En 2015, Justin Trudeau a fait de la légalisation de la marijuana l'une de ses promesses électorales. A l'époque, l'idée semblait bonne : elle cadrait parfaitement avec l'image jeune et progressiste du leader libéral et faisait paraître coincés ses opposants conservateurs. Le cannabis médical était déjà légal, et la plupart des Canadiens se disaient en faveur de l'élimination des sanctions criminelles associées à l'usage récréatif de la drogue douce. La désapprobation des autorités américaines avait fait hésiter les précédents gouvernements canadiens quant à l'adoption d'une attitude plus laxiste, mais cela ne semble plus être un problème depuis que les Etats situés au sud de la frontière ont commencé à faire preuve d'une plus grande tolérance envers la marijuana.
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En 2015, Justin Trudeau a fait de la légalisation de la marijuana l'une de ses promesses électorales. A l'époque, l'idée semblait bonne : elle cadrait parfaitement avec l'image jeune et progressiste du leader libéral et faisait paraître coincés ses opposants conservateurs. Le cannabis médical était déjà légal, et la plupart des Canadiens se disaient en faveur de l'élimination des sanctions criminelles associées à l'usage récréatif de la drogue douce. La désapprobation des autorités américaines avait fait hésiter les précédents gouvernements canadiens quant à l'adoption d'une attitude plus laxiste, mais cela ne semble plus être un problème depuis que les Etats situés au sud de la frontière ont commencé à faire preuve d'une plus grande tolérance envers la marijuana. Pourtant, alors que le gouvernement libéral se prépare à légaliser et à encadrer la vente et la consommation de cannabis à des fins récréatives le 1er juillet prochain, la situation semble moins claire. Le soutien en faveur de la légalisation a faibli, même si une majorité de Canadiens continuent de souhaiter que leur pays devienne le deuxième au monde à franchir ce pas après l'Uruguay. Les Canadiens jonglent depuis longtemps avec l'idée d'assouplir l'interdiction de posséder et de consommer de la marijuana. Déjà, en 1972, le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau, le père du Premier ministre actuel, avait fait campagne en s'engageant à décriminaliser la marijuana (il n'a pas concrétisé sa promesse). Pourtant, alors que la fin de l'interdiction se profile à l'horizon, les Canadiens commencent à douter. Cela est tout à fait compréhensible vu le nombre de questions qui restent en suspens dans ce domaine qui relève à la fois des compétences fédérales et provinciales. Le gouvernement fédéral établira quelques orientations générales : un âge minimum de 18 ans pour l'achat et la consommation (les provinces pourront cependant augmenter la limite d'âge), une possession plafonnée à 30 g dans l'espace public et une production personnelle inférieure à quatre plants par foyer. Il sera aussi chargé d'accorder des permis aux producteurs. Le reste dépendra des provinces, qui superviseront la distribution et la vente. L'Ontario, la province la plus peuplée, a présenté son plan en premier. Son gouvernement a décidé de garder la mainmise sur le marché en confiant la vente et la distribution de cannabis à sa Régie des alcools (LCBO). Le cannabis sera vendu en ligne et dans 150 commerces. Les acheteurs et les utilisateurs devront avoir 19 ans révolus, soit l'âge légal pour consommer de l'alcool en Ontario. Les boutiques illégales de cannabis, qui, tout comme les pharmacies et les producteurs de marijuana thérapeutique existants, font aujourd'hui pression pour obtenir leur part d'un marché estimé à 5 milliards de dollars canadiens (environ 3,3 milliards d'euros), seront fermées. Les Canadiens devront cependant attendre que toutes les provinces aient adopté des plans détaillés pour savoir à quoi s'en tenir. Sans le vouloir, Justin Trudeau a contribué à la confusion. En 2013, il avait fait les gros titres en admettant avoir fumé de la marijuana lors d'un événement privé alors qu'il était député. Mais le Premier ministre a toujours dit que la légalisation avait pour but de restreindre l'accès des mineurs à la drogue douce et de couper l'herbe sous le pied des organisations criminelles. Son gouvernement a adopté une position sévère, notamment en confiant le dossier de la légalisation à un ancien chef de police. Les ministres ne laissent ainsi jamais entendre que fumer un joint peut être agréable ou amusant. Les militants promarijuana, qui croyaient que les règles seraient plus souples maintenant que l'un des leurs est au pouvoir, se sentent aujourd'hui trahis. Justin Trudeau souhaite donner une nouvelle image au Canada en s'éloignant du stéréotype du pays riche en ressources dont les plus célèbres emblèmes sont la police montée, les orignaux et les montagnes. Il n'y parviendra qu'en partie en 2018 avec la légalisation du cannabis. z