Ce lundi 13 mai, au moment d'écrire ces lignes, la plupart des indices boursiers avaient terminé dans le rouge. Normal, la Bourse apprécie modérément ce match de catch commercial qui dure depuis 14 mois entre les Etats-Unis et la Chine. D'ailleurs, en termes de suspense, c'est mieux que la dernière saison de Game of Thrones. Pour le moment, il n'y a aucun vainqueur, ni aucun vaincu. Motif ? En 14 mois de négociations commerciales, nous avons eu droit à six mois de hausse boursière, puis trois mois de baisse et ensuite quatre mois de hausse. Et depuis quelques jours, aucun investisseur ne sait à quoi ressemblera le round numéro 15 de ce drôle de match de catch.

Au final, dans cette histoire de guerre commerciale, le " bad boy " n'est sans doute pas celui que l'on imagine. L'adage " Sell in may and go away " est plus que jamais d'actualité.

La raison ? La semaine dernière, le président Donald Trump avait mis à exécution sa menace d'augmenter les droits de douane sur 200 milliards de dollars de produits chinois importés chinois. Dans un premier temps, les investisseurs ont cru qu'il s'agissait d'un coup de bluff coutumier du locataire de la Maison Blanche. A savoir une énième épreuve de force de Donald Trump pour forcer les Chinois à se plier à ses exigences. Hélas, la réponse de la bergère au berger n'a pas tardé : les Chinois ont, eux aussi, annoncé qu'ils allaient relever les droits de douane sur 60 milliards de dollars de produits américains à compter du 1er juin.

Bien évidemment, cette escalade a suffi à faire passer les marchés financiers au rouge vif. Mais attention, cela ne veut pas dire pour autant que les investisseurs ne croient pas à une issue positive. Ne serait-ce que parce qu'ils savent que cette guerre commerciale est néfaste pour les Etats-Unis et la Chine. Mais vu les derniers rebondissements, elle risque de ne pas se terminer aussi vite que prévu. Par ailleurs, ce scénario d'une escalade tarifaire n'était pas envisagé par les investisseurs. Donc pas intégré dans le prix des actions. D'où la dégringolade boursière de ces derniers jours. Et n'essayez même pas de savoir si c'est un simple trou d'air boursier ou le début d'un mouvement correcteur de grande ampleur, personne ne pourra vous répondre.

En réalité, si le bras de fer sino-américain s'est durci ces derniers jours, c'est parce que Donald Trump pense que les Chinois jouent la montre. Selon lui, ils espèrent qu'il ne sera pas réélu en 2020 et qu'ils pourront trouver un meilleur accord avec un président démocrate. Donald Trump leur dit à sa manière que c'est un mauvais calcul. Mais la vérité plus plate, c'est que Donald Trump veut empêcher la Chine de réaliser son plan Made in China 2025.

GrÂce à ce plan, la Chine voudrait devenir leader mondial en matière de nouvelles technologies. En clair, la Chine veut dominer des secteurs comme l'intelligence artificielle, les télécoms et la robotique. Un seul exemple de cette volonté : Huawei a investi 15 milliards de dollars en R&D en 2018, soit nettement plus qu'Apple. Mais en signifiant brutalement qu'il ne voulait plus que les entreprises américaines soient victimes de vols de brevets ou de pillage de technologies, Donald Trump montre les limites du plan Made in China 2025. Et pour cause, sans la technologie occidentale, ce plan devra se rebaptiser en plan 2055 ou 2075.

Au final, dans cette histoire de guerre commerciale, le bad boy n'est sans doute pas celui que l'on imagine. L'adage Sell in may and go away est plus que jamais d'actualité.