Le parcours de BePark dans le microcosme des start-up du numérique n'a pas été un long fleuve tranquille. Alors que de nombreuses jeunes pousses lèvent beaucoup de fonds très rapidement, Julien Vandeleene, fondateur et CEO de BePark, a mis huit longues années avant de pouvoir annoncer une grosse levée de fonds à 3 millions d'euros. Presque huit ans de vie sur fonds propres, de quasi- bootstrapping, durant lesquels la start-up a connu une vraie croissance mais aussi une série de coups durs. Des moments parfois compliqués que le fondateur Julien Vandeleene place, aujourd'hui, volontiers au coeur de son discours.

L'idée est d'investir lourdement pour assurer ensuite la pérennité du business. " Julien Vandeleene, CEO

Riche d'un nouvel actionnaire (le fonds luxembourgeois Faduval), la start-up spécialisée dans les solutions de parking affiche à nouveau une forte ambition de croissance et de poussée vers l'international. C'est que ces 3 millions d'argent frais tombent au bon moment. Selon son fondateur, BePark est arrivée depuis 18 mois et après avoir pas mal " itéré " (terme start-up pour définir la recherche du bon modèle) à une vision claire du rôle de facilitateur de mobilité qu'elle doit jouer. Et surtout à la rentabilité. Situation idéale pour aller chercher des fonds auprès des investisseurs sans être contraint d'accepter de mauvaises conditions.

Affinage des produits, engagements et international

Employant aujourd'hui 28 personnes, BePark compte d'abord étoffer son offre de services. Historiquement, la firme propose à ses clients (des grands propriétaires immobiliers, comme des acteurs du retail, de l'hôtellerie, du public, etc.), de rentabiliser leurs espaces de parkings vides en les partageant avec les particuliers et les entreprises par l'intermédiaire de ses services. C'est en tout cas son business de base qui, aujourd'hui, a déjà atteint une certaine ampleur : BePark gère quelque 17.000 places réparties dans 350 parkings dans les grandes villes de Belgique et de France.

© photos : pg

Pour opérer cette activité, la société a, notamment, déployé des solutions d'accès aux parkings, combinant de la techno, du software et l'Internet des objets. Cette technologie d'accès, BePark a également commencé à la proposer aux sociétés pour leur permettre de gérer les accès parking de leurs propres collaborateurs. Mais la vision de Julien Vandeleene va plus loin. " Nous voulons jouer un rôle dans l'amélioration de la mobilité dans la ville du futur, insiste le patron de 34 ans. Le parking est le point de départ et d'arrivée d'une majorité de trajets et peut donc influencer le choix de mobilité des utilisateurs. "

Et de mentionner qu'il entrevoit la mise en place de tout un écosystème, connecté et multimodal, autour des parkings BePark. C'est ainsi que la firme bruxelloise compte continuer le développement technologique d'une véritable plateforme SaaS ( Software as a Service, c'est-à-dire un logiciel qui tourne dans le cloud) à laquelle se grefferont toute une série d'acteurs de la mobilité (trottinettes, vélos partagés, voitures partagées, route planners, GPS, etc). Cette plateforme SaaS est déjà en fonction et utilisée par une cinquantaine de ses clients (des corporates classiques dans des secteurs variés : consultance, banques, assurances, médias, immobilier, coworking, industrie, import- export, etc.). Mais la levée de fonds doit permettre à BePark d'accélérer son déploiement, d'y lier des développements " Internet des objets " et de nouvelles fonctionnalités SaaS. C'est qu'à terme, Julien Vandeleene voit dans sa plateforme une future activité lucrative pour BePark : 30% de ses revenus devraient provenir de ce logiciel qui lui promet de belles marges.

Grâce à cette levée de fonds, BePark compte également miser sur son développement international. La start-up est actuellement active en Belgique et en France exclusivement. Très vite après son lancement, elle s'était lancée à l'assaut du marché espagnol. " Une grossière erreur, admet aujourd'hui Julien Vandeleene. Nous n'étions pas prêts, pas assez structurés et avons choisi un pays trop éloigné et difficile à piloter à distance. " Depuis, BePark a abandonné ce marché. Un échec qui n'a pas été la seule difficulté pour la jeune firme : en pleine recherche de son business model, BePark est passée par des phases de lourdes pertes et de restructuration, malgré l'intérêt, en 2015, du géant français Bouygyes. Le groupe de construction avait investi, via sa filiale Bird, 300.000 euros dans la jeune pousse bruxelloise. Un investissement sous forme de prêt convertible. La lune de miel laissait espérer une collaboration étroite par laquelle Bouygues allait permettre à BePark de multiplier les contrats, d'ouvrir de nouveaux parkings, etc. Si l'annonce a pu crédibiliser l'activité et les projets de la start-up, l'union a finalement tourné court. Peu de synergie et pas de nouveaux contrats d'enfer.

© photos : pg

Goodbye Bouygues

En 2019, BePark a terminé de rembourser l'ensemble du prêt au géant français qui n'est finalement pas entré au capital. Lequel est toujours composé des investisseurs de la première heure, une belle brochette de business angels de renom. On y trouve notamment BelCube (Jean-Guillaume Zurstrassen et Grégoire de Streel) entré dès le lancement de la start-up, mais aussi Roland Vaxelaire et Maurice de Montjoye arrivés en 2012. Au total, la firme de Julien Vandeleene n'avait toutefois pas levé plus de 600.000 euros jusqu'à la rencontre avec Faduval. Si Julien Vandeleene ne dévoile pas le pourcentage de sa boîte cédé lors de cette opération, on peut estimer à environ 20% la part prise par le fonds luxembourgeois dans BePark. De quoi valoriser l'entreprise entre 10 et 15 millions d'euros.

Cette opération permet au CEO d'envisager l'avenir avec ambition. Son business plan 2020-2025 voit BePark passer d'un volume d'affaires actuel de 6 millions d'euros à 9 millions en 2020 et à 50 millions d'ici cinq ans. Pareil pour le personnel. Julien Vandeleene espère engager une trentaine de collaborateurs d'ici la fin de l'année prochaine. Et se voit, à terme, à la tête d'une boîte de 150 personnes qui générera la moitié de son business en France, mais aussi au Luxembourg (lancement décembre 2019) et, peut-être, aux Pays-Bas et en Allemagne. " Les bilans ne seront sans doute pas très beaux dans les deux ou trois années qui viennent, prévient Julien Vandeleene, mais c'est pour la bonne cause : l'idée est d'investir lourdement pour assurer ensuite la pérennité du business." Reste que le fondateur de BePark ne compte pas retomber dans les travers du passé : pas de croissance déraisonnée mais une vision claire et un focus business avant toute course à d'éventuelles nouvelles levées de fonds.