Les observateurs affirment que la crise sanitaire a accéléré la mutation de nombreux secteurs. Est-ce le cas pour les transports? Ces 10 dernières années, les plans d'urbanisme ont encouragé les transports en commun afin de réduire les embouteillages et la pollution. Cependant, depuis le début de la pandémie, les gens optent pour des modes de transport plus individuels, comme la voiture et le vélo. Mais l'espace de circulation dans les capitales à forte densité comme New York et Paris n'est guère extensible. Les grandes villes doivent donc s'attendre à de grands changements dans les modes de déplacements en 2021.
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Les observateurs affirment que la crise sanitaire a accéléré la mutation de nombreux secteurs. Est-ce le cas pour les transports? Ces 10 dernières années, les plans d'urbanisme ont encouragé les transports en commun afin de réduire les embouteillages et la pollution. Cependant, depuis le début de la pandémie, les gens optent pour des modes de transport plus individuels, comme la voiture et le vélo. Mais l'espace de circulation dans les capitales à forte densité comme New York et Paris n'est guère extensible. Les grandes villes doivent donc s'attendre à de grands changements dans les modes de déplacements en 2021. Tant qu'il n'y aura pas de vaccin disponible pour tous ni de meilleurs traitements contre le Covid-19, la pandémie continuera de peser sur les mobilités urbaines. Pour voir comment les transports pourraient évoluer, nous avons analysé les données sur la mobilité fournies par Apple, Google et TomTom dans 10 grandes villes. L'utilisation des transports en commun en août, lorsque le nombre de cas de Covid-19 a chuté par rapport au pic initial, est restée de 40% inférieure aux niveaux habituels avant le début de la crise sanitaire. Ce qui laisse suggérer qu'en 2021, si le virus demeure une menace, les gens préféreront les modes de déplacement individuels, malgré les efforts mis en oeuvre pour rendre les transports en commun plus sûrs. A Berlin, les usagers des transports publics qui ne portent pas de masque malgré le slogan " Protégez les autres. Protégez-vous. Et protégez votre portefeuille " encourent une amende de 50 euros. D'après nos données, de nombreuses personnes éviteront ces amendes en prenant leur voiture. Entre août et octobre, les embouteillages à Berlin ont augmenté de 8% par rapport aux niveaux observés avant la pandémie. Le Covid-19 a entraîné une hausse des immatriculations à New York. Dans chaque ville analysée, après l'assouplissement du confinement à l'été 2020, les déplacements en voiture ont augmenté plus rapidement que ceux en transports en commun et à pied. Les embouteillages sont également repartis à la hausse dans la plupart des lieux, bien que la baisse du nombre de touristes ait libéré de la place dans l'espace public. Ces dernières années, les citadins des pays développés avaient délaissé la voiture en faveur des transports en commun, du covoiturage, des voitures partagées et d'autres solutions de mobilité. Le durcissement de la réglementation, sous la forme de péages urbains et de malus écologiques, a également rendu la possession d'une voiture moins attrayante. Julia Poliscanova, du groupe de réflexion Transport & Environment, affirme que l'avenir des centres-villes sera, sinon sans voiture, du moins électrique. En 2021, l'Union européenne doit revoir ses critères sur les émissions de CO2, ce qui devrait réduire le nombre des véhicules les plus polluants en circulation. La récente augmentation des déplacements en voiture pourrait inciter les villes à accélérer la mise en place de l'interdiction des véhicules non électriques dans leurs rues. Plusieurs grandes villes, dont Athènes, Budapest, Londres, Milan, New York et Paris, ont rendu certaines rues piétonnes pour favoriser le respect des distances sanitaires et ont aménagé de nouvelles pistes cyclables. Nombre de municipalités prévoient de pérenniser ces changements. L'effet conjugué d'un plus grand nombre d'automobilistes et de la fermeture de certaines voies de circulation aggravera les embouteillages et favorisera deux autres concurrents dans la conquête de l'espace urbain: les vélos et les scooters électriques. Lors du déconfinement, au début de l'été 2020, le vélo a connu un regain de popularité. Les vélos neufs étant en rupture de stock, les habitants des grandes villes, qui considéraient auparavant les vélos en libre-service comme un moyen de transport réservé aux touristes, ont changé d'avis. Il faut dire qu'il y avait peu de touristes dans les environs. Le programme londonien de location de vélos en libre-service a vu son nombre de nouveaux utilisateurs tripler entre mars et juillet. Selon les déclarations du grand manitou du vélo Will Norman (délégué à la marche et au vélo à la municipalité de Londres), la capitale a ajouté plus de 60 kilomètres de pistes cyclables temporaires. Au niveau national, le gouvernement a promis d'investir 2 milliards de livres (2,2 milliards d'euros) dans de nouvelles infrastructures pour les cyclistes et les piétons. Pendant l'été, le trafic cycliste a retrouvé son niveau d'avant la pandémie sur de nombreux trajets reliant la banlieue au centre de Londres, même si les bureaux restaient en grande partie vides. En 2021, de nombreux déplacements se feront à vélo. La dernière candidate à la conquête de la rue est la trottinette, qui peut être louée en quelques minutes grâce à une application sur smartphone. Des start-up ont lancé des services de trottinettes à la demande dans des villes du monde entier, et la crise sanitaire a renforcé les arguments en leur faveur. A Berlin, qui compte des milliers de trottinettes électriques, leur utilisation a connu une forte hausse avec l'assouplissement du confinement en mai 2020. Les trottinettes électriques ont mauvaise réputation parce qu'elles sont utilisées pour de courts trajets au détriment de la marche et du vélo, sans pour autant remplacer les trajets en voiture. Mais selon une analyse réalisée en 2018 par Inrix, un groupe de recherche, un cinquième des trajets en voiture dans les grandes villes américaines et britanniques sont inférieurs à 1,5 km. La moitié des trajets urbains en voiture en Amérique et deux tiers au Royaume-Uni ne dépassent pas les 5 km. Les dangers des trottinettes électriques sont également dénoncés par leurs détracteurs. Mais à en croire les données de Lime, une entreprise de location de trottinettes, un tiers des accidents se produisent lors des cinq premiers trajets, ce qui suggère qu'une petite formation et un peu d'entraînement sont nécessaires. Des projets pilotes pour le développement des trottinettes électriques ont été lancés au Royaume-Uni et devraient se poursuivre à New York. Un autre moyen de réduire les embouteillages est bien sûr de travailler à domicile. Avant même que le Covid-19 ne frappe le Japon, Tokyo avait conçu un programme pour encourager les entreprises à autoriser leurs employés à travailler à distance, ou à effectuer leur trajet domicile-travail en dehors des heures de pointe, afin de réduire les embouteillages pendant les Jeux olympiques initialement prévus en 2020. Si les Jeux se déroulent en 2021, la ville sera bien préparée.