse de la demande à l'origine de pénuries de matières premières et de main-d'oeuvre dans plusieurs secteurs. Au point d'ailleurs qu'une firme comme McDonald's est obligée de relever ses salaires pour attirer du personnel, avec effet de contagion salariale sur d'autres secteurs. Résultat, plusieurs experts et autres instituts de prévisions se demandent aujourd'hui si Joe Biden n'a pas mis trop de carburant dans le moteur de la machine économique. L'éventuel retour prématuré de l'inflation est l'un de ces aspects négatifs. Car qui dit hausse des prix dit aussi hausse des taux d'intérêt. Et donc effet boule de neige sur la dette publique. Pour l'heure, la plupart des économistes évoquent l'inflation comme une sorte de "fantôme de l'économie" mais elle pourrait revenir par la fenêtre à tout moment. Par ailleurs, les économistes les plus libéraux disent que ces plans de relance ne servent à rien. Etonnant? Oui et non. Leur raisonnement est simple: l'économie n'a pas été détruite par une guerre, elle a simplement été mise sous cloche pour arrêter la propagation du virus. Le problème de nos économies a un nom: Covid-19. Et la solution au virus, c'est le vaccin. Or, les vaccins sont là. Donc pas besoin de stimuli supplémentaires: ça ne sert à rien, sinon à mettre en surchauffe notre économie. La preuve, disent-ils? L'été dernier, quand nous pensions - à tort - être quittes du virus, l'économie a redémarré comme une flèche. Ou plutôt comme un ressort qu'on aurait comprimé artificiellement et qu'on a enfin laissé se détendre. Bref, pour ces économistes libéraux, nos plans de relance ne servent qu'à une chose: endetter encore plus nos enfants et petits-enfants. Bien entendu, ce n'est qu'une thèse, et elle est encore minoritaire. Mais elle montre la complexité de l'économie et le fait que les politiques ne maîtrisent pas ses rouages. Un seul petit exemple: Joe Biden a offert des chèques de 1.400 dollars aux familles américaines. On le sait, aux Etats-Unis, il n'y a pas d'Etat providence, donc l'administration Biden a dû envoyer ces chèques directement aux familles. Normalement, ces chèques en question auraient dû doper la consommation et donc la croissance. C'est le cas. Mais les statistiques montrent aussi qu'un tiers du montant de ces chèques s'est dirigé vers la Bourse! Autrement dit, les Américains ont acheté des actions américaines avec l'argent distribué par l'Etat. Traduction: l'Etat américain s'est endetté auprès de ses créanciers habituels (dont l'Europe et en particulier l'Allemagne) pour financer ces chèques... Mieux encore, cet argent distribué aux ménages américains amplifie la bulle boursière aux Etats-Unis. Avec son sens de l'humour particulier, l'économiste Patrick Artus reconnaissait au micro de mes confrères de BFM Business: "faire du déficit public dont le résultat est une bulle boursière, ce n'est pas très malin".