La viticulture wallonne a le vent en poupe. Chaque année, de nouveaux projets sont mis en oeuvre. Celui, lancé en 2014 par Michel Verhaege de Naeyer, le propriétaire du château de Bousval, avait tout de la pure folie : planter au moins cinq hectares de vigne, les conduire en biodynamie et construire un chai qui permette de tout réaliser sur place, en ce y compris l'embouteillage. Un investissement compris entre 3 et 5 millions d'euros.

" Quand j'ai racheté le château à mon cousin, Jean-Marie Delwart, je me suis rapidement interrogé sur le devenir des terres, explique Michel Verhaege. Je cherchais quelque chose qui soit en osmose avec mes valeurs et que je pourrais transmettre à mes enfants. L'idée d'un domaine viticole en biodynamie s'est imposée. L'investissement est conséquent et le retour n'est pas attendu avant 10 ans sans doute, mais nous avons construit ici un projet parti pour durer des décennies. "

Une équipe compétente

Devenir vigneron ne s'improvise pas. Le mérite de Michel Verhaege est d'avoir su s'entourer de gens compétents. A commencer par Pascal Marchand, un oenologue québécois installé depuis longtemps en Bourgogne. Il avait pourtant juré en 2009 d'arrêter la consultance mais le challenge l'a titillé. " Nous sommes à Bousval sur un terroir unique au monde. En dessous de la couche arable ne se trouve que du sable. Un lieu propice pour faire des vins tendus et nerveux. "

Il a donc été décidé de planter des cépages classiques, soit 1,15 ha de pinot noir, 3,8 ha de chardonnay et 35 ares de pinot gris. De quoi, en vitesse de croisière, produire 30.000 bouteilles. Sans compter, une éventuelle extension du vignoble peut-être dès 2020. En attendant, tout le domaine est conduit en respectant les cycles de la nature et les principes de la biodynamie. Le vignoble s'essaie même à la permaculture : les inter-rangs de ceps ont été plantés de nouvelles essences pour créer un biotope autosuffisant et limiter les interventions. Une philosophie qui se poursuit lors de la vinification (confiée à Vincent Dienst) avec utilisation de levures indigènes et d'un minimum de soufre.

© X.B.

Un chai signé Charly Wittock

Evidemment, impossible de produire du vin sans un chai digne de ce nom. Michel Verhaege a fait appel à l'architecte Charly Wittock (bureau AWAA), bien connu des Bruxellois puisqu'il est à l'origine du bâtiment écoresponsable de Cameleon à Woluwe-Saint-Lambert. Même s'il avait tâté de la bière chez Duvel Moortgat à Londerzeel, il n'avait jamais réalisé de chai. " Nous ne sommes des spécialistes en rien, sourit-il. Mais nous adorons relever de nouveaux challenges pour apprendre et apporter un oeil neuf. Il a fallu sept ans pour mener ce projet-ci à terme, dont cinq ans de démarches administratives liées à la situation particulière du domaine en zone agricole proche d'une zone Natura 2000. L'idée était de concevoir un bâtiment discret et écoresponsable avec des matériaux renouvelables et un minimum de déchets et d'énergie grise. "

Premières bouteilles en 2020

A l'arrivée, cela donne un chai en bois doté d'une toiture végétale active et articulé autour d'une partie centrale en béton. Tout en courbes, le bâtiment fait appel à la gravité pour le circuit du vin et aux dernières techniques modernes de vinification et d'élevage avec, notamment, un oeuf en béton et une amphore.

Le vignoble n'a pas beaucoup produit jusqu'ici. Quelques gouttes de chardonnay en 2016 et quelques bouteilles de B17, un 100% chardonnay, l'an dernier. La première véritable production, celle de 2018, sera proposée au public en 2020. Quatre vins : un pinot gris, un pinot noir, un chardonnay " 1er cru " et un chardonnay second vin. Les prix devraient démarrer aux alentours des 25 euros. Le domaine dispose aussi d'un alambic et compte produire 2.500 bouteilles d'alcool dont du " Marc de Bousval ".