En 2016, l'argument le plus imagé en faveur de Donald Trump comparait le vote Trump à une mission-suicide des passagers (pour reprendre le contrôle) d'un avion de ligne détourné. L'auteur de cette théorie de " l'élection vol 93 " (en référence à l'un des vols du 11 septembre 2001) reconnaissait que l'opération avait de fortes chances de virer à la catastrophe, mais il était surtout convaincu qu'une présidence d'Hillary Clinton le ferait à coup sûr. Il était totalement affolé. Or, à l'heure où les Américains se préparent à une nouvelle élection en 2020, beaucoup s'accordent à penser que, cette fois-ci, les enjeux sont encore plus décisifs.
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En 2016, l'argument le plus imagé en faveur de Donald Trump comparait le vote Trump à une mission-suicide des passagers (pour reprendre le contrôle) d'un avion de ligne détourné. L'auteur de cette théorie de " l'élection vol 93 " (en référence à l'un des vols du 11 septembre 2001) reconnaissait que l'opération avait de fortes chances de virer à la catastrophe, mais il était surtout convaincu qu'une présidence d'Hillary Clinton le ferait à coup sûr. Il était totalement affolé. Or, à l'heure où les Américains se préparent à une nouvelle élection en 2020, beaucoup s'accordent à penser que, cette fois-ci, les enjeux sont encore plus décisifs. Les républicains qui, pour la plupart, se méfiaient de Donald Trump il y a quatre ans, font maintenant tous bloc derrière lui. Le parti de Lincoln semble s'être rallié au culte de la personnalité : la valeur de ses représentants élus se mesure à l'aune de leur loyauté envers Trump. Dans ces conditions, il est évident que la tentative des démocrates visant à destituer le président pour avoir essayé d'exploiter la politique étrangère à des fins électorales tombera à plat au Sénat. Car si la plupart des sénateurs républicains admettent à regret que Trump a exercé des pressions sur le président ukrainien pour qu'il enquête sur Joe Biden, possible concurrent dans la course à la Maison Blanche, la plupart des électeurs républicains s'en contrefichent. Et étant donné que Trump reconnaît lui-même la plupart des faits dont il est accusé (se contentant de marteler qu'il n'a pour autant rien commis de mal), il y a peu de chances que cela change. Dans le grand feuilleton de la procédure de destitution, il n'est pas de preuve plus accablante que le fil Twitter du président, qui fait la joie de ses partisans. Pour révoquer le président, il faudrait que 20 sénateurs républicains décident de le condamner. S'il s'en trouve deux pour le faire, ce serait déjà beaucoup. L'initiative avortée des démocrates n'aura alors fait qu'aviver les rancoeurs partisanes, qui profitent au président. Même si les démocrates désignent Joe Biden ou un autre modéré pour l'affronter en 2020, la droite s'empressera de qualifier leur candidat de socialiste détestant l'Amérique. Les démocrates et les conservateurs dissidents voient dans ces clivages partisans l'un des nombreux aspects des dégâts du premier mandat de Trump, et qu'un second mandat ne pourrait qu'aggraver de façon exponentielle. Sa réélection, craignent-ils, l'encouragerait à piétiner encore plus les règles qu'il ne l'a fait jusqu'à présent. Elle convaincrait également les pays alliés que l'Amérique fiable et tournée vers l'extérieur sur laquelle ils pouvaient autrefois compter ne reviendra plus en arrière. Si le mépris affiché de Trump pour le système est récompensé par un autre mandat, préviennent enfin ses adversaires, la confiance des Américains dans leur démocratie, déjà bien entamée, achèvera de s'effondrer. Tout faire pour éviter cela, soutiendront-ils, revient ni plus ni moins à sauver l'Amérique. La campagne électorale promet donc d'être tumultueuse. Il n'y aurait rien d'étonnant qu'elle suscite les pires violences politiques que les Etats-Unis aient connues depuis la guerre du Vietnam. Cela étant, relativement peu d'électeurs se laisseront réellement influencer par la rhétorique apocalyptique ambiante. Les deux blocs politiques sont figés. Trump ne peut plus étendre la grande minorité de l'électorat, essentiellement blanc, qui le soutient, et il est peu probable que ses concurrents parviennent à beaucoup l'éroder. L'issue du scrutin se jouera dans une demi-douzaine d'Etats clés. A supposer que Trump l'emporte, ce ne sera qu'avec une minorité du vote populaire. Il ne peut espérer être réélu que s'il reproduit son parcours tortueux de 2016 pour se constituer une majorité au collège électoral : en décrochant la Floride et l'Ohio (qu'il remportera à nouveau en 2020), et trois anciens Etats démocrates de la ceinture industrielle (qui lui semblent aujourd'hui moins sûrement acquis). Tout laisse à penser que le Michigan et la Pennsylvanie retomberont dans l'escarcelle des démocrates. Ce qui fera du Wisconsin, plus blanc et plus conservateur, l'Etat le plus âprement disputé du pays. Les démocrates, qui auront à choisir lors des primaires entre un modéré et un candidat ancré à gauche, devraient se demander lequel serait le mieux placé pour enlever le Wisconsin. Ils risquent, hélas, d'hypothéquer leurs chances en désignant malgré tout la progressiste de gauche Elizabeth Warren. La course pour conquérir le Sénat sera tout aussi serrée. Avec la remise en jeu, en 2020, de 22 sièges occupés par les républicains, contre 12 à peine par des démocrates, ces derniers seront assurés de gagner du terrain, mais sans doute pas assez pour former une majorité. Ils pourraient reprendre des sièges dans le Colorado et le Maine, en perdre un en Alabama et voir ceux de l'Arizona et de la Caroline du Nord leur échapper de peu. Ils conserveront toutefois le contrôle de la Chambre des représentants. Ce qui, quel que soit le candidat qui accédera à la Maison Blanche, augurerait d'un gouvernement plus divisé et d'un blocage parlementaire. Une perspective qu'il conviendra de garder à l'esprit tout au long des débats houleux qui s'annoncent dans les prochains mois. En 2016, Trump avait promis des changements de grande envergure - résorber entièrement le déficit public, construire le mur à la frontière du Mexique, etc. En 2020, son concurrent démocrate fera des promesses tout aussi inconsidérées. Même Joe Biden, pourtant modéré, s'est engagé à mettre en place une politique climatique qui, de son propre aveu, coûterait 1.700 milliards de dollars (environ 1.538 milliards d'euros). Dans une Amérique résolument divisée, il est hautement improbable qu'une seule de ces promesses soit tenable.