Logée dans une petite rue de Genval, la start-up E2 Drives reste bien discrète. Pas de communication à la presse, pas de participation aux événements du microcosme digital belge, aucune publicité et un site web particulièrement succinct. Ses deux jeunes fondateurs, Arthur Deleval et Simon Godfrind, n'en débordent pas moins d'ambition pour autant. Dans les locaux design et soignés de la deux façades réaménagée se dessinent des plans particulièrement audacieux. Il s'agit, ni plus ni moins, de révolutionner totalement le vélo électrique, un marché en pleine explosion : il se serait vendu pas moins de 3 millions de vélos électriques en tous genres en 2019.
...

Logée dans une petite rue de Genval, la start-up E2 Drives reste bien discrète. Pas de communication à la presse, pas de participation aux événements du microcosme digital belge, aucune publicité et un site web particulièrement succinct. Ses deux jeunes fondateurs, Arthur Deleval et Simon Godfrind, n'en débordent pas moins d'ambition pour autant. Dans les locaux design et soignés de la deux façades réaménagée se dessinent des plans particulièrement audacieux. Il s'agit, ni plus ni moins, de révolutionner totalement le vélo électrique, un marché en pleine explosion : il se serait vendu pas moins de 3 millions de vélos électriques en tous genres en 2019. Bien sûr, les deux fondateurs d'E2 Drives ne sont pas les seuls à s'attaquer à ce marché et à prétendre craquer les codes habituels de ce produit. Nombre de start-up et d'entreprises, y compris belges, espèrent y arriver. La concurrence est sévère. Reste que le parcours atypique d'E2 Drives pourrait lui permettre de se positionner très différemment sur ce secteur. En 2013, lorsque les deux jeunes ingénieurs se décident à collaborer, ils ont l'ambition de développer une technologie novatrice pour les vélos électriques : l'association d'un moteur et d'une boîte de vitesse automatique. Une technologie existante dans l'univers automobile, mais qui n'a jamais été développée pour le deux-roues. L'idée à l'origine, c'est Arthur Deleval qui s'y attaque, seul, dans son garage. Pendant six mois, il mène des essais. Qu'il présente ensuite à Simon Godfrind. " Arthur m'a montré ses prototypes et j'ai accroché, se souvient le cofondateur. La mise en oeuvre d'une telle idée faisait sens pour moi et on s'est associés. Nous avons d'abord bossé sans structure avant de lever des fonds. " Ils créent alors E2 Drives et lèvent quelque 300.000 euros auprès de business angels, de la Région wallonne et de Nivelinvest pour soutenir leurs développements. Plusieurs brevets sont déposés. A ce stade, les deux entrepreneurs nourrissent essentiellement le projet de vendre leur technologie au secteur du vélo. Persuadés qu'un dérailleur classique ne constitue pas la meilleure solution pour un vélo électrique, ils prennent contact avec l'ensemble du secteur du VAE, le vélo à assistance électrique. " Les retours étaient bons, se souvient Arthur Deleval. Tout le monde se montrait intéressé par notre solution. " Rapidement, ils concluent un contrat avec l'un des leaders du secteur. Ils y voient une opportunité pour co-développer leur technologie. Le partenaire, dont ils ne souhaitent pas dévoiler le nom, leur prend une licence exclusive mondiale. Concrètement ? Le groupe s'acquitte d'un premier paiement (plus d'un million d'euros) pour pouvoir utiliser la technologie d'E2 Drives puis s'engage à payer des royalties chaque année sur les ventes de produits incluant les principes brevetés de la jeune pousse wallonne. Seulement, les choses ne tournent pas comme prévu. Si le but était que l'industriel partenaire finisse le développement et mette la technologie sur le marché, le partenariat ne s'est pas produit de cette façon. " Rien n'a été co-créé malheureusement ", regrette le jeune duo qui a eu l'impression que son partenaire industriel s'était réservé une exclusivité sur une nouvelle technologie pour empêcher que des concurrents ne la développent, pour se laisser la possibilité d'en faire quelque chose " au cas où ", mais sans forcément avoir l'intention d'y mettre beaucoup d'efforts à ce moment-là... " Nous étions probablement comme un joker pour eux ", glisse Arthur Deleval qui estime qu'un tel contrat pouvait leur rapporter jusqu'à 20 millions d'euros de royalties sur