L'artiste devant vivre de son travail a, à nos yeux, un droit incontestable à désirer vendre son oeuvre le plus avantageusement possible et, pour atteindre ce but, nous ne trouvons rien de plus juste que de le voir aller au-devant de l'amateur plutôt que de l'attendre chez lui. " Cet extrait du Journal des Beaux-Arts et de la Littérature, édité en France en 1862, atteste qu'au milieu du 19e siècle, un vaste mouvement collectif parti du ...

L'artiste devant vivre de son travail a, à nos yeux, un droit incontestable à désirer vendre son oeuvre le plus avantageusement possible et, pour atteindre ce but, nous ne trouvons rien de plus juste que de le voir aller au-devant de l'amateur plutôt que de l'attendre chez lui. " Cet extrait du Journal des Beaux-Arts et de la Littérature, édité en France en 1862, atteste qu'au milieu du 19e siècle, un vaste mouvement collectif parti du monde artistique s'adresse désormais aux collectionneurs amateurs mais aussi aux professionnels, entre autres, de la peinture et de la sculpture. Ce n'est pas un hasard si l'expo sur la question se tient au Musée Rops puisque l'artiste namurois (1833-1898) débuta sa carrière à la même époque, quittant bientôt la Belgique pour s'installer à Paris puis dans sa proche banlieue. Il y impressionnera ses contemporains par l'imagination polygraphique de ses compositions, liées au symbolisme et au décadentisme, et sa vaste culture générale qui lui vaudra d'être reçu par Victor Hugo en personne. Rops constatera alors : " Il y a maintenant une véritable Bourse d'oeuvres d'art comme il y a une Bourse de commerce, les noms des peintres sont cotés comme les titres des maisons de commerce ". Car l'homme avait compris la nécessité de briser l'image de l'artiste reclus dans son atelier, éloigné des perspectives du réel. Et donc de la vente de ses oeuvres. Ce que raconte l'expo namuroise, c'est donc la naissance de réseaux, de lieux de ventes, de stratégies, de galeristes, le tout étant illustré par des exemples d'oeuvres vendues à des prix qui grimpent. Parmi la trentaine d'artistes belges dont il est ici question, voilà Marcel Broodthaers et James Ensor. Le premier (1924-1976), même s'il dépasse la cible initiale du 19e siècle, est choisi pour sa plastique totalement atypique, absurde et humoristique. Le second (1860-1949), peintre et graveur, comprendra assez vite la nécessité de commercialiser son travail, y compris en produisant des eaux-fortes à vocation purement financières. Comme ces reproductions de scènes de baigneurs les fesses à l'air, gros succès chez les marchands de souvenirs de l'époque.