Il a peut-être fallu rencontrer Didier Comès (1942-2013) dans sa maison de Sassor - proche de Verviers - pour (re)confirmer qu'il y a bien un lien charnel entre le biotope d'un artiste et ce qu'il crée. C'était au début des années 1980, la forêt n'était pas loin, le vent dans les branches et les vastes champs non plus. Silence, en noir et blanc, initialement paru dans le magazine (A Suivre) en 1979 et en album l'année suivan...

Il a peut-être fallu rencontrer Didier Comès (1942-2013) dans sa maison de Sassor - proche de Verviers - pour (re)confirmer qu'il y a bien un lien charnel entre le biotope d'un artiste et ce qu'il crée. C'était au début des années 1980, la forêt n'était pas loin, le vent dans les branches et les vastes champs non plus. Silence, en noir et blanc, initialement paru dans le magazine (A Suivre) en 1979 et en album l'année suivante, est à l'époque un énorme succès commercial. L'histoire d'un adolescent sourd-muet, un peu simple et exploité dans son village, qui explore un monde de magie et de sorcellerie et finit par trouver un sens à sa quête. Pourtant, le dessinateur, qui a alors la quarantaine, est loin d'être un rêveur dans la vraie vie. Comès a un caractère plutôt bien trempé et provocateur, ne détestant rien de plus que les stéréotypes du créateur sage, seul et studieux à sa table à dessin : " J'adore agresser verbalement les gens ( sic) et je déteste l'image folklorique. D'ailleurs, si je devais décider d'une musique pour Silence - il est question d'en faire un film - je ne prendrais certainement pas une musique type épinette/Marie Clap' Sabots (émission folk de la radio RTBF, Ndlr) mais quelque chose de tout à fait ethnique, une musique africaine, qui a la pulsion de l'être et de la terre ". Il faut dire que Comès - originellement prénommé Dieter - a lui aussi connu une enfance secouée, fils d'une francophone des Hautes Fagnes et d'un père germanophone envoyé par l'armée allemande sur le front russe lors de la Seconde Guerre mondiale. Bonne idée donc que celle du musée BELvue de consacrer une première large rétrospective à l'auteur, avec la collaboration de la fratrie de ce dernier et de la Fondation Roi Baudouin. Auteur d'une douzaine d'albums, reconnu au fil des décennies, Comès ne connaîtra toutefois plus jamais un tel retentissement public que celui de Silence, mourant d'une pneumonie en 2013 à l'âge de 71 ans. A noter que parmi les planches exposées, se trouvent aussi quelques pièces d'Hugo Pratt, ami de l'Ardennais.