plusieurs années si des vélos avaient été commercialisés avec leur invention. Au lieu de cela, E2 Drives n'a obtenu " que " le minium prévu dans le contrat de licence (un montant que les deux entrepreneurs se refusent, aujourd'hui, à dévoiler). Jusqu'au jour où ils ont réussi à mettre un terme à ce contrat de licence avec ce grand groupe industriel qui, semble-t-il, versait quand même à E2 Drives quelques centaines de milliers d'euros par an. Reste que la situation aurait pu bloquer totalement les deux entrepreneurs. Car financièrement, les choses ont été compliquées. " Les liquidités de la boîte ont grimpé en flèche en 2015 et 2016 jusqu'à 800.000 euros pour fortement redescendre en 2017 et 2018, analyse Pascal Flisch, business developper chez Trends Business Information. Arrivant à une situation de grosses pertes en 2018. " Mais ils ont continué à développer et à travailler sur leur technologie. Les menant d'ailleurs à disposer, aujourd'hui, de six brevets différents. L'an passé, la start-up disposait de 900.000 euros (prêt convertible et avance récupérable) pour poursuivre son projet. " En six ans, beaucoup de choses ont évolué sur le marché mondial du vélo électrique, analyse Arthur Deleval. Mais notre invention reste, à ce jour, toujours aussi innovante. Nous avons continué à parler avec pas mal de grands groupes pour voir comment nous pouvions collaborer dans le cadre de notre technologie. " Mais le duo est refroidi par l'expérience passée. " Un paquebot, c'est forcément un frein à l'innovation ", glissent-ils. Et puis surtout, " nous n'avons pas trouvé le bon match avec un partenaire potentiel ". Résultat : Arthur Deleval et Simon Godfrind décident de poursuivre leur aventure seuls. Plus encore : ils choisissent de se jeter à l'eau complètement et de poursuivre une idée qui leur trottait dans la tête depuis un petit temps : lancer leur propre vélo électrique. " Nous croyons totalement dans notre technologie et, malgré le risque que cela représente, nous pensons pouvoir arriver à un résultat exceptionnel, s'enthousiasme Simon Godfrind. Il n'a pas forcément été facile de convaincre les investisseurs de nous relancer dans ce défi, mais on y est arrivé et ils sont derrière nous. " Pour y parvenir, les deux boss d'E2 Drives engagent du personnel en 2019, portant la structure à cinq personnes aujourd'hui. Cinq jeunes, ultra-motivés, qui veulent " réinventer le vélo ". Comment ? " Sans forcément réinventer la roue mais en changeant ce qui a de la valeur ", répondent les entrepreneurs. Les quelques prototypes que l'équipe a développés restent jalousement conservés dans les ateliers de la firme. " Il nous faut encore quelques mois avant de dévoiler tous les détails ", avance prudemment Arthur Deleval. Il admet simplement travailler à la fois sur le moteur et la transmission, ainsi que sur le cadre et la partie connectée du vélo électrique. Car bien sûr, " Zest " (nom de code qu'ils ont pour l'instant trouvé pour leur projet), sera connecté et " intelligent ". Comme un Cowboy ? Les deux jeunes restent diplomates : " Nous ne visons pas le même public. Cowboy s'adresse aux jeunes urbains tandis que nous visons ceux qui utilisent leur vélo quotidiennement pour faire du commuting. " Et de glisser que les vélos bruxellois des anciens de Take Eat Easy n'ont " pas de suspension, ni de boîte de vitesse, mais misent surtout sur un design épuré ". Simon Godfrind de préciser : " Nous avons un autre ADN : l'équipe de Cowboy vient du software alors que nous venons de la R&D... " On n'en saura pas beaucoup plus. Le duo ne prévoit de communiquer sur son vélo que d'ici une petite année. Pas avant. La jeune pousse doit d'abord totalement finaliser son prototype, et lever de l'argent pour être en mesure de lancer la première série de vélos à commercialiser. D'après nos informations, la start-up serait en train de chercher 3 millions d'euros sur le marché afin d'entrer en force sur le marché belge. Bien sûr, le pari est audacieux. Zest arrivera, certes, sur un marché en pleine explosion mais déjà pas mal occupé : nombreux sont les grands groupes et les start-up actifs sur ce créneau, tant sur le plan international que sur le marché belge. Mais les deux entrepreneurs sont convaincus : pour eux, c'est leur technologie de rupture qui devrait faire la différence...