L'incroyable ascension d'Emmanuel Macron et son élection à la présidence française ont de quoi inspirer les romanciers amateurs de science politique. Eric Halphen est certainement de ceux-là. L'ex-juge d'instruction, fameux pour sa lutte anti-corruption (il avait été à l'avant-plan quand avait éclaté éclate l'affaire des HLM de Paris en 1994, impliquant alors le maire de la capitale et futur président Jacques Chirac) a lui-même goûté au frisson électoral, créant son propre mouvement de gauche avant de rallier, au final, l'actuelle République en marche de Macron, sans parvenir à se faire élire député.
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L'incroyable ascension d'Emmanuel Macron et son élection à la présidence française ont de quoi inspirer les romanciers amateurs de science politique. Eric Halphen est certainement de ceux-là. L'ex-juge d'instruction, fameux pour sa lutte anti-corruption (il avait été à l'avant-plan quand avait éclaté éclate l'affaire des HLM de Paris en 1994, impliquant alors le maire de la capitale et futur président Jacques Chirac) a lui-même goûté au frisson électoral, créant son propre mouvement de gauche avant de rallier, au final, l'actuelle République en marche de Macron, sans parvenir à se faire élire député. Bref, de quoi nourrir son activité de romancier. Publiant récemment La Faiblesse du maillon, après les remarqués Bouillottes et La Piste du temps, l'ex-magistrat y fait référence, sans le dire, au climat politique actuel. Entraînant le lecteur dans le sillage de Gustave, jeune rouage de la politique dans le clan rapproché du candidat libéral surnommé " Le Boss ", à la communication très contemporaine. " C'est parfois comme ça, avec le Boss. Des débats interminables, bien argumentés, qui ont demandé beaucoup de travail, peuvent ne mener nulle part, ne servir à rien, alors qu'à l'inverse une idée lâchée du bout des lèvres ou une phrase griffonnée sur une coin de nappe peut prendre une importance insoupçonnée - et disproportionnée - dans les étapes à venir. Anticiper n'est pas facile. " Du charisme pour combler la faiblesse d'un programme pourtant riche en slogans. Ainsi, en plein meeting : " Tous, jeunes, vieux, femmes comme hommes, pauvres comme plus aisés, blancs comme beurs ou blacks, tous non seulement croient en ce blanc-bec qui n'a rien prouvé jusqu'ici, mais surtout ils se reconnaissent en lui, se figurent l'avoir choisi pour guide, se mettent à espérer pour et avec lui. " Le lecteur suit ainsi les coulisses d'une course politique qui semble un peu vide de sens. Et le polar dans tout ça ? Il s'avance dès la fin du premier chapitre, quand Gustave reçoit un message menaçant sur son téléphone : " Tu ne vas pas t'en tirer comme ça, gentil Gustave ". Le premier d'une série de plus en plus inquiétante. Notre habitué des cabinets ministériels sue de voir ressurgir du passé une incartade oubliée. Mais qui pourrait bien lui en vouloir ? Il demande à sa compagne, Olivia, commissaire sur le coup d'un important trafiquant de drogue, de tracer l'expéditeur du message. Lui menacé, c'est toute la campagne du " Boss " qui pourrait en pâtir. Il préfère un temps se la jouer solo pour éviter de tomber en désamour : une place dans le prochain gouvernement, ça se mérite ! Le décor ainsi posé, Eric Halphen s'amuse à distiller son intrigue suivant plusieurs arcs narratifs, donnant une place prépondérante au personnage d'Olivia, à l'origine d'une bavure lors d'une intervention musclée, mais aussi en proie au doute quant à sa relation avec Gustave. Autant d'éléments pour alimenter l'enquête de Bizek et du juge Jonas Barth. Ces deux personnages arrivent assez tard, comme pour prendre le temps de nous lier aux acteurs du mystère qui se joue. Des fils se nouent et dénouent pour nous amener de l'antichambre du pouvoir au complot. Halphen connaît les rouages judiciaires et ça se lit. En mettant en avant, un personnage féminin, le plaçant en difficulté, nul doute qu'il souhaite dénoncer là les perversités d'un univers machiste et tellement compétitif. Ils sont nombreux à avoir les dents qui rayent le plancher... et à s'y casser les canines.