Avant 2021, peu de personnes s'imaginaient qu'un dirigeant ordonnerait le détournement d'un avion étranger pour capturer l'un de ses opposants. C'est pourtant exactement ce qu'Alexandre Loukachenko, président de la Biélorussie, a réalisé en mai dernier pour faire taire Roman Protassevitch. Même en exil, des opposants déclarés peuvent nuire aux autocrates, écornant leur image à la fois dans leur pays et à l'étranger. Les réduire au silence par des manoeuvres diffamatoires, l'intimidation et la violence, même s'il faut parfois franchir les frontières et enfreindre des lois, permet également de répandre la terreur et la désillusion au sein de la diaspora.
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Avant 2021, peu de personnes s'imaginaient qu'un dirigeant ordonnerait le détournement d'un avion étranger pour capturer l'un de ses opposants. C'est pourtant exactement ce qu'Alexandre Loukachenko, président de la Biélorussie, a réalisé en mai dernier pour faire taire Roman Protassevitch. Même en exil, des opposants déclarés peuvent nuire aux autocrates, écornant leur image à la fois dans leur pays et à l'étranger. Les réduire au silence par des manoeuvres diffamatoires, l'intimidation et la violence, même s'il faut parfois franchir les frontières et enfreindre des lois, permet également de répandre la terreur et la désillusion au sein de la diaspora. En 2022, ces outrages seront en hausse et leurs auteurs, de plus en plus diversifiés. Les petits pays suivront l'exemple des grands. M. Loukachenko a beaucoup appris du président russe, Vladimir Poutine. L'Iran, qui a assassiné ses citoyens à l'étranger et en a enlevé d'autres, se retrouvera en charmante compagnie au sein de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). En effet, l'alliance de sécurité asiatique tient et partage une liste noire d'opposants. Autre membre de l'OCS, l'Inde est le seul Etat "libre" à engager une "répression transnationale", selon le think tank Freedom. La plus grande démocratie au monde détiendra probablement plus de militants à l'étranger à l'approche des élections en 2022. Et le Népal, qui persécute depuis longtemps les Tibétains, pourrait poursuivre sur sa lancée, à la veille de ses propres élections. Les détournements et les empoisonnements attirent trop l'attention. Devenus monnaie courante grâce aux outils technologiques, l'intimidation et le harcèlement sont bien moins flagrants, surtout lorsqu'ils sont pratiqués de manière discrète mais continue. En l'absence de restrictions légales, de contrôles à l'exportation ou de sanctions, les Etats continueront d'utiliser des logiciels espions pour surveiller leurs citoyens à l'étranger ainsi qu'une armée de trolls sur les réseaux sociaux pour les dénigrer. De loin, rien de plus facile que d'utiliser ces connaissances pour les intimider ou les réduire au silence. Ces dernières années, le Mexique et le Maroc ont tous deux utilisé le logiciel espion Pegasus pour cibler des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme et des citoyens ordinaires (même si le Maroc nie fermement). En 2022, dans de bonnes circonstances, ils pourraient être tentés d'aller encore plus loin. Le besoin d'oppression est irrépressible lorsque l'irritabilité politique est à son apogée. En 2022, les événements sportifs internationaux (les Jeux olympiques d'hiver à Pékin au mois de février et la Coupe du monde au Qatar au mois de novembre) exposeront les pays organisateurs aux critiques extérieures. Ces derniers auront à coeur d'y mettre un terme. Et les dissidents hongkongais à l'étranger risquent fort d'être harcelés avant la désignation du nouveau chef de l'exécutif au mois de mars. Les gouvernements continueront à pratiquer ces méthodes tant qu'ils auront le sentiment de pouvoir agir en toute impunité. Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis et leurs alliés ont utilisé la "guerre mondiale contre le terrorisme" pour bafouer les conventions internationales interdisant l'extradition et la torture, et pour priver de leurs droits des "terroristes" présumés. Des régimes du monde entier estiment qu'ils sont donc en droit de faire de même, voire pire. Un quart de l'ensemble des "alertes rouges" lancées pour des fugitifs par Interpol, l'organisation internationale de police criminelle, contient le mot "terroriste". Tant que les démocraties occidentales toléreront ce genre d'entorses, il s'avérera difficile de convaincre les autres d'arrêter. En 2022, elles pourraient montrer l'exemple, en respectant plus scrupuleusement les traités internationaux et en protégeant mieux les exilés des régimes répressifs.