La pénombre dans les salles d'exposition est omniprésente, comme la seconde nature d'un monde désormais confiné aux souvenirs fantasmés et aux bribes d'une culture andine dispersée. Dans le même espace qui nous a ravi avec ses estampes japonaises il y a deux ans, le musée du Cinquantenaire, désormais nommé Art et d'Histoire, rassemble plus de 200 pièces précolombiennes en provenance de collections privées et de...

La pénombre dans les salles d'exposition est omniprésente, comme la seconde nature d'un monde désormais confiné aux souvenirs fantasmés et aux bribes d'une culture andine dispersée. Dans le même espace qui nous a ravi avec ses estampes japonaises il y a deux ans, le musée du Cinquantenaire, désormais nommé Art et d'Histoire, rassemble plus de 200 pièces précolombiennes en provenance de collections privées et de musées de réputation, comme le Quai Branly parisien. La piste principale de l'expo est celle du textile, les Incas s'imposant d'emblée comme maîtres du tissage, celui de la laine de lama et de ses confrères, l'alpaga et la vigogne. Emotion de voir ces pièces datées des premiers siècles de notre ère ou de la phase glorieuse de la civilisation inca avant le 16e siècle : un poncho ancien de cinq ou six siècles n'est pas seulement vêtement mais aussi signe de reconnaissance d'un statut social, d'appartenance à un groupe ou d'expression religieuse. Avec des motifs parfois surprenants, comme cette pièce aux dessins géométriques qui aurait pu être signée Keith Haring. Pas étonnant que le textile andin et son iconographie influencent également la céramique et même l'architecture de leur époque : elle est d'une vraie force intemporelle. Tout au moins avant que l'artisanat inca ne se trouve brouillé dans sa pureté par la conquête espagnole du Pérou en 1521, y important les techniques occidentales de tissage. Sans pour autant annihiler totalement un art qui se perpétue jusqu'à nos jours. Au travail de la laine, l'expo ajoute un boulot d'orfèvre réalisé sur les coiffes, parures et bijoux. L'or en est la matière la plus naturellement précieuse, par exemple dans cet extraordinaire masque funéraire d'un alliage or, cuivre, pierre et coquillage, daté entre 100 et 600 après J.C. Très loin d'un folklore andin vulgarisé dans la culture contemporaine où les amateurs de reggae, dub et autres musiques du monde - Manu Chao en tête - portent volontiers le fameux bonnet péruvien coloré, sans forcément en connaître la saga.