Ouvert depuis début juin près de la place Saint-Job à Uccle, Ivresse est la nouvelle pépite du duo qui avait transformé le Dillens en un incontournable bistrot de quartier à Saint-Gilles. Mais l'ambition de Petit Ben (Benjamin Raickman, le sommelier, photo) et de Grand Ben (Benjamin Rauwel, en cuisine avec son ancien second du Dillens, Quentin Zubarski) est ici tout autre.
...

Ouvert depuis début juin près de la place Saint-Job à Uccle, Ivresse est la nouvelle pépite du duo qui avait transformé le Dillens en un incontournable bistrot de quartier à Saint-Gilles. Mais l'ambition de Petit Ben (Benjamin Raickman, le sommelier, photo) et de Grand Ben (Benjamin Rauwel, en cuisine avec son ancien second du Dillens, Quentin Zubarski) est ici tout autre. La journée, l'endroit se la joue Clips, un comptoir traiteur alléchant avec des bons petits plats à terminer chez soi, des bocaux de compétition (poulet au vin jaune, boeuf carotte, pulled pork, etc.), des charcuteries maison (jambon, pastrami, etc.) et une cave nature riche de 350 références. Mais quatre soirs par semaine, l'expérience se prolonge côté resto, chez Ivresse. De la déco sobre et soignée, on retient surtout le grand bar qui entoure la cuisine, où l'on s'installe confortablement pour déguster un menu en cinq ou sept services (55-70 euros) à accompagner d'une imparable sélection (35-45 euros) de vins nature, cidres, bières et autres sakés. Si la cuisine se veut plutôt simple, centrée sur le produit, cela n'empêche pas le raffinement et la délicatesse. Ainsi ces petites billes de chou-rave cru proposées dans un bouillon, tiède et corsé, à l'araignée de mer. Quand des fèves ultra-fraîches s'offrent, elles, un jus de coques monté au beurre avec quelques radis. C'est bon comme à Paris! On apprécie la volonté de travailler ici les produits locaux, même si les pleurotes du panicaut de chez Champignons de Bruxelles, grillés au barbecue japonais binchotan, auraient mérité une meilleure cuisson... Mais leur accompagnement (un tartare d'algues et de shiitakés fermentés) est très bien pensé. Travaillant le cochon entier de chez Alain Burhain, près de La Roche-en- Ardenne, les chefs en réservent par exemple l'échine pour le resto. Roulée à l'absinthe et servie rosée après un passage au binchotan, la viande est succulente, sobrement servie avec un jus tranché et une purée de fenouil. C'est la saison des fraises et de la rhubarbe. En dessert, on les retrouve donc naturellement dans une salade de fruits (assaisonnée avec un vinaigre de kriek Cantillon parfaitement dosé et une huile de laurier) pour les premières, macérées au sucre pour les secondes, avec un sorbet de crème double au miel. Si on fait la totale (apéro, grand menu et sélection assortie), la note monte rapidement en flèche, mais l'expérience est rafraîchissante. Avec sa cuisine contemporaine plutôt cadrée et inspirée, son amour des produits et des vins, Ivresse est sans conteste l'une des ouvertures bruxelloises les plus enthousiasmantes du moment.