Naïm Abou-Jaoudé préside aux destinées de Candriam Investors Group depuis 2007. Passée sous pavillon américain début 2014 pour devenir le hub européen de New York Life Investments, la société reste toutefois fortement ancrée dans le paysage belge. Ses actifs sous gestion ont rapidement progressé - plus de 80 % en cinq ans - pour dépasser aujourd'hui les 120 milliards d'euros. La gamme de fonds proposé par Candriam Investor Group reprend une série de stratégies très performantes, notamment dans certaines thématiques bien identifiées (biotechnologie, robotique, innovation européenne), mais également sur les marchés émergents (obligations et actions) ou la dette européenne à haut rendement (7 milliards d'euros en actifs sous gestion).
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Naïm Abou-Jaoudé préside aux destinées de Candriam Investors Group depuis 2007. Passée sous pavillon américain début 2014 pour devenir le hub européen de New York Life Investments, la société reste toutefois fortement ancrée dans le paysage belge. Ses actifs sous gestion ont rapidement progressé - plus de 80 % en cinq ans - pour dépasser aujourd'hui les 120 milliards d'euros. La gamme de fonds proposé par Candriam Investor Group reprend une série de stratégies très performantes, notamment dans certaines thématiques bien identifiées (biotechnologie, robotique, innovation européenne), mais également sur les marchés émergents (obligations et actions) ou la dette européenne à haut rendement (7 milliards d'euros en actifs sous gestion). TRENDS-TENDANCES. La Belgique reste-t-elle importante chez Candriam ?NAÏM ABOU-JAOUDÉ. Assurément ! Environ 50 % de nos employés travaillent à Bruxelles, pour gérer et développer des produits qui sont vendus partout dans le monde. Dans les actions émergentes, notre fonds géré par Jan Boudewijns depuis 1996 est désormais vendu aux Etats-Unis et en Asie. De même, le fonds biotechnologie géré par Rudi Van Den Eynde depuis 2000 fait partie des meilleurs fonds au monde dans sa catégorie ; il a collecté près d'un milliard d'euros sur le marché japonais cette année. Nous sommes également en train de préparer le lancement de deux nouveaux fonds d'actions thématiques - toujours en partenariat avec Belfius sur le marché belge - pour le début de l'année prochaine, et la moitié des trente postes actuellement ouverts au recrutement concerne des emplois au siège bruxellois. A ce titre, nous avons mis en place l'an dernier un Graduate Program, qui vise à engager chaque année quatre étudiants (dont deux Belges), et leur offrir un suivi personnalisé afin de pallier les problèmes de recrutement que nous éprouvons parfois sur le marché belge. Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?Tout d'abord, le groupe a enregistré une des plus fortes croissances durant les dernières années sur le secteur de la gestion de fonds, avec des actifs sous gestion qui ont grimpé de 80 % depuis début 2014. Cette progression a été surtout marquée dans nos principaux marchés (Belgique, France, Italie, Espagne), mais nous vendons également de plus en plus nos fonds en Allemagne, au Royaume-Uni, au Japon, en Corée du Sud ou aux Etats-Unis. Nous avons désormais pour ambition d'atteindre des actifs sous gestion de 150 milliards d'euros d'ici 2021, dont 10 % en provenance en dehors de l'Europe. Comment allez-vous vous y prendre ?Nous allons tout d'abord continuer à renforcer nos efforts sur les fonds existants et sur l'expansion de notre gamme, avec un rythme de croissance des actifs qui devrait tourner autour de 6 % par an durant les prochaines années. Mais pour arriver à notre objectif, nous sommes également à la recherche d'une ou plusieurs acquisitions afin de renforcer notre gamme d'expertises, plus précisément vers des classes d'actifs comme le private equity, la dette privée, ou l'infrastructure, à l'image de l'acquisition de Tristan (immobilier) que nous avons annoncée en tout début d'année. Votre marque est reconnue internationalement. Les investissements socialement responsables jouent-ils un rôle important dans ce développement ? Si nous sommes une des sociétés avec lesquelles les distributeurs ont le plus envie de travailler, c'est notamment grâce à notre positionnement précoce sur les investissements socialement responsables (ISR). Le lancement de notre premier fonds durable remonte à 1996. Nous avons été parmi les 20 premiers gestionnaires à avoir signé les United Nations Principles for Responsible Investments dès 2006, un standard qui est aujourd'hui accepté par 1.800 acteurs sur le marché. En outre, nous publions annuellement un rapport de développement durable depuis 2006, alors que certaines sociétés cotées ne le font toujours pas en 2018 ! Les accords de la Cop21 à Paris ont été le déclencheur d'un grand mouvement vers les investissements durables, notamment en Asie et au Japon qui ont fortement évolué vers l'ISR durant les trois dernières années. Environ 30 % de nos actifs sous gestion (soit 36 milliards d'euros) sont désormais investis sur des fonds ISR, et cette thématique a représenté 50 % de notre collecte cette année comme l'an dernier. Plusieurs études récemment publiées ont toutefois mis en évidence un certain manque de connaissance dans ce domaine sur le marché belge... Effectivement. C'est ce qui nous a poussés à lancer l'an dernier une académie ISR (1) en vue de former les conseillers financiers afin de les aider à investir dans les différentes formes d'investissement durable. Ce cycle comprend quatre modules que les conseillers doivent suivre avant de se voir délivrer une accréditation. Nous espérons la rendre disponible en Belgique dès le premier trimestre 2019 et multiplier les initiatives pédagogiques à destination des épargnants et des acteurs de la finance. Quelle sera la prochaine étape ?Nous raisonnons désormais en termes d'impact, en tant qu'investisseur et en tant qu'acteur engagé de la société civile. Depuis le début de l'année, nous reversons ainsi 10 % des commissions de gestion de nos fonds ISR vers un fonds de dotation de droit français, en vue d'investir notamment sur des projets ayant un impact social fort en Belgique et en France. C'est une évolution qui est notamment favorisée par les millennials, qui veulent vivre avec d'autres idéaux que leurs parents. Cette nouvelle génération est également celle qui nous pousse vers les modèles digitaux, une évolution dans laquelle nous investissons beaucoup - notamment en termes de services -, même si nous restons convaincus qu'il sera toujours essentiel d'avoir un contact humain avec l'investisseur. La digitalisation entraîne également une pression sur les marges... Bien entendu, mais ce n'est pas le seul élément qui fait pression sur la rentabilité du secteur. La montée en puissance des produits passifs ou les contraintes réglementaires jouent également un rôle important dans cette problématique. Nous avons toutefois la chance d'avoir une maison-mère bien capitalisée (rating AAA), avec un actionnariat mutualiste et privé qui n'exige pas une performance trimestrielle. Cette vision de long terme donne de la stabilité à nos équipes, du levier au développement international de notre activité et aux synergies commerciales entre nos gammes de produits. La stratégie mise en place lors de l'acquisition par New York Life Investments n'a pas changé, avec une grande autonomie de gestion et une politique d'investissements ambitieuse.