Le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait promis de mettre une cravate lorsque ses partenaires de la zone euro consentiraient enfin à abandonner une partie de leurs créances sur la Grèce et alléger ainsi une dette trop lourde (près de 300 % du PIB). Il restera avec son col de chemise grand ouvert. Certes, un accord est intervenu en fin de semaine dernière qui permet de libérer une tranche de 8,5 milliards d'euros d'aide pour que la Grèce puisse payer les 7 milliards d'euros qu'elle doit à ses créanciers en juillet. Mais il est insatisfaisant.

Le problème tenait de la quadrature du cercle. Pour garder ouvert le robinet d'aide à la Grèce, l'Allemagne a souhaité impliquer le Fonds monétaire international (FMI). En mouillant ainsi le FMI qui, par ses statuts, ne peut aider que des pays solvables, l'Allemagne comptait rassurer les grands investisseurs privés et accélérer le retour d'Athènes sur les marchés.

Mais justement, le FMI a estimé que l'endettement n'était pas soutenable et que les Européens devaient passer au bleu une partie de la dette grecque, ce dont l'Allemagne ne voulait pas entendre parler.

Jouer avec le temps

Pour mettre tout le monde d'accord, on a donc joué sur le temps. Le FMI accepte de s'engager, mais cela doit encore être validé par son conseil d'administration : le Fonds est en situation de stand-by, en attendant que les pays de la zone euro acceptent le principe d'un allègement de leur créance. Cet allègement ne pourra prendre cependant que des formes acceptables pour l'Allemagne : soit un allongement de maturité qui pourra aller jusqu'à un maximum de 15 ans, soit une réduction des taux d'intérêt à payer. Et il ne pourra avoir lieu, le cas échéant, qu'après la fin du programme d'aide actuel, qui se termine en septembre 2018.

Entre-temps, on demande encore aux Grecs de faire plus d'efforts : les pensions seront une nouvelle fois réduites et la base taxable sera élargie. Autrement dit, les bas revenus commenceront à payer de l'impôt plus tôt.

" Il en résulte que la possibilité de prêts concrets du FMI est reportée, au mieux, à septembre 2018, commente Eric Dor, directeur des recherches économiques auprès de l'IESEG School of Management (Université de Lille). En soi, c'est loin d'être un problème puisque les besoins de la Grèce sont inférieurs au plafond de 86 milliards du troisième programme (d'aide du pays, Ndlr). Par contre, reporter l'allègement de la dette à 2018 empêche la Banque centrale européenne de déclarer la dette grecque éligible aux achats du quantitative easing. Cela compromet le retour de la Grèce sur les marchés. " Alexis Tsipras se promènera encore un long moment sans cravate...

Pierre-Henri Thomas