TRENDS-TENDANCES. L'inflation record préoccupe-t-elle le gouvernement?
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TRENDS-TENDANCES. L'inflation record préoccupe-t-elle le gouvernement?DAVID CLARINVAL. Le niveau record de l'inflation est une source de préoccupation majeure. Le gouvernement y est très attentif car une inflation si élevée érode le pouvoir d'achat des ménages et met sous pression la liquidité des entreprises. La forte augmentation de l'inflation inquiète nos entreprises à plusieurs titres. Les prix élevés impliquent une forte hausse des coûts salariaux par le biais des mécanismes d'indexation. Cela nuit évidemment à la compétitivité de nos entreprises et c'est très préoccupant. Selon le récent rapport du Conseil central de l'économie (CCE), le handicap salarial de la Belgique par rapport aux pays voisins sera de 1,2% en 2022. Le patronat indique même que le handicap serait encore plus élevé (2%). Les salaires belges progressent plus rapidement que ceux des pays voisins. Le Conseil central de l'économie s'attend à ce que les salaires belges augmentent de 8,8% sur la période 2020-2022, contre 7,6% en moyenne pour l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. A cette hausse des coûts salariaux s'ajoute celle des prix énergétiques. Le niveau élevé d'inflation actuel s'explique principalement par la forte augmentation des prix du gaz et de l'électricité. La hausse des prix intervient dans un contexte déjà difficile. La crise du covid n'est pas terminée. L'absentéisme, les problèmes d'approvisionnement, la pénurie de main-d'oeuvre sont aussi des réelles inquiétudes pour nos entrepreneurs. Comment aidez-vous déjà les entreprises impactées?Le gouvernement fédéral a pris des mesures face à la flambée des prix de l'énergie. L'accord n'oublie pas les indépendants. Ils bénéficieront eux aussi du chèque de 100 euros et de la réduction de la TVA. Une enveloppe de 7 millions a aussi été dégagée pour soutenir leur pouvoir d'achat et visera les starters. En plus de ces mesures de court terme, des mesures structurelles seront prises. Le système de cliquet sera mis en place. Comme le souhaitait le MR, afin de mieux protéger le pouvoir d'achat des ménages et de mieux maîtriser les effets des variations de prix de l'électricité et du gaz naturel, une réforme profonde des accises sur l'électricité et le gaz naturel sera mise en oeuvre. Cette réforme doit au moins aboutir à l'ancrage juridique dans la législation sur les accises du système de cliquet pour l'électricité et le gaz naturel, comme prévu dans le budget 2022. Ce système de cliquet équivaut à une ristourne sur la facture. Concrètement, aujourd'hui quand les prix augmentent, les taxes prélevées par l'Etat en proportion de ces prix augmentent également. Avec le système du cliquet proposé par le MR, les taxes baissent au prorata de l'évolution des prix de l'énergie, entraînant une diminution de la facture. Ce système permettra de maîtriser les prix et la fiscalité à partir du moment où le prix de l'énergie augmente. Ceci évitera également d'alourdir la facture des ménages. L'avantage de ce système est qu'il n'est pas ponctuel mais pérenne, ce qui protège mieux les ménages qui auront une plus grande prévisibilité sur les prix. Un rapport des ministres des Finances et de l'Energie est attendu à ce sujet pour le 1er mars. Les Régions disposent également de leviers face à cette explosion des prix énergétiques. Il est important qu'elles participent à l'effort. Enfin, le gouvernement fédéral a aussi mis en place des mesures de soutien pour aider les entreprises à traverser la crise. Plusieurs d'entre elles sont en vigueur jusque fin mars: droit passerelle, chômage temporaire pour force majeure pour l'ensemble des secteurs, possibilité de reporter le paiement du précompte professionnel et de la TVA sans intérêt de retard, etc. Avez-vous des souhaits particuliers pour aider davantage encore l'économie?Assurer la mise en place du système de cliquet, dont je parlais, est une priorité du MR. Pour garder une énergie bon marché, en suffisance, à un prix abordable, il est important de garder deux réacteurs nucléaires. Ils produisent sans intermittence et avec peu d'émission de CO2. Le gouvernement s'est accordé sur un mini tax shift afin d'augmenter le pouvoir d'achat des ménages, via la suppression de la cotisation spéciale de sécurité sociale. La mesure est axée sur les bas et moyens salaires, qui verront leurs revenus renforcés à partir d'avril. Il faut continuer sur cette voie. Le travail doit être mieux récompensé. Les charges sur la classe moyenne sont beaucoup trop élevées. Il faut donner du pouvoir d'achat à la classe moyenne. Il faut aussi, de manière générale, continuer à stimuler l'entrepreneuriat et avoir un climat propice à l'investissement, et ainsi renforcer la compétitivité de la Belgique. Les indépendants et les PME sont le moteur de l'économie et ils ont besoin d'une politique ambitieuse et innovante. Il faut encore améliorer le statut social des indépendants, notamment à l'occasion de la réforme des pensions. II faut alléger les procédures administratives. Il faut encourager l'entrepreneuriat de publics encore sous-représentés: l'entrepreneuriat féminin est une de mes priorités. Le Premier ministre, Alexander De Croo, a exclu un saut d'index. Comment pourrait-on revoir le système à l'avenir?Le Premier ministre a effectivement exclu qu'il y ait un saut d'index à brève échéance. Il a indiqué qu'"en ce moment, il y a un besoin de stabilité". Il n'a par contre pas exclu une discussion à terme sur une réforme de l'indexation des salaires si une majorité est favorable. Notre président de parti a exprimé notre position en janvier: "L'indexation automatique est le pendant de la loi de 1996 qui contrôle les augmentations salariales. Si on bouge l'indexation, on fait disparaître cette loi. Il faut être juste par rapport à cela. Nous avons un système qui maintient l'équilibre, et je suis favorable à un système qui maintient l'équilibre". La loi de 1996 est très importante pour garantir la compétitivité de nos entreprises. Une certaine forme de contrôle des prix est-elle envisageable?Face à l'inflation, les autorités publiques peuvent prendre des mesures d'urgence pour protéger les acteurs économiques les plus en difficulté, comme le gouvernement l'a fait. Il y a aussi les mécanismes "normaux" de gestion de la politique monétaire qui doivent se mettre en place pour tenter d'éviter que l'inflation ne s'auto-alimente. Aller jusqu'à un blocage des prix n'a pas de réel intérêt car on ne ferait que déplacer le problème. Il faut éviter de mettre en difficulté les producteurs: si les prix augmentent, c'est que les coûts augmentent. Le débat sur la sortie du nucléaire est-il de nature à apaiser la pression sur les prix?Non, ce n'est pas de nature à apaiser la pression sur les prix. Notre pays doit faire les bons choix stratégiques sur le plan énergétique. Tout miser sur le gaz et les énergies renouvelables est un risque géopolitique majeur aujourd'hui. Si les tensions venaient à s'accroître en Russie, on pourrait avoir des hausses de prix bien plus importantes. Il faut avoir un mix équilibré dans l'énergie. Le MR plaide pour la prolongation de deux réacteurs nucléaires afin de mieux maîtriser les prix de l'énergie et réduire notre dépendance à ce gaz importé de l'étranger.